Aller au contenu
Ligne par Ligne · budget 2027Avant le dépôt du texte

Budget 2027, chapitre 2Le calendrier, et ce qui peut dérailler

Du dépôt du 30 septembre à la promulgation : les dates, les délais que la Constitution impose, et ce qui s’est passé l’an dernier quand ils n’ont pas été tenus.

5 min de lecture · révisé le 3 septembre 2026

Les étapes

Du cadrage à la promulgation

Trois sortes de dates se mélangent dans un calendrier budgétaire, et il faut les distinguer : celles qui sont passées, celles que le gouvernement et l’Assemblée ont annoncées et peuvent déplacer, et celles que la Constitution et la loi organique imposent, qui ne se déplacent pas.

  1. fait

    Le cadrage

    Le Premier ministre donne les orientations du budget : pas de hausse d’impôt, effort sur la dépense, texte présenté comme réversible.

  2. annoncé

    Dépôt à l’Assemblée nationale

    Le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale sont présentés en Conseil des ministres puis déposés. C’est à cette date que les tranches, les seuils et l’annexe des dépenses fiscales deviennent publics.

  3. délai légal

    Date limite de dépôt

    Premier mardi d’octobre : la loi organique impose que le texte soit déposé au plus tard ce jour-là.

  4. annoncé

    Première partie en séance : les recettes

    L’Assemblée examine les articles fiscaux, dont le barème de l’impôt sur le revenu. C’est ici que se jouent les amendements sur les niches, la surtaxe et les impôts sur le patrimoine.

  5. annoncé

    Vote solennel sur la première partie

    Sans majorité sur les recettes, la seconde partie ne peut pas être examinée : c’est le premier point de rupture possible.

  6. annoncé

    Seconde partie : les dépenses

    Les crédits sont examinés mission par mission.

  7. annoncé

    Vote de l’Assemblée sur l’ensemble

    Le texte part ensuite au Sénat, qui dispose de vingt jours. Puis commission mixte paritaire, et nouvelle lecture en cas d’échec.

  8. délai légal

    Fin du délai de soixante-dix jours

    Si le Parlement ne s’est pas prononcé, le gouvernement peut mettre le budget en vigueur par ordonnance. Le délai court depuis le dépôt : cette date suppose un dépôt le 30 septembre.

  9. délai légal

    Sans loi promulguée, une loi spéciale

    Si la loi de finances n’est pas promulguée avant le 1er janvier, une loi spéciale autorise la perception des impôts existants aux règles de l’année précédente. C’est ce qui s’est passé fin 2024 et fin 2025.

  10. annoncé

    Suspension des travaux parlementaires

    L’Assemblée interrompt ses travaux avant la présidentielle. Un budget non promulgué à cette date attendrait la législature suivante.

Les règles du jeu

Ce que la Constitution impose, et ce qu’elle permet

Quatre mécanismes décident de la suite quand une majorité manque. Les connaître permet de lire décembre sans se laisser impressionner : aucun ne supprime l’impôt, aucun ne l’augmente, tous décalent le moment où les nouvelles règles s’appliquent.

70 joursLe délai du Parlement
L’article 47 de la Constitution donne 40 jours à l’Assemblée en première lecture, et 70 au Parlement en tout depuis le dépôt. La loi organique laisse 20 jours au Sénat, ramenés à quinze si l’Assemblée a épuisé les siens. Passé ce délai sans vote, le gouvernement peut mettre le budget en vigueur par ordonnance. C’est une menace plus qu’une pratique : elle n’a jamais servi sous la Cinquième République, mais elle pèse sur les négociations de décembre.
6 octobreLa date limite de dépôt
La loi organique impose le dépôt au plus tard le premier mardi d’octobre. Un dépôt plus tardif raccourcit d’autant le temps utile avant le 31 décembre, sans allonger le délai de soixante-dix jours : c’est pour cela que le budget 2026, présenté le 14 octobre, partait déjà en retard.
49.3L’engagement de responsabilité
Le gouvernement peut faire adopter le texte sans vote, sauf motion de censure. La Constitution le permet sans limite sur les lois de finances. Il a servi pour le budget 2026. Il fait passer un texte, il ne fait pas passer le calendrier : chaque recours ouvre quarante-huit heures de motion de censure.
Loi spécialeQuand rien n’est voté au 31 décembre
L’article 45 de la loi organique prévoit une loi d’un article : l’État est autorisé à percevoir les impôts existants, aux règles de l’année précédente, jusqu’au vote du budget. Le barème n’est pas indexé, les mesures nouvelles n’existent pas, les crédits sont reconduits par douzièmes. Fin 2024 et fin 2025, c’est ce qui s’est passé.
Le précédent

Le budget 2026, promulgué sept semaines après le 1er janvier

Le calendrier de 2027 se lit à la lumière de celui de 2026, où chaque délai a été consommé. Ce n’est pas une prédiction : la même Assemblée, sans majorité, examine le même type de texte, avec en plus une élection au bout.

  1. Présentation en Conseil des ministres

    Deux semaines plus tard que d’ordinaire, après la chute d’un premier gouvernement.

  2. Adoption par le Sénat

    Dans le délai, mais sur un texte très éloigné de celui de l’Assemblée.

  3. Échec de la commission mixte paritaire

    Aucun texte commun : le budget ne peut pas être promulgué avant le 1er janvier.

  4. Promulgation d’une loi spéciale

    Les impôts de 2026 sont perçus aux règles de 2025. Le barème n’est pas indexé tant que la loi de finances n’est pas votée.

  5. Promulgation de la loi de finances pour 2026

    Loi n° 2026-103, après décision du Conseil constitutionnel le même jour. Publiée au Journal officiel le lendemain.

Ce que le retard a coûté au contribuable tient en deux effets. Le premier est le gel de fait : en janvier et février, le prélèvement à la source a été calculé sur le barème de l’année précédente, non indexé, puis rattrapé une fois la loi promulguée le 19 février 2026. Le second est l’incertitude sur les mesures nouvelles, qui n’existent pas tant que le texte n’est pas voté, ce qui a suspendu pendant deux mois tout ce que le projet contenait de nouveau.

Pour 2027, le calendrier annoncé laisse un mois de marge de plus que l’an dernier, avec un dépôt le 30 septembre au lieu du 14 octobre. Il n’a pas de marge du tout sur l’autre borne : la suspension des travaux fin février, avant la présidentielle, rend un budget encore en discussion à cette date impossible à promulguer avant la prochaine législature.