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Ligne par Ligne · retraitesDossier à thèse · la répartition ne peut plus tenir seule

Retraites, chapitre 1La répartition : comment ça marche

Les cotisations d’aujourd’hui payent les pensions d’aujourd’hui, rien n’est mis de côté. Une équation à trois leviers relie ce que versent les actifs à ce que touchent les retraités, et un simulateur la fait bouger.

14 min de lecture · révisé le 3 septembre 2026

Le principe

Un flux, pas un stock

Les cotisations prélevées ce mois-ci sur les salaires payent les pensions versées ce mois-ci. L’argent ne s’arrête nulle part : il traverse les caisses, il n’y dort pas.

Quand une ligne « retraite » est retenue sur une fiche de paie, la somme ne part pas sur un compte au nom du salarié. Elle est versée à une caisse qui, dans le même mois, la reverse à des retraités. C’est cela, la répartition : un circuit entre deux générations, réglé au fil de l’eau. Il n’existe aucun capital provisionné, aucun portefeuille qui grossirait avec les années de carrière. Ce qu’on appelle un « droit » à la retraite est l’inscription d’une promesse : celle de recevoir, plus tard, une part des cotisations de ceux qui travailleront alors.

L’autre modèle, la capitalisation, fait l’inverse : chacun met de côté pendant sa vie active, l’épargne est placée, et c’est ce stock, augmenté de ce qu’il a rapporté, qui est converti en rente au moment du départ. Les deux modèles ne sont ni bons ni mauvais en soi ; ils ne dépendent pas des mêmes choses. La répartition tient si le nombre de cotisants et leurs salaires suivent le nombre de retraités. La capitalisation tient si les placements rapportent plus que l’inflation sur quarante ans. Le chapitre 4 détaille la seconde ; celui-ci décrit la première telle qu’elle fonctionne en France.

L’échelle est celle d’un pays entier. En 2025, le système a dépensé 422,2 Md€, soit 14,1 % du produit intérieur brut et près d’un quart (24,3 %) de l’ensemble des dépenses publiques. Les cotisations en couvrent un peu moins des deux tiers (65,6 % des ressources) ; le reste vient de la CSG, de la contribution que l’État se verse à lui-même pour ses fonctionnaires et de transferts d’autres branches. Le schéma ci-dessous suit l’argent d’un bout à l’autre du circuit.

Un stock existe quand même, mais il est minuscule au regard des flux : les régimes en répartition détenaient 223,9 Md€ de réserves fin 2025, dont celles de l’Agirc-Arrco, qui représentent 13,7 mois de prestations. Ce sont des coussins de sécurité, de quoi lisser une mauvaise année, pas de quoi payer une génération. La règle reste celle du flux, et c’est elle qui rend le système sensible à une seule chose : le rapport entre ceux qui versent et ceux qui reçoivent.

LES ACTIFS30,6 Mcotisants en 2025LES CAISSESune quarantainede régimes, aucun compte individuelLES RETRAITÉS17,4 Mpensionnés de droit directCotisations277 Md€CSG, État employeur, transferts139,6 Md€Pensions, 13,2 % du PIB394 Md€
Lecture : en 2025, 277 Md€ de cotisations entrent dans les caisses, complétés par 139,6 Md€ venus d’ailleurs que d’un salaire (CSG, contribution de l’État pour ses fonctionnaires, transferts d’autres branches). Il en ressort 394 Md€ de pensions, versés le mois même. La flèche pleine est le circuit décrit dans ce chapitre ; la flèche pointillée est ce que la répartition « pure » ne suffit déjà plus à couvrir. Champ : tous régimes obligatoires, COR 2026.
L’équation

L’équation des trois leviers

Puisque rien n’est mis de côté, ce qui entre doit égaler ce qui sort. Cette égalité tient en une ligne, et toute la politique des retraites consiste à choisir lequel de ses trois termes on fait bouger.

Ce que versent les actifs, c’est leur nombre multiplié par leur salaire moyen et par le taux de cotisation. Ce que touchent les retraités, c’est leur nombre multiplié par la pension moyenne. En répartition, les deux membres sont égaux chaque année. Divisez les deux côtés par le nombre de retraités et par le salaire moyen, et il ne reste que trois grandeurs : le nombre de cotisants par retraité, la pension moyenne exprimée en part du salaire moyen (le COR appelle cela la « pension relative »), et le taux de cotisation. La forme réduite se lit alors ainsi : le taux de cotisation est égal au niveau des pensions divisé par le nombre de cotisants par retraité.

cotisants × salaire moyen × taux de cotisation = retraités × pension moyenne

taux de cotisation = pension moyenne ÷ salaire moyen ÷ cotisants par retraité

Trois leviers, pas un de plus : on peut relever le taux, baisser les pensions, ou augmenter le nombre de cotisants par retraité (en reculant l’âge de départ, en employant davantage, ou par la démographie). Tout le reste est une combinaison.

Faites le calcul avec les chiffres d’aujourd’hui : 1,80 cotisant par retraité, une pension moyenne à 54,6 % du revenu d’activité moyen. L’équation demande un taux de 30,33 %. Or un salarié du privé verse, employeur et salarié réunis, 27,98 % de son salaire sous plafond. L’écart n’est pas une erreur : il mesure ce que la répartition ne finance plus par les seules cotisations sur salaire. La CSG, la contribution de l’État pour ses fonctionnaires et les transferts comblent la différence, et c’est pourquoi le COR raisonne sur un « taux de prélèvement global » de 32,3 %, toutes ressources rapportées aux revenus d’activité.

La même pension avec les 4,69 cotisants par retraité de 1960 n’aurait demandé que 11,64 % de cotisation. Avec les 1,30 projetés pour 2070, il en faudrait 42 %. Rien dans cette progression ne tient à une mauvaise gestion : c’est la division qui le veut. Le simulateur ci-dessous laisse fixer deux termes et calcule le troisième ; chaque valeur est partageable par l’adresse de la page.

Quelle grandeur les deux autres imposent-elles ?
1,80
1,005,00

Tous régimes, ratio brut d’effectifs. Les repères sont ceux du chapitre 2 : série ancienne pour 1960, COR pour la suite.

54,6 %
30 %80 %

Pension brute moyenne rapportée au revenu d’activité brut moyen : l’indicateur que le COR suit d’année en année.

Taux de cotisationdéduit
30,33 %

du salaire à prélever pour servir une pension à 54,6 % du salaire moyen avec 1,80 cotisant par retraité. Un salarié du privé sous plafond verse 27,98 % en 2026.

Avec 1,80 cotisant par retraité et une pension à 54,6 % du salaire moyen, il faut un taux de cotisation de 30,33 %, contre 27,98 % versés en 2026 sur un salaire du privé sous plafond.

Le simulateur suppose que tous les retraités et tous les cotisants se ressemblent : une pension moyenne, un salaire moyen, un taux unique. Il ne dit rien de la pension de quelqu’un en particulier. Ce qu’il montre, c’est la contrainte : à pension constante, chaque dixième de cotisant perdu par retraité se paie en points de cotisation. Le chapitre 2 explique pourquoi ce ratio baisse, et ce que chaque levier coûte selon le COR.

Les régimes

Qui cotise, qui touche

« La » retraite n’existe pas : il y a une quarantaine de régimes, chacun avec ses cotisants, ses retraités et sa règle de calcul. Un retraité touche en moyenne des pensions de 2,3 d’entre eux.

Le système s’est construit par métiers, et il en garde la forme. Un salarié du privé cotise à deux étages : un régime de base, le régime général géré par la Cnav, qui calcule la pension en annuités (50 % du salaire moyen des 25 meilleures années, plafonné, à condition d’avoir tous ses trimestres), et un régime complémentaire, l’Agirc-Arrco, qui fonctionne par points : les cotisations achètent des points, 20,1877 € pièce en 2026, et chaque point rapporte 1,4386 € par an une fois à la retraite. Le rapport des deux, 7,13 %, est le rendement du point ; comme on cotise à 127 % de ce qui donne des droits (le « taux d’appel »), le rendement réel de l’euro versé tombe à 5,61 %.

Les fonctionnaires relèvent d’une logique différente : la pension vaut au plus les trois quarts du dernier traitement indiciaire détenu depuis 6 mois, primes exclues. Pour l’État, il n’y a même pas de caisse : les pensions sont une ligne du budget, et l’« employeur » verse une contribution calculée pour équilibrer le compte, soit 49,3 Md€ en 2025. Les régimes spéciaux (SNCF, RATP, énergie, marins, notaires) ont leurs règles propres ; la loi du 14 avril 2023 les a fermés aux embauchés à partir du 1 septembre 2023, ce qui ne supprime rien mais les éteint à mesure que leurs affiliés partent.

  1. Régime général (Cnav)

    base

    Qui. Salariés du privé, et depuis 2018 les artisans, commerçants et la plupart des indépendants. Le régime de base qui compte le plus de cotisants et de retraités.

    Calcul. En annuités. La pension vaut 50 % du salaire moyen des 25 meilleures années, chaque année étant plafonnée au plafond de la Sécurité sociale, à condition d’avoir tous ses trimestres.

    15,4 Mretraités fin 2024

  2. Agirc-Arrco

    complémentaire

    Qui. Tous les salariés du privé, cadres et non-cadres, obligatoirement depuis 1972. Géré par les partenaires sociaux, sans l’État.

    Calcul. Par points. Chaque cotisation achète des points à un prix d’achat ; à la retraite, chaque point vaut une valeur de service annuelle. Le rapport des deux fait le rendement.

    113,6 Md€de réserves fin 2025

  3. Fonctionnaires de l’État (SRE)

    fonction publique

    Qui. Fonctionnaires civils, magistrats, militaires. Pas une caisse : un compte du budget de l’État, équilibré par une contribution employeur qui n’a pas d’équivalent dans le privé.

    Calcul. En annuités. 75 % au plus du dernier traitement indiciaire détenu depuis 6 mois, primes exclues (elles relèvent d’un régime additionnel par points, le RAFP).

    82,28 %de contribution employeur en 2026

  4. Territoriaux et hospitaliers (CNRACL)

    fonction publique

    Qui. Fonctionnaires des collectivités locales et des hôpitaux. Une vraie caisse, financée à près de 90 % par des cotisations.

    Calcul. Mêmes règles que l’État : 75 % du dernier traitement indiciaire, hors primes.

    37,65 %de cotisation employeur en 2026

  5. Régimes spéciaux

    spécial

    Qui. SNCF, RATP, industries électriques et gazières, marins, clercs de notaires, Banque de France. Les principaux sont fermés aux nouveaux embauchés depuis le 1 septembre 2023 : ils s’éteindront avec leurs derniers affiliés.

    Calcul. Règles propres à chaque régime, le plus souvent proches de celles de la fonction publique. Équilibrés par une subvention de l’État.

    27régimes spéciaux recensés

  6. Agriculteurs et professions libérales

    base

    Qui. Exploitants et salariés agricoles (MSA), professions libérales (CNAVPL et ses sections), avocats (CNBF). Des régimes petits, dont la démographie est parfois très dégradée.

    Calcul. Base alignée sur le régime général pour les salariés agricoles ; points pour les exploitants, les libéraux et leurs complémentaires.

    30 %du régime des salariés agricoles financé par la compensation

Ces régimes n’ont pas la même démographie, et c’est le point qui compte pour l’équation. En 2020, le régime général comptait 2,25 cotisants par retraité, l’ensemble des régimes 2,05, celui des fonctionnaires de l’État 1,29 : privatisations, baisse du nombre de titulaires et montée des contractuels ont réduit ses cotisants sans réduire ses retraités. Les exploitants agricoles sont dans une situation pire encore. Pour que chacun ne dépende pas de la démographie de son seul métier, une « compensation démographique » redistribue entre régimes de base depuis 1974 : en 2022, 6 Md€ ont ainsi circulé entre 17 régimes, 8 contributeurs et 9 bénéficiaires. Sur vingt ans, de 2003 à 2023, les transferts ont atteint 157,8 Md€, soit 7,5 Md€ par an : le régime général en a supporté 97,6 Md€, les exploitants agricoles en ont reçu 74 Md€.

Retenez l’ordre de grandeur plutôt que la carte : 17,2 millions de retraités de droit direct fin 2023, 18,1 millions de personnes touchant au moins une pension en comptant les réversions, et une promesse qui ne dépend pas de la caisse où l’on a cotisé mais du nombre de gens qui cotiseront après vous. Le chapitre 3 raconte pourquoi la France a choisi cette architecture en 1945, et ce qu’elle a essayé depuis pour l’unifier.

La cotisation

Ce qu’un salaire verse

Le taux de l’équation n’est pas une abstraction : c’est la somme de 7 lignes sur une fiche de paie, dont une partie n’y figure qu’en petit, du côté de l’employeur.

Sur un salaire du privé inférieur au plafond de la Sécurité sociale (48 060 € par an en 2026), la retraite prélève 27,98 % du brut : 16,67 % à la charge de l’employeur, versés en plus du salaire affiché, et 11,31 % retenus dessus. Deux lignes alimentent le régime de base (l’assurance vieillesse plafonnée, qui s’arrête au plafond, et la déplafonnée, qui suit tout le salaire) ; les autres vont à l’Agirc-Arrco : la cotisation de tranche 1 qui achète des points, la contribution d’équilibre général qui n’en achète aucun et finance l’équilibre du régime, et, au-dessus du plafond, la tranche 2 et la contribution d’équilibre technique. Ce découpage est exactement ce que le simulateur détaille.

Pour le salaire moyen du privé, 43 224 € bruts par an, cela fait 1 008 € par mois, dont 600 € que le salarié ne voit jamais. Ce total est le membre gauche de l’équation du chapitre : cotisants × salaire × taux. C’est lui qui, agrégé sur trente millions d’actifs, donne les cotisations du schéma du début. Au-delà de huit plafonds (384 480 €), plus rien ne cotise à la retraite complémentaire, et le taux moyen redescend : la retraite est un prélèvement proportionnel, puis dégressif, jamais progressif.

Une précision qui rejoint un autre dossier du site : seul le salaire cotise. Un dividende, une plus-value, un loyer supportent les prélèvements sociaux de la flat tax, 31,4 % au total, mais aucun euro n’en va vers une caisse de retraite ni n’ouvre de droit. C’est l’un des sujets de la page sur la flat tax, et c’est aussi ce qui rend l’assiette de la répartition étroite : elle repose sur la masse salariale, et sur elle seule. Le chapitre 2 montre ce que chaque point de cette assiette rapporte, et ce qu’il coûte à l’emploi.

43 224 €
22 404 €240 300 €

Salarié du privé, taux 2026. Le plafond de la Sécurité sociale vaut 48 060 € par an : au-dessus, les lignes changent.

Cotisations retraite ligne par ligne pour 43 224 € de brut annuel
LigneTaux employeurTaux salariéEmployeur / moisSalarié / mois
Assurance vieillesse plafonnée8,55 %6,90 %308 €249 €
Assurance vieillesse déplafonnée2,11 %0,40 %76 €14 €
Agirc-Arrco, tranche 14,72 %3,15 %170 €113 €
Contribution d’équilibre général, tranche 11,29 %0,86 %46 €31 €
Agirc-Arrco, tranche 2(sous le plafond, sans objet)12,95 %8,64 %0 €0 €
Contribution d’équilibre général, tranche 2(sous le plafond, sans objet)1,62 %1,08 %0 €0 €
Contribution d’équilibre technique(sous le plafond, sans objet)0,21 %0,14 %0 €0 €
Total16,67 %11,31 %600 €407 €

Employeur 59,58 % du totalSalarié 40,42 % du total

Part employeur, par mois
600 €16,67 % du brut, au-dessus du salaire affiché
Part salarié, par mois
407 €11,31 % du brut, retenus sur la fiche de paie
Total retraite, par mois
1 008 €27,98 % du brut : le membre gauche de l’équation

Sur 43 224 € de brut annuel, la retraite prélève 1 008 € par mois, soit 27,98 % du brut : 600 € versés par l’employeur en plus du salaire, 407 € retenus dessus. Sous le plafond, toutes les lignes plafonnées s’appliquent à la totalité du salaire.

Sources

D’où viennent les chiffres

Sources arrêtées au 4 septembre 2026.