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L'Addition · annexeSimulation d'un dispositif NON en vigueur

La taxe Zucman, ligne par ligne

2% sur le papier. Bien plus en pratique pour qui n'a pas de cash. Un impôt plancher déclenché à partir de 100 M€ de patrimoine net (≈ 1 800 foyers en France). Sa mécanique de plancher différentiel produit des résultats étrangement asymétriques : le milliardaire diversifié bien rémunéré est partiellement absorbé, le founder de licorne sans dividende paie le plein pot.

Statut législatif au 2026-06-03

PPL n° 768 (Eva Sas, écolo-social). Adoptée AN 1ʳᵉ lecture le 2025-02-20, rejetée Sénat le 2025-06-12, reprise en amendement PLF 2026 et rejetée définitivement le 2025-10-31. Le gouvernement a proposé en substitution une « taxe sur les holdings patrimoniales » (2025-10-14). Cette page simule donc un dispositif non promulgué, à titre pédagogique.

L'aberration

On veut taxer un capital qui est déjà passé par l'impôt

Un dirigeant ne « garde » pas son argent à l'abri. Le bénéfice de sa société est d'abord taxé à l' (impôt sur les sociétés). Ce qui reste appartient à la société, pas à lui : s'il s'en sert pour ses dépenses personnelles, c'est un (délit pénal). Pour le sortir légalement dans sa poche, il passe par les , taxés au (la flat tax). Réglez le montage et voyez ce que l'État a déjà prélevé.

10 M€
1 M€50 M€
50 %
Remontée en holding

: 95 % exonéré, de 5 % taxée à l'IS.

Déjà prélevé pour tout sortir en poche
49,2 %
IS + flat tax pour transformer le bénéfice en argent dépensable
Impôts déjà payés (montage choisi)
3,76 M€
soit 37,6 % du bénéfice
Réellement en poche
2,54 M€
ce que le dirigeant peut vraiment dépenser
Précision : ce taux est le prix pour sortir l'argent et le dépenser. Tant que le dirigeant le laisse investi dans la société, il n'acquitte pas le PFU, mais il ne peut pas non plus en profiter : son patrimoine augmente sur le papier sans qu'un euro n'entre réellement dans sa poche.
Où va chaque euro de bénéfice10 M€
  • IS
    2,5 M€25,0 %
  • Quote-part holding
    93,8 k€0,9 %
  • Flat tax (PFU)
    1,16 M€11,6 %
  • En poche
    2,54 M€25,4 %
  • Capital retenu en société
    3,7 M€37,0 %

Ce capital n'est pas son argent de poche

Les 3,7 M€ laissés dans la société ne sont pas librement utilisables. Un dirigeant qui s'en sert pour ses dépenses personnelles commet un abus de biens sociaux: jusqu'à 5 ans de prison et 375 000€ d'amende (art. L242-6 du code de commerce). Pour en profiter, il doit le distribuer, et donc payer le PFU. À noter : l'IS est juridiquement acquitté par la société, pas par le dirigeant ; mais cela ne l'arrange pas, puisque cet argent reste bloqué dans la société ou la , hors de sa portée directe.

Et par-dessus, on voudrait ajouter Zucman

La n'est pas un simple doublon de l'impôt sur le revenu : c'est un impôt différentiel, qui crédite les impôts déjà payés (si vos impôts atteignent déjà 2 % de votre patrimoine, vous ne devez rien de plus). Son vrai problème est ailleurs : il réclame 2 % par an, en cash, sur la valeur du patrimoine, y compris la part qui n'a généré aucun revenu cette année : la sur les titres, qui n'est jamais passée par l'IS tant qu'elle n'est pas réalisée. On demande donc de payer sur un argent que le dirigeant n'a pas touché, et qu'il ne peut pas toucher sans déclencher l'IS, le PFU, ou un abus de biens sociaux.

Modèle pédagogique : IS à 25 % flat (hors tranche PME à 15 %), PFU à 31,4 %, quote-part mère-fille de 5 %. Références : art. 219, 145 et 216 du CGI (IS et régime mère-fille), art. L242-6 du code de commerce (abus de biens sociaux).

Le malentendu

« Les riches ne payent pas d'impôt sur le revenu »

C'est souvent vrai, et c'est normal : beaucoup de dirigeants ne vivent pas d'un salaire, mais de leurs . Or chaque impôt frappe une assiette précise. Ne pas payer un impôt dont on n'a pas l'assiette n'est pas un passe-droit, c'est la règle pour tout le monde.

Le salarié

vit de son salaire
Paie

l'impôt sur le revenu (barème progressif) et les cotisations sociales

Ne paie pas

la flat tax de 31,4 %

il n'a pas de dividendes : il n'y a rien à taxer au PFU.

Le locataire

loue son logement
Paie

son loyer tous les mois

Ne paie pas

la taxe foncière

elle est due par le propriétaire du logement, pas par celui qui l'occupe.

Le dirigeant actionnaire

vit de ses dividendes
Paie

la flat tax de 31,4 % sur ses dividendes (son impôt personnel, équivalent de l’IR du salarié)

Ne paie pas

l'impôt sur le revenu d'un salaire

il n'a pas de salaire : son revenu personnel, ce sont les dividendes, taxés au PFU.

Personne ne reproche à un locataire de ne pas payer la taxe foncière, ni à une personne sans actions de ne pas payer la . Reprocher au dirigeant de ne pas payer l' revient pourtant exactement à cela : lui réclamer l'impôt d'une assiette (le salaire) qu'il n'a pas. Son impôt personnel à lui, l'équivalent de l'IR du salarié, c'est la flat tax sur ses dividendes.

Et avant même cela, le même argent a déjà été imposé une première fois : la société a payé l' sur son bénéfice. Attention, l'IS n'est pas l'impôt du dirigeant, c'est celui de la société ; mais il réduit déjà ce qu'il pourra toucher. Le même euro de bénéfice est donc taxé deux fois : au niveau de la société (IS), puis au niveau de la personne (PFU).

La vraie question n'est donc pas « paie-t-il de l'IR ? » mais « combien paie-t-il sur l'assiette qui est la sienne, et combien la société a-t-elle déjà payé en amont ? ». C'est précisément ce que mesure le simulateur ci-dessus.

Le détail

La taxation du dirigeant, étage par étage

Suivons un bénéfice de 1 M€ jusqu'à la poche du dirigeant. À chaque étage, une couche d'impôt. Le riche ne paie pas « rien » : il paie déjà, et beaucoup, avant même qu'on parle de taxer son patrimoine.

Bénéfice de la société1 000 000 €
Le point de départ : ce que l'entreprise a gagné.
Impôt sur les sociétés (25 %)250 000 €750 000 €
Prélevé sur le bénéfice, avant toute distribution.
Remontée en holding (quote-part 5 %)9 375 €740 625 €
Régime mère-fille : 95 % exonéré, mais 5 % réintégrés et taxés à l'IS.
Flat tax sur les dividendes (31,4 %)232 556 €508 069 €
Le seul moyen légal de sortir l'argent en poche.
Déjà prélevé par l'État
491 931 €
soit 49,2 % de chaque euro de bénéfice.
Dans la poche du dirigeant
508 069 €
ce qu'il peut réellement dépenser, après tous les impôts.

Au moment où l'argent arrive réellement dans sa poche, près d'un euro sur deux est déjà parti en impôts : 49,2 %. On est pratiquement à 50 %, avant même toute taxe sur le patrimoine.

Le vrai gisement est ailleursPlutôt que de surtaxer ceux qui paient déjà, agir sur les niches fiscalesLa France renonce à 88,3 Md€ par an de recettes via les . Un gisement bien plus gros, sans empiler une taxe de plus sur du capital déjà imposé.
Voir les niches fiscales

Hypothèse : bénéfice entièrement distribué, IS à 25 % flat, PFU à 31,4 %. Le « riche » qui ne sort rien en poche ne paie pas le PFU, mais son capital reste bloqué dans la société (sous peine d'abus de biens sociaux). Ses bénéfices ont déjà été frappés par l'IS ; la valorisation de ses titres, elle, échappe à l'IS tant qu'elle n'est pas réalisée, et c'est justement cette part que Zucman viserait.

Profils-types

Trois archétypes pour comparer l'effet asymétrique de la taxe.

Paramètres

Configurez votre simulation

Patrimoine, sa composition par classe d'actif, et les revenus annuels effectivement perçus. Tout se recalcule en temps réel.

Patrimoine
350 M€
100 M€10 Md€

Net de dettes. Hors abattement RP 1 M€ appliqué après.

95 %
0 %100 %

Parts de startups, PME non cotées. Valorisation = dernier tour (hypothèse).

0 %
0 %100 %

Actions, ETF, obligations liquides.

3 %
0 %100 %

Locatif + résidence principale (RP abattue de 1 M€).

2 %
0 %100 %

Trésorerie, livrets, monétaire.

30 %
0 %100 %

Hypothèse de revalorisation moyenne sur 10 ans.

40 %
0 %70 %

Illiquidity discount lors de la vente de titres non cotés pour payer l'impôt (typiquement 20 à 50 %).

Revenus annuels effectifs
200 k€
0 €50 M€

Salaire de dirigeant, BIC, BNC. Soumis au barème IR.

0 €
0 €100 M€

Cash effectivement entrant. Soumis au PFU 31,4 %.

Cash annuel disponible
200 k€ de revenu + dividendes confondus. C'est ce qui doit absorber la contribution Zucman avant de devoir vendre des actifs.
Parcours

Du patrimoine au coup de massue

Chaque étape révèle un calcul. Le piège : l'impôt plancher s'applique à la valorisation papier, pas au cash effectivement encaissé.

01
Patrimoine total net
350 M€
Saisi par l'utilisateur, déjà net de dettes.
Non coté : 333 M€Coté : 0 €Immobilier : 11 M€Liquide : 7 M€
02
Assiette imposable
349 M€
Patrimoine moins abattement résidence principale (1 M€). Inclut les biens professionnels(rupture majeure avec l'ancien ISF).
03
Impôt théorique (2 %)
6,98 M€
Ce que le plancher demanderait avant toute imputation.
04
Impôts déjà payés
66,5 k€
IR sur revenu d'activité + PFU 31,4 % sur dividendes. S'imputent sur le plancher(c'est un impôt différentiel, pas brut).
05
Contribution Zucman due
6,91 M€
max(0, impôt théorique − impôts payés). Si revenus suffisants, le plancher est partiellement ou totalement absorbé.
06
Confrontation au cash
6,91 M€ dû / 200 k€ cash
Ratio : 3456,7 % du cash annuel. Effet confiscatoire : impossible de payer sans vendre des actifs.
07
Parts à vendre chaque année
2,0 %
Du non coté. Sur 10 ans : 20,2 % cumulés. Pour un founder, c'est aussi de la dilution du contrôle.
08
Cash extrait par l'État sur 10 ans
69 M€
Pour récupérer ce cash, le contribuable doit céder 112 M€ en valeur faciale de non coté (décote de cession 40 % appliquée). L'écart entre les deux est la valeur réellement détruite par le mécanisme. Voir la projection annuelle plus bas.
Insight

Effet confiscatoire : 3456,7 % du cash annuel.

Pour payer 6,91 M€, ce profil devrait vendre chaque année 2,0 % de ses parts non cotées. C'est de la dilution forcée: moins de contrôle, valorisation potentiellement dégradée, signal négatif au marché. Le rapport Sénat n° 689 pointe ce risque d'inconstitutionnalité (jurisprudence du Conseil constitutionnel sur le caractère confiscatoire).

Plancher théorique
6,98 M€
2 % × assiette
Impôts payés
66,5 k€
IR + PFU
Zucman dû
6,91 M€
3456,7 % du cash
Dilution / an
2,0 %
du non coté
Coût de la vie

Où va votre cash annuel ?

Sur 200 k€ de cash effectivement perçu (revenu d'activité + dividendes), voici ce que vous gardez après impôts (Zucman inclus).

  • IR + PFU déjà payés
    66,5 k€33,3 %
  • Taxe Zucman
    133 k€66,7 %
  • Reste pour vivre
    0 €0,0 %
Effet confiscatoire : il manque 6,78 M€ pour payer Zucman même en consacrant 100 % du cash à l'impôt. Ce profil devrait vendre des actifs (dilution forcée du non coté).
Stratégie d'évolution

Projection sur 10 ans (avec décote de cession)

Évolution annuelle du patrimoine non coté restant (croissance 30 %/an, érodée par les cessions forcées avec décote de 40 %) et cumul prélevé par l'État vs valeur faciale réellement détruite.

Année 1
Non coté restant : 421 M€État encaisse : 6,91 M€Faciale détruite : 11 M€
Année 2
Non coté restant : 536 M€État encaisse : 14 M€Faciale détruite : 22 M€
Année 3
Non coté restant : 686 M€État encaisse : 21 M€Faciale détruite : 34 M€
Année 4
Non coté restant : 880 M€État encaisse : 28 M€Faciale détruite : 45 M€
Année 5
Non coté restant : 1,1 Md€État encaisse : 35 M€Faciale détruite : 56 M€
Année 6
Non coté restant : 1,5 Md€État encaisse : 41 M€Faciale détruite : 67 M€
Année 7
Non coté restant : 1,9 Md€État encaisse : 48 M€Faciale détruite : 78 M€
Année 8
Non coté restant : 2,4 Md€État encaisse : 55 M€Faciale détruite : 90 M€
Année 9
Non coté restant : 3,2 Md€État encaisse : 62 M€Faciale détruite : 101 M€
Année 10
Non coté restant : 4,1 Md€État encaisse : 69 M€Faciale détruite : 112 M€
Patrimoine non coté à 10 ans
4,1 Md€
vs 333 M€ aujourd'hui
État encaisse cumulé
69 M€
ce qui rentre dans les caisses
Valeur faciale détruite
112 M€
écart de 43 M€ évaporé en décote

Modèle simplifié : croissance composée du non coté restant, dilution annuelle au cash dû / (1 − décote). Ne prend pas en compte les effets secondaires (chute de valorisation à l'annonce d'une cession forcée, perte de contrôle, exit tax si expatriation, contentieux sur la valorisation).

Comparaison

Trois profils, trois résultats radicalement différents

À paramètres législatifs identiques, la taxe Zucman produit des contributions très inégales selon la composition du patrimoine et le niveau de revenus.

ProfilPatrimoinePlancher 2 %Impôts payésZucman dûRatio / cashDilution / an
Founder licorne IA
95 % non coté · 0 € de dividendes
350 M€6,98 M€66,5 k€6,91 M€3456,7 %2,0 %
Héritier patrimonial liquide
10 % non coté · 20 M€ de dividendes
800 M€16 M€6,48 M€9,5 M€46,3 %0,0 %
Multimillionnaire diversifié
25 % non coté · 3 M€ de dividendes
250 M€4,98 M€1,1 M€3,88 M€114,2 %0,8 %

Le founder paie le plein pot parce qu'il n'a quasiment pas de revenus à imputer sur le plancher. L'héritier liquide est entièrement absorbé par ses propres impôts sur dividendes. Mécanique du plancher différentiel.

Contre-arguments

Les aménagements proposés et leurs limites

Plusieurs garde-fous ont été évoqués pour atténuer les effets brutaux du plancher. Aucun ne résout entièrement le problème de valorisation des actifs illiquides.

Étalement du paiement

Proposé

Le texte prévoit un étalement jusqu'à 5 ans en cas de "situation de gêne".

Limite

Ne change pas la charge cumulée, juste sa répartition. Et la "gêne" n'est pas définie : risque d'arbitraire administratif.

Dation en paiement (parts au lieu de cash)

Proposé

Zucman défend médiatiquement la possibilité de payer en titres non cotés.

Limite

Non codifiée dans le texte AN voté. L'État devient actionnaire de startups, problème de gouvernance et liquidité opposé pour le Trésor.

Exit tax 5 ans

Proposé

Ajoutée en commission AN pour résidents > 10 ans quittant la France.

Limite

N'empêche pas la délocalisation préventive AVANT 10 ans, ni la fragmentation du patrimoine au sein du foyer (donations).

Valorisation expert obligatoire

Proposé

Plusieurs amendements suggéraient un audit indépendant des participations non cotées.

Limite

Coût massif pour 1 800 foyers, expertises divergentes par nature pour une startup en phase de levée. Risque de contentieux systémique.

Plafonnement à X % du revenu

Proposé

Le mécanisme de "bouclier fiscal" de l'ISF (75 %) plafonnait l'impôt à un seuil de revenu.

Limite

Absent du texte Zucman. Le Sénat alerte sur un risque sérieux d'inconstitutionnalité (jurisprudence Conseil constitutionnel sur le caractère confiscatoire).

Chiffrages contradictoires du rendement

Zucman / WIL
15 Md€ à 25 Md€/an
Hypothèse statique, sans réaction comportementale.
Rapport Sénat n° 689
2 Md€ à 5 Md€/an
Après mobilité, sous-déclaration, contentieux. Taux historique de recouvrement effectif ≈ 25 %.

Écart d'un facteur 3 à 10 entre estimations. Bercy n'a pas publié de contre-chiffrage officiel.

Sources

Ancrage documentaire

Tous les paramètres chiffrés du simulateur (taux, seuil, assiette, abattements, étalement, exit tax) dérivent de ces documents officiels.

Chronologie

  1. 2025-01-07Dépôt PPL n° 768 (Eva Sas, écolo-social)
  2. 2025-02-20Adoptée Assemblée nationale (1ʳᵉ lecture)
  3. 2025-06-12Rejetée Sénat
  4. 2025-10-31Rejetée AN en amendement PLF 2026 (172 / 228)

Documents officiels