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Ligne par Ligne · annexeLe décrochage est réel. Ce n’est pas une fraude.

L’impôt progresse, puis il chute

Rapporté au revenu économique, bénéfices laissés en société compris, le taux d’imposition monte avec le revenu, de 31 % à 47,7 %, puis il redescend à 26 % chez les 75 foyers du sommet. Cette courbe est le graphique le plus cité du débat fiscal français, et il est exact. Il n’établit ni fraude ni contournement : il mesure un changement d’assiette. Plus on monte, moins le revenu est un salaire, et plus il est le produit d’un patrimoine qu’un barème conçu pour les salaires n’atteint pas. Ce déplacement n’est pas une fatalité de structure : c’est un arbitrage, que la loi rend légal et avantageux.

De quoi parle-t-on ?

Un impôt est progressif quand son taux augmente avec ce qu’il frappe : c’est le principe du barème de l’impôt sur le revenu, de 0 à 45 %. Il devient régressif quand ce taux se met à baisser. La courbe de cette page fait les deux, et le retournement se produit très haut, au seuil des 0,1 % les plus aisés. Deux repères circulent pour son sommet, et ils mesurent deux choses : la note écrit 46 % au seuil même des 0,1 %, la courbe culmine à 47,7 % juste après. Elle rapporte l’impôt payé à un revenu économique qui inclut les bénéfices laissés dans les sociétés que ces foyers contrôlent, et que le fisc ne compte pas comme un revenu. Toute la question tient dans cet écart, mesuré sur l’année 2016.

La courbe

Le graphique le plus cité du débat fiscal français

Il se lit en trois secondes, et c’est ce qui fait sa force : une pente qui monte, un sommet, une chute. Il faut un peu plus longtemps pour voir où la chute commence, et c’est là que tout se joue.

20253035404550% du revenu économiqueP90les 10 %P99le 1 %P99,90,1 %P99,990,01 %P99,9990,001 %P99,999875 foyers31 %31,5 %32,1 %32,8 %33,7 %34,9 %36,4 %38,5 %40,4 %41 %41,9 %42,8 %43,6 %44,6 %46 %47,7 %46 %45,8 %45,5 %45,4 %45,3 %45,1 %43,3 %42,9 %40,9 %38,7 %40 %39,7 %38,2 %37,5 %35,4 %35,7 %35,1 %32,7 %29,6 %32 %28,8 %24,7 %26,2 %31 %47,7 %26,2 %l’impôt progressepuis il chuteseuil des 0,1 %
Total des impôts personnels (impôt sur le revenu, prélèvements sociaux, cotisations, ISF) et de l’impôt sur les sociétés attribué à l’actionnaire, rapporté au revenu économique du foyer, année 2016. L’axe est en g-percentiles : chaque cran couvre une tranche d’effectif de plus en plus fine, sans quoi les 75 foyers du bout tiendraient dans l’épaisseur du trait. Les valeurs sont les étiquettes de la figure d’origine, relevées avec leur position dans le fichier publié. Neuf crans que cette figure n’étiquette pas sont absents, la courbe les traverse sans les inventer : le seuil des 0,1 % en fait partie, et la note écrit sa valeur en toutes lettres, 46 %, contre 26 % au sommet. Les 37 833 foyers du top 0,1 % marquent le retournement.Source : Note IPP n° 92, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », Bach, Bozio, Guillouzouic et Malgouyres, juin 2023 (nouvel onglet), figure 1b.

La progressivité tient longtemps. De l’entrée dans les 10 % les plus aisés au seuil des 0,1 %, le taux ne cesse de monter, de 31 % à 46 % au seuil, valeur que la note écrit en toutes lettres, puis jusqu’au sommet de la courbe à 47,7 %. Sur cette portion, qui couvre plus de trois millions et demi de foyers, le système fait exactement ce qu’un barème progressif promet de faire. Le retournement ne concerne que ce qui vient après : 37 833 foyers, puis quelques centaines, puis 75.

La chute, elle, est massive : le taux perd 21,5 points entre son sommet et son extrémité. Un foyer du bout de la distribution est imposé, sur son revenu économique, à un taux plus bas qu’un foyer de l’entrée des 5 % les plus aisés. C’est cette inversion que la note qualifie de régressivité, et elle est établie.

Reste à savoir pourquoi. La réponse n’est ni la fraude, ni l’exil, ni une niche cachée : c’est que le dénominateur change de nature en même temps que le revenu monte.

La cause

En haut, le revenu cesse d’être un salaire

L’impôt sur le revenu a été bâti pour une chose : le produit du travail, versé chaque mois, connu de l’administration avant même d’être perçu. Or au sommet de la distribution, ce n’est plus de cela que les foyers vivent.

La DGFiP a mesuré ce basculement sur l’année 2022. Chez les 74 500 foyers qui composent les 0,1 % de revenus les plus élevés, les traitements et salaires ne pèsent plus que 35,5 % du revenu déclaré. Les revenus de capitaux mobiliers, eux, en font 47 %. Ces foyers déclarent en moyenne 1,03 M€, contre 32 k€ pour les autres foyers.

Le mouvement se poursuit si l’on classe par patrimoine plutôt que par revenu : la part du salaire tombe alors à 18,9 %. C’est la même pente, poussée d’un cran. Plus on monte, plus ce qui fait vivre un foyer est un stock qui produit, et non un travail qui rémunère.

Les 0,1 % de revenus les plus élevés

Composition du revenu déclaré en 2022, 74 500 foyers.

50,3 % de capital35,5 % de salaire
Revenus de capitaux mobiliers
47 %
Traitements et salaires
35,5 %
Bénéfices non commerciaux
8,5 %
Revenus fonciers
3,3 %
Pensions et retraites
2,7 %
Bénéfices industriels et commerciaux
1,5 %
Revenus accessoires
1 %
Bénéfices agricoles
0,5 %

Les 0,1 % de patrimoines les plus élevés

Les mêmes lignes, pour des foyers classés cette fois sur ce qu’ils possèdent.

64,9 % de capital18,9 % de salaire
Revenus de capitaux mobiliers
48,7 %
Traitements et salaires
18,9 %
Revenus fonciers
16,2 %
Pensions et retraites
10,2 %
Bénéfices non commerciaux
4,1 %
Revenus accessoires
1 %
Bénéfices industriels et commerciaux
0,7 %
Bénéfices agricoles
0,1 %

Voilà pourquoi la courbe chute. Un barème progressif ne peut frapper progressivement que ce qu’il voit. Ce qu’il voit, c’est le revenu au sens fiscal : le salaire, la pension, le bénéfice distribué. Quand 50,3 % du revenu d’un foyer vient d’un capital, dont une partie ne sort jamais de la société qui la produit, la part de ce foyer qui passe par le barème se réduit d’autant. Le taux moyen calculé sur l’ensemble baisse mécaniquement, sans qu’aucune règle ait été contournée.

Contournement, non. Fatalité, pas davantage, et c’est la nuance qui manque le plus souvent des deux côtés du débat. Laisser un bénéfice dans une société plutôt que se le verser est une décision, que rien n’impose et que le droit récompense : l’euro conservé s’arrête à l’impôt sur les sociétés, l’euro distribué en ajoute un second. Le déplacement d’assiette n’est donc pas un accident de structure, c’est le résultat prévisible d’un système qui le rend à la fois légal et rationnel. Décrire le mécanisme n’excuse personne, et l’imputer à une fraude fait manquer l’endroit où il se décide.

L’IPP le dit dans les mêmes termes, et la formulation compte parce qu’elle décrit un déplacement, pas une évasion : « Ce transfert d’une assiette de revenus imposables à l’IR vers une assiette de revenus uniquement imposables à l’IS n’est toutefois pas neutre du point de vue du fardeau fiscal global supporté par les ménages les plus riches. » Une assiette est remplacée par une autre. La seconde est imposée, à un taux plus bas que le haut du barème, et l’essentiel de l’écart tient là.

Une réserve, enfin, et elle joue contre le confort de cette section. Cette composition est mesurée sur les 74 500 foyers du top 0,1 %, alors que le décrochage de la courbe se creuse bien après, chez les 75 foyers du bout. Personne ne publie la composition du revenu à cette extrémité. Les 50,3 % de capital sont donc un plancher, pas la valeur au sommet : la pente ne s’arrête pas là où la statistique s’arrête, et l’explication est mesurée sur un groupe bien plus large que le phénomène qu’elle explique.

Composition des revenus déclarés : DGFiP Analyses n° 8, « Revenus et patrimoine des foyers les plus aisés en France », janvier 2025 (nouvel onglet), données 2022. Les parts sont calculées sur les montants publiés par l’étude et somment à 100 % aux arrondis près. Elles portent sur le revenu déclaré, non sur le revenu économique de la courbe précédente : les deux mesures décrivent le même mécanisme, elles ne s’additionnent pas.

L’autre mesure

Ce que voit l’administration, et où le décrochage disparaît

Changez de dénominateur, prenez celui de l’impôt, le revenu déclaré, et la courbe précédente s’efface : le dernier millième acquitte plus de quatre fois sa part. Ce n’est pas une réfutation, c’est la seconde moitié du même dossier.

Part des revenus déclarésPart de l’impôt sur le revenu acquitté
Du 1er au 49e centilepaie moins qu’il ne perçoit
19,3 %
0,2 %
Du 50e au 90e centilepaie moins qu’il ne perçoit
46,6 %
26 %
Du 91e au 99e centilepaie plus qu’il ne perçoit
24,6 %
39,2 %
Dernier centile, hors 0,1 %paie plus qu’il ne perçoit
6,4 %
21,6 %
Les 0,1 % du sommetpaie plus qu’il ne perçoit
3,1 %
13,1 %
Part de chaque groupe dans les revenus déclarés et dans l’impôt sur le revenu acquitté, année 2022. Les deux séries somment à 100 % aux arrondis près. Source : DGFiP Analyses n° 8, « Revenus et patrimoine des foyers les plus aisés en France », janvier 2025 (nouvel onglet).

Une précaution avant de lire ces barres, parce qu’on leur fait dire beaucoup trop. Constater qu’un groupe acquitte plus d’impôt que sa part de revenu déclaré, c’est constater qu’un barème progressif s’applique à l’assiette pour laquelle il a été écrit. La démonstration est en partie circulaire, et elle ne réfute pas la courbe précédente, qui porte sur une autre assiette. Ce qu’elle établit reste utile : elle dit où s’arrête le reproche.

Les 0,1 % du sommet perçoivent 3,1 % des revenus déclarés et acquittent 13,1 % de l’impôt sur le revenu, soit 4,2 fois leur part. À l’autre bout, la moitié la moins aisée perçoit 19,3 % des revenus et acquitte 0,2 % de l’impôt. Aucun groupe ne rompt la progression, à aucun niveau, y compris le dernier.

Les deux images ne se contredisent pas, et c’est le point le plus difficile de ce dossier. La courbe de l’IPP mesure l’impôt rapporté à un revenu qui inclut ce qui reste dans les sociétés ; la DGFiP mesure l’impôt rapporté à ce que la loi appelle un revenu. L’écart entre les deux n’est pas un désaccord entre statisticiens, c’est exactement la matière du débat : faut-il imposer un bénéfice que son propriétaire n’a pas encaissé.

L’IPP prend d’ailleurs soin de borner sa propre conclusion, et cette phrase est presque toujours coupée quand la courbe circule : « la majorité des foyers les plus aisés (95 % des 378 000 foyers au sein du top 1 % des revenus) paient des impôts personnels importants du fait de la progressivité du barème ». La régressivité mesurée n’est pas une propriété des riches, ni même des très riches. C’est une propriété de l’extrémité de la distribution, là où le patrimoine professionnel devient l’essentiel de ce qu’un foyer possède.

Ce que la courbe ne dit pas

L’euro qui sort est lourdement imposé. Il ne sort pas.

La chute de la courbe se lit couramment comme une exonération. Elle n’en est pas une : ce qui sort du barème progressif entre dans une autre colonne, à un taux fixe. Le problème n’est pas que ce taux soit nul, c’est qu’il soit plat, et qu’il attende un versement qui peut ne jamais venir.

Les quatre étages qui suivent chiffrent un geste précis : sortir un euro d’une société pour l’encaisser. C’est le contrefactuel de la courbe, pas la situation qu’elle mesure. Un bénéfice conservé acquitte le premier étage, l’impôt sur les sociétés, et s’arrête là ; les trois autres ne se déclenchent qu’au moment où quelqu’un touche l’argent. C’est pour cette raison qu’un prélèvement très lourd sur la sortie et un taux moyen bas au sommet de la distribution sont vrais en même temps, et ne se contredisent pas.

Impôt sur les sociétés

25 %

Sur le bénéfice, dès qu’il est réalisé, distribué ou non. C’est le seul prélèvement qui atteint ce qui reste dans la société, et c’est lui qui fait la différence entre un décrochage et un trou.

Flat tax sur le dividende

31,4 %

Sur chaque euro effectivement sorti, dont 12,8 points sont de l’impôt sur le revenu au sens strict. Le reste est constitué de prélèvements sociaux.

Contribution différentielle

38,6 %

Le plancher des hauts revenus, due à partir de 250 000 € de revenu et pleine au-delà de 330 000 €. Le taux affiché est une somme : 20 % d’impôt sur le revenu garantis, plus les 18,6 points de prélèvements sociaux que son calcul laisse de côté. Elle s’assied sur le revenu fiscal de référence, donc elle ne peut pas atteindre un bénéfice qui n’a pas été distribué : sur les foyers du bout de la courbe, elle ne mord pas.

Impôt sur la fortune immobilière

à partir de 1,3 M€

Sur le patrimoine immobilier net, indépendamment de tout revenu. Il frappe un stock, pas un flux : c’est la seule façon d’atteindre un patrimoine qui ne distribue rien.

Mis bout à bout, ces étages ne produisent pas un petit chiffre. Un euro de bénéfice entièrement sorti d’une société supporte 48,6 % de prélèvement en cumulant l’ et la , et le calcul complet sur un bénéfice de 1 M€ aboutit à 53,9 %. C’est davantage que le taux marginal supérieur du barème, qui s’arrête à 45 %.

Le décrochage ne vient donc pas d’un capital non imposé. Il vient de la différence entre un impôt qui progresse et un impôt qui ne progresse pas.

Un barème progressif appliqué au travail continue de monter jusqu’à 45 %, prélèvements sociaux et cotisations en plus. Un prélèvement proportionnel appliqué au capital reste à 31,4 %, quel que soit le montant. Tant qu’un foyer vit surtout de son travail, il est du côté qui monte. Dès qu’il vit surtout de son capital, il passe du côté qui ne monte plus. Le taux moyen de la population, lui, suit cette bascule : il grimpe tant que le travail domine, il redescend quand le capital prend le dessus. La courbe de cette page est d’abord le portrait de ce croisement.

Reste la part qui ne sort jamais. Un bénéfice conservé dans la société a payé son IS et s’arrête là, sans flat tax ni barème, tant que personne ne l’encaisse. Aucun des planchers récents ne l’atteint, puisqu’ils s’assoient tous sur des revenus déclarés. C’est l’angle mort que la courbe mesure, et c’est là que se joue le débat fiscal au sommet : faut-il imposer un enrichissement que son propriétaire n’a pas touché, et à quel titre.

La démonstration complète

Sortir un euro de sa société coûte 53,9 %

Cette page-ci explique pourquoi la courbe chute. L’autre suit l’euro, ligne par ligne, des deux côtés : ce que coûte un salaire, ce que coûte un dividende, ce qui se passe quand l’argent reste dans la société, et pourquoi « on ne paye pas d’impôt sur le revenu » est une phrase exacte qui ne prouve rien.

Le simulateur

Le même euro gagné, en salaire ou en bénéfice

Une entreprise gagne une somme dans l’année. Elle peut servir à payer un salaire, ou rester un bénéfice qui appartient au détenteur du capital. Réglez le montant, choisissez ce que ce détenteur fait de son bénéfice, et regardez les deux taux se croiser.

Les deux colonnes partent de la même somme, celle que l’entreprise a gagnée avant de rémunérer qui que ce soit. C’est ce qui rend la comparaison honnête : un taux calculé sur un salaire brut et un taux calculé sur un bénéfice ne se comparent pas, l’écart viendrait du choix du dénominateur et non du droit.

Le premier réglage, celui d’un bénéfice entièrement encaissé, donne un taux voisin de celui du salaire, parfois plus élevé. C’est déjà une réponse à la lecture la plus répandue de la courbe du haut de page. Le troisième, celui d’un bénéfice qui reste dans la société, tombe à 25,0 %, l’ seul. Rien n’a changé dans le droit entre les deux, seulement une décision.

Taux de prélèvement selon que la somme créée par l’entreprise paie un salaire ou reste un bénéfice, encaissé ou non
Ce que l’entreprise a crééEn salaireEn bénéfice, tout encaisséEn bénéfice, rien encaisséÉcart entre les deux extrêmes
50 k€48,0 %48,5 %25,0 %23,5 points
200 k€57,2 %48,5 %25,0 %23,5 points
1,2 M€62,1 %53,9 %25,0 %28,9 points
10 M€61,6 %53,9 %25,0 %28,9 points
200 k€
Son bénéfice
Salarié
57,2 %
Détenteur
48,5 %

La même somme dans les deux colonnes : elle paie un salaire, charges patronales comprises, ou elle reste un bénéfice. Le bénéfice est distribué en dividendes la même année : impôt sur les sociétés, puis flat tax, puis les contributions des hauts revenus si le montant les déclenche.

Un salarié qui coûte 200 k€

57,2 %de prélèvements
Cotisations et impôt
114 k€
Sur son compte
85,5 k€

Dont 15,6 % de la somme créée qui achète des droits, retraite pour l’essentiel. La colonne d’en face n’en achète aucun.

Un détenteur dont la société gagne 200 k€

48,5 %de prélèvements
Impôts, société et personne
97,1 k€
Sur son compte
103 k€
Resté dans la société
0 €

Dont 9,6 % d’impôt sur le revenu. C’est cette ligne-là, et elle seule, qui tombe à zéro quand plus rien n’est encaissé.

Sur 200 k€ créés par l’entreprise, le salarié laisse 57,2 % et le détenteur 48,5 %. Le salaire est le plus taxé, de 8,7 points, et l’écart vient des cotisations, dont 15,6 % de la somme créée achète des droits à la retraite.

0 %20 %40 %60 %30 k€80 k€200 k€500 k€1,2 M€3 M€10 M€ce que l’entreprise a créé dans l’annéeimpôt sur les sociétés seul, dû même si rien n’est encaissésalarié 57,2 %détenteur 48,5 %
salaire, cotisations et impôt sur le revenubénéfice, il encaisse toutL’axe des montants n’est pas régulier : ses crans se resserrent en bas, là où se trouvent presque tous les salaires. La courbe bleue redescend légèrement après 500 k€, quand la retraite complémentaire cesse d’être due : au-delà, le salaire cotise moins, et il acquiert moins de droits.
Les mêmes 200 k€, décomposés par nature de prélèvement
Salariésalaire brut de 141 k€Détenteuril encaisse tout
Décomposition des 200 k€ créés par l’entreprise, pour chacun des deux profils
NatureSalariéDétenteur
Cotisations qui ouvrent des droits31,2 k€0 €
Prélèvements sociaux sans droits58,9 k€27,9 k€
Impôt sur le revenu et sur les sociétés24,3 k€69,2 k€
Argent personnel, dépensable85,5 k€103 k€
Resté dans la société0 €0 €

Les cotisations du salarié ne sont pas toutes de même nature : la retraite lui achète des points, la CSG et les cotisations d’équilibre n’achètent rien qui soit à lui. Le dividende, lui, supporte 18,6 % de prélèvements sociaux qui n’ouvrent aucun droit non plus. La différence n’est donc pas entre un profil qui cotise et un profil qui ne cotise pas : elle est entre un prélèvement qui achète une retraite et un prélèvement qui n’achète rien.

Ce que le salarié peut dépenser

85,5 k€sur son compte

Tout est disponible, et tout a déjà été imposé. Ce qu’il met de côté sort de cette somme : son patrimoine se construit après l’impôt, pas avant.

Ce que le détenteur peut dépenser

103 k€sur son compte0 €dans sa société

À ce réglage, il a tout encaissé : rien ne reste dans la société, et l’impôt personnel a été payé sur la totalité. C’est le cas où sa situation ressemble le plus à celle d’un salarié.

Ce que ces trois vues établissent

48,5 %l’euro encaissé, contre 57,2 % pour le salaire, sur 200 k€ créés

Encaisser un bénéfice coûte à peu près ce que coûte un salaire

C’est déjà une réponse à la lecture la plus répandue de la courbe du haut de page. Le capital n’a pas de tarif de faveur au moment où il rejoint un compte personnel : l’impôt sur les sociétés, la flat tax et les contributions des hauts revenus mises bout à bout font un prélèvement du même ordre que celui d’un salaire, et parfois davantage.

25,0 %le même trajet quand rien n’est encaissé

Ce qui fait chuter le taux n’est pas un taux, c’est une décision

Entre les deux réglages, aucun barème n’a changé : seule a changé la décision de toucher l’argent. La chute de la courbe du haut de page enregistre exactement cela, sur des foyers dont le revenu cesse d’être un salaire pour devenir un bénéfice qui reste où il est. La part d’impôt sur le revenu s’effondre parce qu’aucun revenu, au sens de l’impôt sur le revenu, n’a été perçu. Le total, lui, ne descend jamais sous l’impôt sur les sociétés.

18,6 %de prélèvements sociaux sur un dividende

La ligne de partage ne sépare pas ceux qui cotisent de ceux qui ne cotisent pas

Un dividende supporte lui aussi des prélèvements sociaux, et le salarié verse lui aussi des cotisations qui ne lui rapportent rien en propre, la CSG et les contributions d’équilibre. La vraie différence est ailleurs, et la décomposition par nature la montre : une partie de ce que verse le salarié lui achète une retraite, ce qu’aucun prélèvement sur un dividende ne fait.

150 k€restés dans la société sur 200 k€ créés, quand rien n’est encaissé

L’argent personnel et le patrimoine professionnel ne sont pas la même chose

Le débat public les confond toujours. Le premier est dépensable et déjà imposé. Le second appartient bien au détenteur, mais le dépenser déclencherait l’impôt qu’il a différé. Il n’est ni caché ni gelé pour autant : il reste investi, il croît, une banque prête contre lui. Il est simplement invisible à un impôt qui attend un revenu.

2016 · 2026l’année mesurée, et le droit simulé

Ce que ce simulateur ne prouve pas

Qu’un salarié soit plus taxé qu’un actionnaire ne règle rien : la retraite qu’achètent ses cotisations est une contrepartie que le prélèvement d’en face n’a pas. Et cette section reste une mécanique, pas une mesure. La note de l’IPP observe des foyers réels pour aboutir aux taux cités par cette page, quand le simulateur applique le droit en vigueur à un cas construit par le lecteur : les deux décrivent le même mécanisme, ils ne se comparent pas chiffre à chiffre.

Hypothèses de simulation. Salarié célibataire, une part, dirigeant assimilé salarié donc sans cotisation chômage, cotisations forfaitaires jusqu’à huit plafonds de sécurité sociale puis déplafonnées, abattement de 10 %, hors réduction générale et hors crédits d’impôt. Société soumise à l’impôt sur les sociétés au taux normal, sans holding intercalée, dividende imposé au prélèvement forfaitaire unique, avec la contribution exceptionnelle et la contribution différentielle quand les seuils sont atteints. L’impôt sur les sociétés est attribué en totalité au détenteur du capital, comme le fait la note de l’IPP : cette convention gonfle le taux de la colonne de droite, elle ne le minore pas. Hors plus-values de cession, hors impôt sur la fortune immobilière, hors donation et succession.

Les limites

Ce que cette courbe ne permet pas de conclure

Elle est solide, et c’est justement pourquoi il faut savoir jusqu’où elle porte. Cinq réserves, dont une qui joue contre le confort de cette page.

01

La mesure porte sur 2016, et le droit a changé depuis

L’impôt sur les sociétés était alors à 33,33 %, il est aujourd’hui à 25 %. Le prélèvement forfaitaire unique n’existait pas : il date de 2018 et pèse 31,4 %. La contribution différentielle sur les hauts revenus, qui garantit 20 % d’impôt sur le revenu au sommet, est plus récente encore. Ces changements jouent dans les deux sens, et personne n’a republié la courbe sur un millésime récent : elle décrit un mécanisme, elle ne donne pas le taux de cette année.

02

Le revenu économique n’est pas un revenu encaissé

Le dénominateur de la courbe inclut des bénéfices qui dorment dans des sociétés et que personne n’a touchés. C’est un choix de mesure défendable, puisque ces sommes enrichissent bien leur propriétaire, mais il n’est pas neutre : il produit mécaniquement un taux plus bas que si l’on rapportait le même impôt au revenu disponible. Reprocher ce taux à un foyer revient à lui reprocher de ne pas s’être versé un dividende.

03

L’impôt sur les sociétés est attribué en totalité à l’actionnaire

C’est la convention de l’IPP, celle du site, et elle est favorable au sommet de la distribution : elle met à son crédit tout l’impôt payé par ses sociétés. Les auteurs ont testé la clé du Tax Policy Center, qui n’attribue que 60 % de cet impôt aux actionnaires et le reste au travail. Le taux du sommet ne remonte pas, il tombe à 16,7 %. La réserve existe, elle aggrave le constat au lieu de l’adoucir.

04

Deux publications, deux jeux de chiffres

La note grand public de juin 2023 donne 46 % au top 0,1 % et 26 % au sommet. Le papier de recherche des mêmes auteurs, en septembre 2025, révise ces taux à 45 % et 25 %. Le site retient les premiers parce que ce sont eux que le débat public cite, et il annonce la révision à côté. Les deux jeux ne se mélangent pas dans une même phrase.

05

Les 59 % du barème intégral supposent que personne ne bouge

La note calcule qu’en soumettant tout le revenu économique au barème des impôts personnels, le taux du sommet passerait de 26 % à 59 %. Elle précise dans la même phrase que ce chiffre vaut « si ce changement n’entraînait aucune réponse comportementale de leur part ». C’est un point de repère qui mesure l’écart au barème, pas le rendement d’une réforme.

La révision de septembre 2025 est publiée dans Bach, Bozio, Guillouzouic et Malgouyres, « Do Billionaires Pay Taxes? », CEPR Discussion Paper n° 20660, septembre 2025.

Sources

Ancrage documentaire

Deux mesures indépendantes portent cette page, et elles ne partagent ni leur millésime ni leur dénominateur : la courbe vient de l’IPP sur 2016, la composition des revenus et la répartition de l’impôt viennent de la DGFiP sur 2022. Les taux en vigueur cités dérivent du code général des impôts. Page révisée le 8 septembre 2026.