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Ligne par Ligne · retraitesDossier à thèse · la répartition ne peut plus tenir seule

Retraites, chapitre 6Le modèle combiné : pourquoi il devient obligatoire

La répartition subit le risque démographique, la capitalisation le risque financier, et les deux se produisent rarement en même temps. Comment les pays qui ont combiné les deux s’y sont pris, ce que coûte la transition, et une architecture possible pour la France.

23 min de lecture · révisé le 4 septembre 2026

Pourquoi combiner

Deux risques qui ne coïncident pas

La répartition dépend de la démographie, la capitalisation du rendement du capital. Les deux peuvent mal tourner, rarement au même moment, et jamais pour les mêmes raisons. C’est exactement ce qu’on demande à deux piliers.

Les chapitres précédents ont établi deux choses. La répartition n’a qu’un moteur, le rapport entre ceux qui cotisent et ceux qui touchent, et ce moteur ralentit : 1,8 cotisant par retraité aujourd’hui, 1,3 en 2070 selon le COR. La capitalisation, elle, existe déjà en France et a un moteur différent : le rendement réel des placements. Un système qui ne repose que sur un moteur prend tout le risque de ce moteur ; un système qui repose sur les deux le répartit, au sens le plus ordinaire du mot.

Un critère simple dit lequel des deux rapporte le plus, formulé par Henry Aaron en 1966 et rappelé au chapitre 3. La répartition « rapporte » la croissance de la masse salariale, emploi et salaires réels réunis, puisque c’est elle qui finance les pensions ; la capitalisation rapporte le rendement réel du capital. Pendant les Trente Glorieuses, le PIB croissait de 5,4 % par an : la répartition battait tout, et le choix de 1945 était le bon. Depuis 2008, la croissance est de 0,9 % par an, et dans le scénario du COR, avec un revenu d’activité à 0,7 % et des cotisants moins nombreux, la masse salariale réelle croît d’environ 0,6 % par an jusqu’en 2070. Les actions mondiales ont rapporté 5,2 % réels par an depuis 1900 : près de 4,6 points d’écart, cumulés sur quarante ans de carrière. La condition d’Aaron (nouvel onglet) joue aujourd’hui contre la répartition pure, et rien dans les projections ne l’inverse.

0 %2 %4 %6 %rendement réel, % par an1950 à 1959 : 4,8 % par an4,81950s1960 à 1969 : 5,9 % par an5,91960s1970 à 1979 : 4,1 % par an4,11970s1980 à 1989 : 2,4 % par an2,41980s1990 à 1999 : 2,1 % par an2,11990s2000 à 2009 : 1,5 % par an1,52000s2010 à 2019 : 1,4 % par an1,42010s2020 à 2025 : 0,9 % par an0,92020-25actions monde 1900 à 2024 : 5,2 %pointillé gris : obligations monde 1900 à 2024, 1,7 %
Barres : croissance réelle du PIB français par décennie (Insee, calcul de la rédaction), proxy du rendement de la répartition, qui suit la masse salariale. Tirets : rendement réel annualisé des actions et des obligations mondiales, 1900 à 2024 (Dimson, Marsh, Staunton). Sur 1870 à 2015, les actions françaises ont rapporté 3,3 % réels par an, deux guerres et leur inflation comprises.

Trois réserves avant d’aller plus loin, parce que ces 4,6 points se lisent trop vite. D’abord, un écart de rendement entre actions et masse salariale n’est pas un gain : c’est une prime de risque, la rémunération d’un aléa que quelqu’un porte. Si le capital rapporte davantage, c’est parce qu’il peut aussi ne rien rapporter pendant une décennie, et celui qui liquide cette décennie-là paie la prime des autres. Ensuite, cet écart est calculé sur un siècle et quart d’actions mondiales ; sur vingt ans réellement vécus, les fonds de pension de l’OCDE affichent une médiane de 2,75 % réels par an sur 8 pays, de 0,8 % aux États-Unis à 4,3 % au Canada, ce qui ramène l’écart avec la masse salariale à 2,2 points. Enfin, la condition d’Aaron compare deux régimes permanents, installés depuis toujours : elle ne dit rien de la génération qui paierait la transition de l’un à l’autre, et c’est précisément ce que la section suivante chiffre. L’objection la plus solide au second pilier est d’ailleurs ailleurs : pour Barr et Diamond (nouvel onglet), un capital n’est qu’un titre sur la production de l’année où la pension est versée, et aucun placement ne fabrique un cotisant. Elle est discutée avec les autres à la fin du chapitre.

Ce critère ne dit donc pas qu’il faut remplacer un pilier par l’autre. Il dit que les deux ne sont pas exposés aux mêmes aléas. Le risque démographique est lent et presque certain : les cotisants de 2050 sont déjà nés. Le risque financier est brutal et incertain, mais mondial, et il se lisse avec le temps. Aucun des deux piliers ne peut se prémunir seul ; ensemble, ils se couvrent.

CritèreRépartitionCapitalisation
Ce dont dépend la pensionLe nombre d’actifs et leurs salaires, l’année où elle est versée.Ce que le capital accumulé a rapporté pendant la carrière, et ce qu’il rapporte encore.
Le risqueDémographique : lent, prévisible, certain.Financier : brutal, imprévisible, mais réversible : une crise ampute le capital, la décennie suivante le reconstitue.
Son périmètreNational : rien ne protège la répartition française de la fécondité française.Mondial, si le fonds est diversifié : la démographie française n’a aucun effet sur un fonds investi sur cinq continents.
Ce qui l’a ruinée par le passéRien : elle absorbe les chocs en baissant les pensions ou en relevant les cotisations.L’inflation de deux guerres, sur des réserves en rentes d’État non indexées (chapitre 3).
Les précédents

Ceux qui l’ont fait

Aucun de ces pays n’a abandonné la répartition. Chacun lui a adossé un pilier capitalisé, obligatoire, et a mis entre sept ans et une génération à le faire monter en charge.

Le débat français oppose la répartition et la capitalisation comme deux systèmes entre lesquels il faudrait choisir. Aucun autre pays n’a fait cela. Ceux qui partaient d’une répartition l’ont gardée comme socle et ont ajouté un pilier ; ceux qui partaient de la capitalisation pure, comme le Chili, y ajoutent de la solidarité : sa loi de 2025 crée une cotisation employeur de 1 % en 2025, portée à 8,5 % en 2033, dont une part finance une assurance sociale. Des deux côtés, le mouvement converge vers le même point : un socle réparti, un étage capitalisé, une montée progressive. Quatre fiches, sur la même grille : deux pays qui ont fini, un qui est en train, un qui commence.

  1. Suède

    Le modèle
    Des comptes notionnels pour 16 points (un compte par personne, dont le solde est une promesse indexée sur les salaires, pas un capital placé) et 2,5 points réellement capitalisés, AP7 par défaut.
    La décision
    Juin 1994, vote du Riksdag à environ 85 % des voix ; loi d’application en 1998.
    La montée en charge
    Seize générations, nées de 1938 à 1953, gardent une part décroissante de l’ancien régime ; à partir de la génération 1954, tout est dans le nouveau.
    Le poids du pilier capitalisé
    2,5 points sur 18,5, soit 14 % de la cotisation. Depuis 1995, la part capitalisée a rapporté 8,5 % par an, les comptes notionnels ont été indexés de 3,4 %.
    Ce qu’il faut en retenir
    La cotisation totale n’a pas bougé : les 2,5 points ont été pris dans les 18,5, pas ajoutés. Et quand les engagements dépassent les actifs, l’indexation baisse sans vote.
  2. Pays-Bas

    Le modèle
    Une pension publique forfaitaire à 67 ans, l’AOW, financée par répartition, et des fonds professionnels obligatoires par branche, capitalisés, qui pèsent 150,9 % du PIB.
    La décision
    1 juillet 2023 : la loi sur l’avenir des pensions transforme les promesses à prestations définies en comptes à cotisations définies.
    La montée en charge
    Conversion des droits acquis fonds par fonds jusqu’au 1 janvier 2028 : 34 fonds convertis au 30 juin 2026, 589 Md€ sur 1 720 Md€.
    Le poids du pilier capitalisé
    18 points de cotisation publique et 18,6 pour les fonds professionnels ; taux de remplacement net de 96,0 %, le plus élevé de l’OCDE.
    Ce qu’il faut en retenir
    Un fonds capitalisé se mesure à son taux de couverture : 131,4 % d’actifs rapportés aux engagements en juin 2026. La répartition française n’a pas ce chiffre, parce qu’elle n’a pas d’actifs en face de ses promesses.
  3. Canada

    Le modèle
    Une pension de base payée par le budget, et un Régime de pensions du Canada en répartition partiellement provisionnée : l’excédent de cotisations est placé par CPP Investments, 793,3 Md CAD au 31 mars 2026.
    La décision
    Une hausse programmée de 2019 à 2025 : le taux salarié passe de 4,95 % à 5,95 %, et une seconde cotisation de 4 % s’ajoute depuis 2024 sur la tranche haute des gains.
    La montée en charge
    Sept ans, par paliers d’un cinquième de point, annoncés des années à l’avance.
    Le poids du pilier capitalisé
    Réserves publiques de 27,4 % du PIB ; rendement réel de 5,9 % par an sur vingt ans. Les régimes obligatoires remplacent 45,1 % du salaire net, 70,6 % avec l’épargne volontaire.
    Ce qu’il faut en retenir
    Une hausse de cotisation acceptée parce qu’elle alimente un fonds identifiable, dont chacun lit le rendement chaque année, et non un déficit.
  4. Allemagne

    Le modèle
    Une répartition à 18,6 % qui ne remplace que 53,3 % du salaire net (68,0 % avec le volontaire), et un pilier privé subventionné, Riester, en déclin : 14,66 millions de contrats fin 2025, huitième année de baisse.
    La décision
    23 juin 2026 : la commission sur la retraite recommande une capitalisation obligatoire de 2 points, paritaire, gérée centralement sur le modèle suédois. La coalition s’y engage le 2 juillet 2026, législation visée avant fin 2026.
    La montée en charge
    Non fixée ; le relèvement de l’âge à 67,5 ans recommandé par la même commission s’étalerait de 2031 à 2041.
    Le poids du pilier capitalisé
    2 points en plus des 18,6 : environ 10 % de la cotisation totale.
    Ce qu’il faut en retenir
    Le pays qui avait misé sur la capitalisation individuelle et volontaire passe à une capitalisation collective et obligatoire : le chemin inverse du PER français.

L’Australie a suivi une autre route, sans répartition contributive : une cotisation employeur obligatoire de 12 % depuis le 1er juillet 2025, dans des fonds qui pèsent 135,1 % du PIB, contre 59,3 % au Chili (OCDE, fin 2024).

Le simulateur

Le coût de la transition

Détourner des points de cotisation vers un fonds creuse un trou dans la répartition tant que le fonds ne paie encore personne. C’est le double paiement, et il est réel. Le simulateur le montre année par année, puis montre le moment où il s’inverse.

L’objection la plus sérieuse au modèle mixte n’est pas idéologique, elle est comptable. Dans une répartition, chaque euro cotisé est versé le mois même à un retraité. Si l’on en envoie une part dans un fonds, cette part manque aux pensions du moment et il faut la remplacer, par une cotisation supplémentaire, des réserves ou de la dette, pendant que le fonds accumule sans payer encore personne. Une génération paie donc deux fois, pour ses aînés et pour elle-même. Le double paiement ne s’évite pas ; il s’étale, et il se mesure. C’est ce que fait le simulateur, avec la démographie du COR et une pension moyenne maintenue à son niveau relatif d’aujourd’hui.

3 points
0 point6 points

Pris à l’intérieur de la cotisation actuelle : une part qui change de destination, pas une cotisation en plus.

10 ans
1 an20 ans

Années pour atteindre le nombre de points choisi, par paliers égaux.

4 %
1 %6 %

Net d’inflation et de frais. Séries longues au chapitre 4.

0,7 %
0 %2 %

Le rendement implicite de la répartition : plus les salaires montent, moins le fonds a d’avantage.

20 %30 %40 %50 %taux de cotisation nécessaire, % des salaires20302040205020602070bascule 20562071, répartition seule : 42 %2071, modèle mixte : 35,8 %répartition seule 42 %mixte 35,8 %
Trait plein : ce qu’il faudrait prélever pour maintenir une pension moyenne à 54,6 % du salaire moyen avec la répartition seule, le ratio glissant de 1,8 à 1,3 cotisant par retraité. Trait bleu : le même objectif avec une part de cotisation détournée vers un fonds, répartition et capitalisation additionnées. Zone rouge : le double paiement. Zone verte : ce que le mixte coûte de moins une fois que le fonds paie des pensions.
Surcoût cumulé jusqu’à la bascule
≈ 493,1 Md€49,8 points de cotisation-années, à environ 9,9 Md€ le point. Ordre de grandeur.
Année de bascule
2056Première année où le mixte coûte moins que la répartition seule, 30 ans après le départ.
Pic du double paiement
+2,9 pointsvers 2036, soit environ 28,3 Md€ par an de plus que la répartition seule.
Part capitalisée de la pension en 2071
21,9 %Le reste, 78,1 %, vient toujours de la répartition.

Avec 3 points montés en 10 ans, un rendement de 4 % et des salaires à 0,7 %, les actifs payent jusqu’à 2,9 points de plus vers 2036, soit 493,1 Md€ cumulés jusqu’en 2056. À partir de là, le mixte coûte moins, et en 2071 il prélève 6,2 points de moins que la répartition seule, avec une pension identique dont 21,9 % viennent du fonds.

Hypothèses. Le modèle compare deux mondes qui visent la même pension moyenne, 54,6 % du salaire moyen, alors que le COR la laisse décrocher à 45,3 % en 2070 : la cible est plus exigeante que la sienne, et le taux « nécessaire » n’est pas le taux légal mais celui de l’équation du chapitre 1, avec un ratio qui glisse en ligne droite. Dans le monde mixte, chaque génération qui part en retraite touche une rente calculée sur les points qu’elle a versés au fonds pendant sa carrière, placés au rendement choisi ; la moyenne sur les générations de retraités présentes donne la part capitalisée de la pension. Ce que le fonds ne couvre pas reste à la charge de la répartition, le taux mixte est la somme des deux, et la bascule est la première année où il passe sous la répartition seule. Tout est en euros constants ; les retraités d’aujourd’hui ne sont pas dans le modèle, leur pension n’y bouge pas.

Avec les réglages par défaut, la bosse culmine à 2,9 points de cotisation vers 2036, soit environ 28,3 Md€ par an, et la bascule a lieu en 2056. Trois choses peuvent financer cette bosse, et elles se combinent. Les réserves d’abord : les régimes en répartition détiennent 223,9 Md€, dont 113,6 Md€ à l’Agirc-Arrco, et le Fonds de réserve pour les retraites en garde 20,7 Md€ ; ces deux-là réunis couvriraient environ 5 années du pic. Une hausse temporaire de cotisation ensuite, bornée dans la loi et affectée au fonds, comme au Canada. La dette enfin, acceptable à une seule condition : que le fonds rapporte durablement plus que ce que l’État paie pour emprunter. Le FRR a fait 4,4 % par an depuis 2010, au-dessus du coût de la dette française sur la période ; ce n’est pas une garantie, c’est un précédent.

L’autre face se dit avec la même franchise. Sans transition, le surcoût existe aussi : la courbe de la répartition seule monte quand même, par hausse de cotisation ou baisse de pension. Le chapitre 2 a donné le chiffre du COR : équilibrer la répartition seule jusqu’en 2070 demande de relever le prélèvement dès maintenant, et pour toujours. Entre les deux bosses, la différence est que l’une finance un capital qui rapportera, l’autre un déficit qui ne rapportera rien.

Une architecture possible

Une architecture pour la France

Quatre points, dans l’ordre où ils se conditionnent. Ce n’est pas un programme, c’est une architecture parmi d’autres possibles, celle que les précédents étrangers et le simulateur rendent la plus lisible.

Ce que les candidats à la présidentielle de 2027 proposent sur les retraites est analysé dans leurs dossiers ; ce chapitre décrit une structure, pas une plateforme. Pour chaque point, trois questions : ce que cela coûte et à qui, ce que cela change pour quelqu’un qui entre dans la vie active, ce que cela change pour quelqu’un déjà à la retraite. La dernière colonne répond « rien » trois fois sur quatre. Ce n’est pas une concession, c’est la condition : une transition qui toucherait aux pensions en cours ne serait votée par personne, et n’a pas besoin de l’être.

  1. Point 1

    La répartition reste le socle, et garantit un plancher

    Les régimes actuels continuent de servir l’essentiel de la pension. Le minimum contributif, 904 € par mois pour une carrière complète, reste une promesse de la répartition : aucun marché ne le garantit, un contrat entre générations le peut.

    Ce que ça coûte, et à qui
    Rien de nouveau : c’est le système d’aujourd’hui, avec ses déficits tant que le pilier suivant ne le soulage pas.
    Pour quelqu’un de 25 ans
    Une pension de base plus basse que celle de ses parents (chapitre 5), mais garantie, et un plancher quoi qu’il arrive aux marchés.
    Pour un retraité d’aujourd’hui
    Rien. Sa pension est servie par la répartition, elle le reste.
  2. Point 2

    Une capitalisation collective obligatoire de quelques points, dans un fonds public ou paritaire

    3 points de la cotisation actuelle, pas une cotisation en plus, versés pour tous dans un fonds unique à frais bas, investi mondialement : le RAFP étendu au privé (47,8 Md€, 4,4 millions de cotisants), le Régime de pensions du Canada ou le fonds suédois AP7. Le fonds par défaut suffit ; le choix individuel est une option.

    Ce que ça coûte, et à qui
    Environ 29,7 Md€ par an à plein régime, prélevés sur les salaires comme aujourd’hui mais qui cessent d’aller aux pensions courantes : c’est le trou à combler. Des frais collectifs de l’ordre de 0,3 % par an, contre 0,9 % sur un PER individuel.
    Pour quelqu’un de 25 ans
    108 € par mois sur un salaire moyen, placés 43 ans à 4 % réels, donnent environ 127 954 € en euros d’aujourd’hui, soit 692 € par mois pendant 22 ans, pour une pension moyenne de 1 666 €. Cette rente remplace la part de répartition que les 3 points auraient financée ; l’écart est le gain.
    Pour un retraité d’aujourd’hui
    Rien. Il ne cotise plus, il n’est pas dans le fonds, sa pension ne dépend pas de ce qu’il rapporte.
  3. Point 3

    Une montée progressive sur une génération, financée d’abord par les réserves

    Les points montent par paliers, sur dix à vingt ans, comme la Suède sur seize générations et le Canada sur sept ans. Les réserves de l’Agirc-Arrco et le FRR, 134,3 Md€ réunis, amortissent le pic ; le reste est une hausse temporaire de cotisation, bornée dans la loi.

    Ce que ça coûte, et à qui
    Le double paiement de la section précédente : jusqu’à 2,9 points de plus au pic avec les réglages par défaut, 493,1 Md€ cumulés jusqu’en 2056. Porté par les actifs et les réserves, pas par les pensions.
    Pour quelqu’un de 25 ans
    Il paie la transition et en touche le bénéfice : c’est la génération qui a le plus à y gagner, parce qu’elle a le plus d’années devant elle.
    Pour un retraité d’aujourd’hui
    Rien. Les réserves de l’Agirc-Arrco sont des provisions, pas ses pensions ; les mobiliser ne change pas ce qui lui est versé.
  4. Point 4

    Un pilotage automatique, pour ne plus voter une réforme tous les sept ans

    Depuis 1993, la France a réformé ses retraites 5 fois, une fois tous les 7,5 ans en moyenne, chaque fois dans la rue. La Suède a inscrit dans la loi une règle d’équilibre : quand les engagements dépassent les actifs, l’indexation ralentit d’elle-même, et rattrape quand l’équilibre revient.

    Ce que ça coûte, et à qui
    Rien en euros. En politique, beaucoup : un Parlement qui renonce à voter chaque paramètre à chaque législature, au profit d’une règle connue d’avance.
    Pour quelqu’un de 25 ans
    La certitude que le système existera à son âge sous une forme prévisible, ce que le chapitre 5 a montré qu’il ne croit plus.
    Pour un retraité d’aujourd’hui
    Le seul point qui pourrait le toucher : une règle automatique agit sur l’indexation future. C’est un choix de conception, qui peut exclure les pensions déjà liquidées.

Le calcul du point 2 reprend le simulateur du chapitre 4 : rendement réel de 4 % avant 0,5 % de frais, rente sur 22 ans, euros constants. Il ne dit pas ce que touchera quelqu’un en particulier.

Le contradictoire

Les objections

9 arguments qu’on entend contre le modèle mixte, des trois objections savantes aux plus courantes. Chacun a une part de vrai, et le dire est la seule façon de mesurer sa part de faux.

  1. « La capitalisation ne crée pas de richesse »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. C’est l’objection de Nicholas Barr, et c’est la plus sérieuse de la liste. Les retraités de 2070 consommeront des biens et des services produits en 2070, par les actifs de 2070. Un capital n’est pas un stock de nourriture et de soins mis de côté : c’est un titre sur cette production future. Déplacer des cotisations vers un fonds ne fabrique pas un cotisant de plus, et n’exempte personne du partage entre actifs et retraités.

    Ce qui ne l’est pas. L’argument suppose une économie fermée. Un fonds diversifié convertit une créance sur la démographie française en créance sur la croissance mondiale : les dividendes qu’il encaisse sont payés par des salariés qui ne sont pas les enfants des retraités français. Et à production donnée, la forme du droit change qui décide du partage : un droit sur un actif ne se réduit pas par un vote au Parlement, une pension de répartition si, comme 45,3 % de pension relative en 2070 contre 54,6 % aujourd’hui le montrent.

  2. « Le COR dit lui-même que la part dans le PIB est quasi stable »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. Vrai, et ce dossier l’écrit au chapitre 2 plutôt que de le cacher : les dépenses de retraite passent de 14,1 % du PIB en 2025 à 15,3 % en 2070, un point de PIB en quarante-cinq ans. Il n’y a aucun dérapage des dépenses, et le mot « faillite » est faux.

    Ce qui ne l’est pas. Cette stabilité n’est pas gratuite : elle est obtenue par la baisse de la pension moyenne rapportée au revenu d’activité moyen, de 54,6 % à 45,3 %. Le COR l’écrit ainsi : la hausse des dépenses est « freinée par la baisse de la pension moyenne relative au revenu d’activité moyen ». La question n’est donc pas « les dépenses dérapent-elles », elle est « accepte-t-on cet ajustement, et si non, avec quoi le remplace-t-on ».

    Ce que projette le COR, chapitre 2
  3. « Le déficit est une convention comptable »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. Vrai. Le COR calcule le même système sous deux conventions d’imputation de la contribution de l’État : -2,4 % du PIB en 2070 dans la convention conforme à la législation, -1,5 % dans la convention EEC. Zéro euro ne change de main entre les deux, et le COR précise que « quelle que soit la convention adoptée, le solde global des finances publiques n’en est pas affecté ».

    Ce qui ne l’est pas. Le déficit change de taille, il ne change pas de signe. Le COR conclut, variantes comprises : « en dépit de ces variations, le système de retraite demeurerait durablement en besoin de financement dans l’ensemble des scénarios considérés ». Et la convention EEC a son propre biais, que le COR nomme : elle considère « comme acquise pour le futur la part du financement des retraites prise en charge par l’État ».

    Ce que ce solde suppose, chapitre 2
  4. « C’est financer la Bourse avec les salaires »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. Un fonds place ce qu’il reçoit, en actions pour l’essentiel : le fonds par défaut suédois gère plus de 1 500 Md SEK, dont 1 365 en actions.

    Ce qui ne l’est pas. La répartition aussi dépend des entreprises : ses 277 Md€ de cotisations sont prélevés sur leur masse salariale. La question est de savoir qui touche le rendement du capital. La France détient 12,9 % du PIB en actifs de retraite, contre 95,2 % dans l’OCDE : ses entreprises sont financées par la Bourse, et les dividendes vont aux fonds de pension étrangers.

  5. « 2008 a ruiné les fonds de pension »

    faux

    Ce qui est vrai. Une année de crise ampute le capital, et qui liquide sa rente juste après la subit. C’est le risque propre de la capitalisation ; il justifie une conversion progressive en rente.

    Ce qui ne l’est pas. Sur vingt ans, fenêtre qui contient 2008, 2020 et 2022, aucun des 8 pays de la table de l’OCDE n’affiche un rendement réel négatif : de 0,8 % par an aux États-Unis à 4,3 % au Canada, médiane 2,75 %. C’est loin d’une ruine, et loin aussi des promesses de rendement qu’on entend : 7 de ces 8 pays sont sous les 4 % que retiennent les simulateurs de ce dossier. Le RAFP affiche 4,3 % par an depuis 2005, le FRR 4,4 % depuis 2010.

  6. « Le double paiement est impayable »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. Il est réel, et le simulateur ci-dessus ne le cache pas : plusieurs points de cotisation de plus pendant une trentaine d’années.

    Ce qui ne l’est pas. Le COR chiffre à 2,8 points la hausse immédiate et permanente du prélèvement qui équilibrerait la répartition seule jusqu’en 2070 : sans transition, le surcoût existe aussi, et il ne construit rien. La France a par ailleurs 223,9 Md€ de réserves dans ses régimes en répartition et 20,7 Md€ au FRR pour amortir la bosse.

  7. « Ça creuse les inégalités »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. La capitalisation volontaire, oui : 74 % des adhérents à un produit de retraite supplémentaire ont 40 ans ou plus, contre 57 % des actifs. Le PER est le produit de ceux qui ont de quoi épargner et un impôt à réduire.

    Ce qui ne l’est pas. Une capitalisation obligatoire, proportionnelle au salaire, avec un fonds par défaut à frais bas, ne trie personne. En Suède, seuls 13 % de ceux qui ont choisi leurs fonds ont battu le fonds par défaut : l’inégalité vient du volontariat et du choix individuel, pas de la capitalisation.

  8. « La répartition est un choix de société »

    vrai, et c’est un choix

    Ce qui est vrai. La répartition est un contrat entre générations, et 40 % des Français préfèrent qu’elle reste seule. Ce n’est pas une opinion qu’un taux de rendement balaie.

    Ce qui ne l’est pas. Mais 59 % préfèrent une répartition complétée par une part de capitalisation. Et le choix de 1945 a été fait avec 4,69 cotisants par retraité en 1960 ; il y en aura 1,3 en 2070. Un choix de société se refait quand la société a changé.

  9. « La capitalisation collective, c’est de la dette publique déguisée »

    vrai en partie

    Ce qui est vrai. Le FRR en est la preuve : 150 Md€ promis pour 2020, 32 Md€ reçus, puis 2,1 Md€ par an reversés à la CADES de 2011 à 2024. Quand la réserve appartient à l’État, l’État s’en sert.

    Ce qui ne l’est pas. C’est un argument sur la gouvernance, pas sur le mécanisme. Le RAFP détient 47,8 Md€ que personne n’a ponctionnés, parce que ce sont des droits individuels. Et la Cour des comptes chiffre à 350 Md€ la dette cumulée du régime général en 2045 si rien ne change : la dette déguisée, c’est celle de la répartition.

Sources

D’où viennent les chiffres

Sources arrêtées au 4 septembre 2026.