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Dossier à thèse, chiffrée sur le COR de juin 2026112 min de lecture · révisé le 4 septembre 2026

Retraites : la répartition ne peut plus tenir seule

Les cotisations d’aujourd’hui payent les pensions d’aujourd’hui, rien n’est mis de côté. Cela tenait quand il y avait 4,69 cotisants par retraité, en 1960. Il y en a 1,8 aujourd’hui, il y en aura 1,3 en 2070. La capitalisation n’est ni un mal ni un remède miracle : c’est le second pilier qu’il manque, et ce dossier le démontre avec les chiffres du COR, de l’Insee et de l’OCDE, jamais avec un adjectif.

Le lecteur y trouvera trois choses qu’on confond d’ordinaire : une mécanique (comment l’argent circule), une histoire (ce que la France a déjà essayé) et un choix (ce qu’on peut encore construire). Six chapitres, chacun lisible séparément.

Cotisants par retraité
1,8Contre 4,69 en 1960 et 1,3 en 2070, scénario de référence du COR
du PIB en retraites
14,1 %422 Md€ en 2025, près d’un quart de la dépense publique (24,3 %)
du PIB de déficit en 2070
-2,4 %Le solde projeté à législation constante, scénario de référence du COR de juin 2026
Pension moyenne en 2070
45,3 %Rapportée au revenu d’activité moyen, contre 54,6 % aujourd’hui : la retraite ne disparaît pas, elle décroche

L’essentiel

112 min de lecture · sources arrêtées au 4 septembre 2026

La répartition est une promesse entre générations que la démographie ne permet plus de tenir seule. La solution n’est pas de la quitter, c’est de lui adjoindre un pilier capitalisé, collectif et progressif.

  1. 27,98 %C’est ce qu’un salaire sous plafond verse chaque mois pour la retraite, parts employeur et salarié réunies, et rien de cet argent n’est mis de côté. Il part le mois même vers les pensions en cours.
  2. 1,8 → 1,3Le nombre de cotisants par retraité aujourd’hui, puis en 2070 dans le scénario de référence du COR. Avec une fécondité au plus bas depuis un siècle, aucun des trois leviers classiques ne suffit seul à refermer l’écart.
  3. 1910La première loi de retraite française était une capitalisation, et l’inflation de deux guerres l’a ruinée. La répartition de 1945 n’a pas été choisie contre elle par principe, mais parce que les réserves n’existaient plus.
  4. 113,6 Md€Les réserves placées de l’Agirc-Arrco fin 2025, auxquelles s’ajoutent le Fonds de réserve et le régime additionnel des fonctionnaires. La France capitalise déjà, elle ne le dit pas.
  5. 68,7 %Le taux de remplacement projeté d’un salarié non-cadre né en 2000, contre 74,8 % pour la génération 1960. Plus bas, pas nul : les jeunes auront une pension, et ils ont raison d’épargner tôt.
  6. +5,6 pointsLa hausse du taux de prélèvement qu’il faudrait en 2070 pour équilibrer le système par ce seul levier, selon l’abaque du COR. C’est pour cela qu’il en faut un quatrième, et que la transition se mesure année par année.
La thèse

Ce que le dossier défend, et ce qu’il ne dit pas

7 affirmations, chacune avec son statut. « Établi » : les chiffres sont ceux d’une institution, COR, Insee, Drees ou OCDE, et personne ne les conteste. « Discuté » : le constat est partagé, la réponse ne l’est pas. « Choix » : aucun chiffre ne tranche, c’est une décision politique, et le dossier le dit plutôt que de la déguiser en calcul. La thèse même du dossier, « la répartition ne peut pas tenir seule », est classée « discuté » : c’est une conclusion tirée de chiffres établis, pas un chiffre.

  1. Le solde se dégrade à législation constante

    établi

    1,8 cotisant par retraité aujourd’hui, 1,3 en 2070. Les 65 ans et plus passent de 22,2 % à 32,0 % de la population, et le solde projeté à législation constante atteint -2,4 % du PIB.

    Lecture. Ce sont les chiffres du COR de juin 2026 et de l’Insee, scénario de référence. Deux précautions les accompagnent, et le dossier les porte plutôt que de les taire : le solde dépend d’une convention d’imputation, et il est calculé hors produits financiers. Sous la seconde convention que le COR publie, le déficit 2070 vaut -1,5 % du PIB au lieu de -2,4 %, sans qu’un euro change de main. Il reste un déficit dans les deux.

    Ce que ce solde suppose
  2. La répartition ne peut pas tenir seule

    discuté

    C’est la thèse de ce dossier, et c’est une conclusion, pas une donnée. Elle affirme qu’aucun des trois leviers de la répartition ne fermera l’écart seul dans des proportions politiquement tenables, et qu’il faut donc un second pilier.

    Lecture. Le COR ne conclut pas cela. Il chiffre trois leviers, il en donne le prix, et il laisse le choix : de son abaque, il écrit lui-même « Ces simulations ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent en aucune manière des propositions de réforme. » D’autres économistes lisent les mêmes chiffres et concluent qu’un point de cotisation de plus par décennie suffirait. Le désaccord ne porte pas sur les projections, il porte sur ce qu’une société accepte.

  3. Le système ne disparaît pas, il décroche

    établi

    La pension moyenne vaut 54,6 % du revenu d’activité moyen aujourd’hui, 45,3 % en 2070. Le niveau de vie des retraités, égal à celui de la population (100,2 %), reviendrait à 90,3 %.

    Lecture. Les pensions continuent d’augmenter en euros constants, mais moins vite que les salaires. Le décrochage est le mode d’ajustement silencieux de la répartition : personne ne le vote, il se produit par indexation sur les prix plutôt que sur les salaires.

  4. La capitalisation n’est pas un mal

    établi

    La France en fait déjà : 223,9 Md€ de réserves placées par les régimes en répartition, 20,7 Md€ au Fonds de réserve, un régime additionnel par points pour les fonctionnaires. La Suède, les Pays-Bas et le Canada l’ont généralisée sans abandonner la répartition.

    Lecture. Ce qui distingue ces pays, c’est le caractère collectif et obligatoire du pilier capitalisé, pas l’existence d’une épargne. Un fonds à bas frais géré pour tous n’a rien de commun avec un produit vendu au guichet.

  5. Les jeunes ont raison d’épargner tôt, tort de vouloir sortir

    discuté

    Un non-cadre né en 2000 aurait un taux de remplacement de 68,7 % contre 74,8 % pour la génération 1960 : plus bas, pas nul. Ce que rapporte une épargne dépend surtout du nombre d’années où elle travaille.

    Lecture. Les économistes s’accordent sur la projection, pas sur la réponse. Quitter la répartition supposerait de continuer à payer les pensions en cours sans plus rien acquérir : la sortie individuelle ne fait qu’alourdir la charge de ceux qui restent.

  6. Le double paiement est réel, et il s’étale sur une génération

    discuté

    Détourner des points de cotisation vers un fonds creuse la répartition tant que le fonds ne verse encore rien. Le surcoût existe, il dure moins qu’une carrière (43 ans) si la montée est progressive.

    Lecture. La taille du surcoût dépend du rendement retenu, de la vitesse de montée et de la croissance des salaires : trois hypothèses que le chapitre 6 laisse au lecteur. Ce qui est établi, c’est qu’une bascule brutale est impayable et qu’une bascule lente ne l’est pas.

  7. Le dosage, la vitesse et le gestionnaire relèvent du choix

    choix

    Combien de points de cotisation basculer, en combien d’années, et qui gère le fonds : un établissement public, les partenaires sociaux, des gestionnaires en concurrence. Aucun chiffre ne tranche ces questions.

    Lecture. C’est là que le dossier s’arrête et que l’élection commence. Les programmes de 2027 se lisent avec cette grille : lesquels nomment la démographie, lesquels chiffrent une transition, lesquels promettent un retour en arrière.

    Ce que proposent les candidats
Le dossier

6 chapitres, 112 minutes

Une mécanique, une histoire, un choix. Les deux premiers chapitres décrivent le système tel qu’il est et pourquoi il se dérègle, le troisième ce que la France a déjà essayé, les trois derniers ce qu’on peut encore construire. Chaque chapitre se lit indépendamment et porte sa propre date de révision.

  1. Chapitre 114 min · révisé le 3 septembre 2026

    La répartition : comment ça marche

    Les cotisations d’aujourd’hui payent les pensions d’aujourd’hui, rien n’est mis de côté. Une équation à trois leviers relie ce que versent les actifs à ce que touchent les retraités, et un simulateur la fait bouger.

  2. Chapitre 221 min · révisé le 4 septembre 2026

    La démographie : pourquoi l’équation ne tient plus

    Quatre cotisants par retraité en 1960, moins de deux aujourd’hui, moins d’un et demi demain. Fécondité, longévité et baby-boom expliquent la pente, le COR chiffre ce que chaque levier devrait absorber, et le déficit annoncé dépend d’une convention d’imputation qu’il faut nommer.

  3. Chapitre 317 min · révisé le 3 septembre 2026

    Le passé : ce que la France a déjà essayé

    La France a commencé par la capitalisation, en 1910 et en 1930, et l’inflation de deux guerres a ruiné les réserves. Le choix de 1945 a été un succès tant que la population active croissait. Puis trente ans de réformes ont réglé les paramètres sans toucher au modèle.

  4. Chapitre 420 min · révisé le 3 septembre 2026

    La capitalisation n’est pas un mal

    Mettre de côté et faire fructifier, c’est ce que font déjà les fonctionnaires avec le RAFP, les régimes complémentaires avec leurs réserves, et près de treize millions de titulaires de PER. Ce que cela rapporte, ce que cela risque, et ce que font les pays qui l’ont généralisée.

  5. Chapitre 517 min · révisé le 3 septembre 2026

    Les jeunes ont-ils raison de ne plus y croire ?

    Une majorité des moins de 35 ans pense qu’elle n’aura pas de retraite, et se tourne vers l’épargne. Ils auront une pension, plus tard et plus basse que leurs parents. Épargner tôt est la bonne réponse, quitter la répartition n’en est pas une.

  6. Chapitre 623 min · révisé le 4 septembre 2026

    Le modèle combiné : pourquoi il devient obligatoire

    La répartition subit le risque démographique, la capitalisation le risque financier, et les deux se produisent rarement en même temps. Comment les pays qui ont combiné les deux s’y sont pris, ce que coûte la transition, et une architecture possible pour la France.

Sources

D’où viennent les chiffres

Sources arrêtées au 4 septembre 2026. Les documents institutionnels portent les chiffres partagés entre chapitres ; les deux derniers sont ceux qui contestent le diagnostic, et leur date est indiquée parce qu’elle compte. L’OCDE, pour les comparaisons internationales, et les sources historiques, pour les lois de 1910, 1930 et 1945, sont citées dans les chapitres qui les utilisent.