Les cotisations d’aujourd’hui payent les pensions d’aujourd’hui, rien n’est mis de côté. Cela tenait quand il y avait 4,69 cotisants par retraité, en 1960. Il y en a 1,8 aujourd’hui, il y en aura 1,3 en 2070. La capitalisation n’est ni un mal ni un remède miracle : c’est le second pilier qu’il manque, et ce dossier le démontre avec les chiffres du COR, de l’Insee et de l’OCDE, jamais avec un adjectif.
Le lecteur y trouvera trois choses qu’on confond d’ordinaire : une mécanique (comment l’argent circule), une histoire (ce que la France a déjà essayé) et un choix (ce qu’on peut encore construire). Six chapitres, chacun lisible séparément.
112 min de lecture · sources arrêtées au 4 septembre 2026
La répartition est une promesse entre générations que la démographie ne permet plus de tenir seule. La solution n’est pas de la quitter, c’est de lui adjoindre un pilier capitalisé, collectif et progressif.
7 affirmations, chacune avec son statut. « Établi » : les chiffres sont ceux d’une institution, COR, Insee, Drees ou OCDE, et personne ne les conteste. « Discuté » : le constat est partagé, la réponse ne l’est pas. « Choix » : aucun chiffre ne tranche, c’est une décision politique, et le dossier le dit plutôt que de la déguiser en calcul. La thèse même du dossier, « la répartition ne peut pas tenir seule », est classée « discuté » : c’est une conclusion tirée de chiffres établis, pas un chiffre.
1,8 cotisant par retraité aujourd’hui, 1,3 en 2070. Les 65 ans et plus passent de 22,2 % à 32,0 % de la population, et le solde projeté à législation constante atteint -2,4 % du PIB.
Lecture. Ce sont les chiffres du COR de juin 2026 et de l’Insee, scénario de référence. Deux précautions les accompagnent, et le dossier les porte plutôt que de les taire : le solde dépend d’une convention d’imputation, et il est calculé hors produits financiers. Sous la seconde convention que le COR publie, le déficit 2070 vaut -1,5 % du PIB au lieu de -2,4 %, sans qu’un euro change de main. Il reste un déficit dans les deux.
Ce que ce solde supposeC’est la thèse de ce dossier, et c’est une conclusion, pas une donnée. Elle affirme qu’aucun des trois leviers de la répartition ne fermera l’écart seul dans des proportions politiquement tenables, et qu’il faut donc un second pilier.
Lecture. Le COR ne conclut pas cela. Il chiffre trois leviers, il en donne le prix, et il laisse le choix : de son abaque, il écrit lui-même « Ces simulations ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent en aucune manière des propositions de réforme. » D’autres économistes lisent les mêmes chiffres et concluent qu’un point de cotisation de plus par décennie suffirait. Le désaccord ne porte pas sur les projections, il porte sur ce qu’une société accepte.
La pension moyenne vaut 54,6 % du revenu d’activité moyen aujourd’hui, 45,3 % en 2070. Le niveau de vie des retraités, égal à celui de la population (100,2 %), reviendrait à 90,3 %.
Lecture. Les pensions continuent d’augmenter en euros constants, mais moins vite que les salaires. Le décrochage est le mode d’ajustement silencieux de la répartition : personne ne le vote, il se produit par indexation sur les prix plutôt que sur les salaires.
La France en fait déjà : 223,9 Md€ de réserves placées par les régimes en répartition, 20,7 Md€ au Fonds de réserve, un régime additionnel par points pour les fonctionnaires. La Suède, les Pays-Bas et le Canada l’ont généralisée sans abandonner la répartition.
Lecture. Ce qui distingue ces pays, c’est le caractère collectif et obligatoire du pilier capitalisé, pas l’existence d’une épargne. Un fonds à bas frais géré pour tous n’a rien de commun avec un produit vendu au guichet.
Un non-cadre né en 2000 aurait un taux de remplacement de 68,7 % contre 74,8 % pour la génération 1960 : plus bas, pas nul. Ce que rapporte une épargne dépend surtout du nombre d’années où elle travaille.
Lecture. Les économistes s’accordent sur la projection, pas sur la réponse. Quitter la répartition supposerait de continuer à payer les pensions en cours sans plus rien acquérir : la sortie individuelle ne fait qu’alourdir la charge de ceux qui restent.
Détourner des points de cotisation vers un fonds creuse la répartition tant que le fonds ne verse encore rien. Le surcoût existe, il dure moins qu’une carrière (43 ans) si la montée est progressive.
Lecture. La taille du surcoût dépend du rendement retenu, de la vitesse de montée et de la croissance des salaires : trois hypothèses que le chapitre 6 laisse au lecteur. Ce qui est établi, c’est qu’une bascule brutale est impayable et qu’une bascule lente ne l’est pas.
Combien de points de cotisation basculer, en combien d’années, et qui gère le fonds : un établissement public, les partenaires sociaux, des gestionnaires en concurrence. Aucun chiffre ne tranche ces questions.
Lecture. C’est là que le dossier s’arrête et que l’élection commence. Les programmes de 2027 se lisent avec cette grille : lesquels nomment la démographie, lesquels chiffrent une transition, lesquels promettent un retour en arrière.
Ce que proposent les candidatsUne mécanique, une histoire, un choix. Les deux premiers chapitres décrivent le système tel qu’il est et pourquoi il se dérègle, le troisième ce que la France a déjà essayé, les trois derniers ce qu’on peut encore construire. Chaque chapitre se lit indépendamment et porte sa propre date de révision.
Les cotisations d’aujourd’hui payent les pensions d’aujourd’hui, rien n’est mis de côté. Une équation à trois leviers relie ce que versent les actifs à ce que touchent les retraités, et un simulateur la fait bouger.
Quatre cotisants par retraité en 1960, moins de deux aujourd’hui, moins d’un et demi demain. Fécondité, longévité et baby-boom expliquent la pente, le COR chiffre ce que chaque levier devrait absorber, et le déficit annoncé dépend d’une convention d’imputation qu’il faut nommer.
La France a commencé par la capitalisation, en 1910 et en 1930, et l’inflation de deux guerres a ruiné les réserves. Le choix de 1945 a été un succès tant que la population active croissait. Puis trente ans de réformes ont réglé les paramètres sans toucher au modèle.
Mettre de côté et faire fructifier, c’est ce que font déjà les fonctionnaires avec le RAFP, les régimes complémentaires avec leurs réserves, et près de treize millions de titulaires de PER. Ce que cela rapporte, ce que cela risque, et ce que font les pays qui l’ont généralisée.
Une majorité des moins de 35 ans pense qu’elle n’aura pas de retraite, et se tourne vers l’épargne. Ils auront une pension, plus tard et plus basse que leurs parents. Épargner tôt est la bonne réponse, quitter la répartition n’en est pas une.
La répartition subit le risque démographique, la capitalisation le risque financier, et les deux se produisent rarement en même temps. Comment les pays qui ont combiné les deux s’y sont pris, ce que coûte la transition, et une architecture possible pour la France.
Sources arrêtées au 4 septembre 2026. Les documents institutionnels portent les chiffres partagés entre chapitres ; les deux derniers sont ceux qui contestent le diagnostic, et leur date est indiquée parce qu’elle compte. L’OCDE, pour les comparaisons internationales, et les sources historiques, pour les lois de 1910, 1930 et 1945, sont citées dans les chapitres qui les utilisent.
La retraite est financée par le travail, arbitrée dans le budget, et promise en campagne. Trois pages pour suivre chacun de ces fils.