Quatre cotisants par retraité en 1960, moins de deux aujourd’hui, moins d’un et demi demain. Fécondité, longévité et baby-boom expliquent la pente, le COR chiffre ce que chaque levier devrait absorber, et le déficit annoncé dépend d’une convention d’imputation qu’il faut nommer.
21 min de lecture · révisé le 4 septembre 2026
Un chiffre revient dans tous les débats : combien de personnes cotisent pour chaque personne qui touche une pension. Il valait près de cinq en 1960, il vaut 1,8 aujourd’hui, et le Conseil d’orientation des retraites (COR) le projette à 1,3 en 2070. C’est le premier des trois termes de l’équation de la répartition, et un seul terme ne fait pas un verdict.
Un cotisant est une personne en emploi qui acquiert des droits, un retraité une personne qui perçoit une pension de droit direct, acquise par sa propre carrière. En 2025, la France compte 30,6 millions de cotisants pour 17,4 millions de retraités, soit 1,8 cotisant par retraité. Ce chiffre pèse lourd parce que l’équation du chapitre 1 n’a que trois termes : le taux de cotisation qui équilibre le système est le niveau des pensions divisé par ce ratio. Avec une pension moyenne à 54,6 % du revenu d’activité moyen, il faut prélever 30 % des revenus d’activité à 1,8 cotisant par retraité, et 42 % à 1,3.
Le graphique juxtapose deux séries qui ne se raccordent pas, et il vaut mieux le dire. La première vient de la Direction de la sécurité sociale, citée par un rapport du Sénat de 1997 : 4,69 cotisants par retraité en 1960, sur un champ que le document ne précise pas, à une époque où les régimes étaient jeunes et où beaucoup de personnes âgées n’avaient encore aucun droit. La seconde est celle du COR, de la Drees et de l’Insee, sur un champ stable, et commence en 2002 à 2,14. Le régime général seul confirme l’ordre de grandeur de la chute : 4,3 en 1965, 1,41 en 2024.
Depuis dix ans, la courbe fait un palier : 1,72 en 2015, 1,8 en 2025. Ce n’est pas la démographie qui s’est arrêtée, ce sont les réformes qui ont retenu des personnes du côté des cotisants en reculant l’âge de départ. Le palier se termine : à législation constante, suspension de la réforme de 2023 comprise, le COR projette 1,64 en 2040 et 1,3 en 2070, avec 28,9 millions de cotisants pour 22,1 millions de retraités, soit 28 % de moins qu’aujourd’hui. Derrière ce ratio, la démographie nue, avant tout effet de l’emploi ou de l’âge de départ : le nombre de 20 à 64 ans par personne de 65 ans et plus passe de 4,68 en 1962 à 2,53 aujourd’hui, puis 1,62 en 2070. Aucune politique de l’emploi ne remonte ce rapport-là.
Reste à dire ce que ce chiffre ne dit pas, et c’est le COR qui le dit le mieux. Un ratio qui s’effondre ne suffit pas à déséquilibrer un régime : il faut encore que les deux autres termes ne bougent pas. Le rapport de juin 2026 note que la hausse des dépenses de retraite dans le PIB est « freinée par la baisse de la pension moyenne relative au revenu d’activité moyen », et que les effets du vieillissement sont « également contrecarrés par l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ». Le cas limite existe, et il est français : à la CNRACL, la caisse de retraite des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, « la diminution de la pension relative compenserait intégralement la dégradation du rapport entre cotisants et retraités ». Le rapport démographique du régime se dégrade, sa part dans le PIB reste quasi stable. Au régime de la fonction publique de l’État, la part des dépenses baisse alors même que le rapport entre cotisants et retraités tient jusqu’en 2070.
La formule juste est donc celle-ci : le ratio ne donne pas le verdict, il donne le prix à payer sur les deux autres leviers. Un pays peut absorber 28 %de cotisants par retraité en moins sans un euro de déficit, à condition de baisser les pensions relatives ou de reculer l’âge de départ d’autant. C’est exactement ce que le scénario du COR fait faire à la France, et c’est pourquoi la question n’est pas « le système va-t-il tenir » mais « au prix de quoi ». La suite du chapitre chiffre les deux faces de ce prix, le solde qui reste et l’effort qu’il faudrait pour le fermer.
Trois mécanismes distincts font baisser le ratio, et ils n’ont pas le même horizon. Un seul est passager : la vague des générations nées après la guerre. Les deux autres déplacent durablement l’équilibre entre ceux qui cotisent et ceux qui touchent.
La fécondité d’abord. L’indice conjoncturel de fécondité compte les enfants qu’aurait une femme si elle connaissait, à chaque âge, les taux de l’année. De 2,74 en 1960, il est passé sous le seuil de renouvellement des générations, environ 2,05, entre 1970 et 1980, et n’y est jamais remonté, même au point haut de 2010 (2,03). En 2025, il tombe à 1,56, le plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale selon l’Insee : 645 000 naissances contre 832 800 en 2010, et, pour la première fois depuis la guerre, plus de décès (651 000) que de naissances. Un enfant né en 2026 cotisera vers 2046 : la fécondité d’aujourd’hui fixe le ratio de 2050 à 2070. C’est pour cela que le COR a abaissé son hypothèse de 1,8 à 1,45 entre 2025 et 2026, et que cette seule révision ajoute 1,51 point de PIB de dépenses en 2070.
La longévité ensuite. Ce qui compte pour une caisse n’est pas l’espérance de vie à la naissance mais celle qu’il reste à 60 ans, parce que c’est la durée pendant laquelle une pension se verse. Un homme de 60 ans pouvait espérer 15,7 ans de plus en 1960, 23,9 en 2025 ; une femme, 19,5 puis 28,0. Depuis 1970 seulement, le gain est de 7,7 ans pour les hommes et 7,2 pour les femmes : à âge de départ égal, une pension d’homme se verse 8 années de plus qu’en 1960. Le COR retient encore un progrès, plus lent, jusqu’à 26,3 ans à 65 ans pour les femmes et 24,4 pour les hommes en 2070. Vivre plus longtemps est une bonne nouvelle, et une charge pour un système qui verse jusqu’au décès.
Le baby-boom enfin. Les naissances passent de 645 899 en 1945 à 843 904 en 1946, soit +31 % en un an, culminent à 877 804 en 1964 et ne retombent qu’en 1975. 30 générations nombreuses, qui ont eu 60 ans entre 2006 et 2035 et auront toutes passé l’âge de départ vers 2040. C’est un effet de stock : chaque année, elles ajoutent au nombre de retraités plus que les décès n’en retirent. Fin 2023, la France comptait 17,2 millions de retraités de droit direct, avec 781 000 nouveaux pensionnés dans l’année. Les 65 ans et plus, 22,2 % de la population en 2026, en feront 32 % en 2070, soit 21,1 millions de personnes, 5,8 millions de plus qu’aujourd’hui.
Il faut tenir les trois ensemble pour comprendre pourquoi le ratio ne remontera pas. Le baby-boom est transitoire, ses dernières générations auront 85 ans en 2060, et l’on entend parfois qu’il suffirait de « passer la bosse ». Mais la bosse explique la pente de 2006 à 2040, pas ce qui vient après. Entre 2040 et 2070, vague passée, le COR fait encore descendre le ratio de 1,64 à 1,3, et l’Insee le rapport des 20 à 64 ans aux 65 ans et plus de 2,06 à 1,62. C’est ce que produisent, en régime permanent, une fécondité à 1,45 et une vie qui s’allonge. Le baby-boom a avancé la date du problème ; la fécondité et la longévité en font un état durable.
Le Conseil d’orientation des retraites publie chaque juin ce que deviendraient les comptes si rien ne changeait. Son rapport du 11 juin 2026 voit un déficit qui se creuse lentement jusqu’en 2040, puis franchement. Il ne prédit rien : il calcule, sous des hypothèses qu’il affiche.
Le système a dépensé 14,1 % du PIB en 2025 pour 13,9 % de ressources : un déficit de 5,1 Md€. À législation constante, il serait de 6,8 Md€ en 2030, puis de −2,39 pt de PIB en 2070. Un an plus tôt, le rapport de juin 2025 projetait −1,4 pt. L’écart vient presque entièrement de la démographie : la fécondité ramenée de 1,8 à 1,45 ajoute +1,51 pt de PIB de dépenses, un solde migratoire relevé à 150 000 par an en retire +0,96 pt. La suspension de la réforme de 2023 coûte de son côté 1,8 Md€ par an en moyenne jusqu’en 2032.
Un scénario du COR est un jeu d’hypothèses, pas une prévision. La principale est la productivité horaire du travail, ce qu’une heure travaillée produit de plus chaque année, qui commande les salaires, donc les cotisations. Le scénario de référence retient 0,7 % par an à partir de 2040, alors que les quinze dernières années ont donné 0,4 %, et un chômage à 7 %. Les variantes disent ce que chaque hypothèse pèse : à 1,0 % de productivité, le solde 2070 revient à −1,7 pt ; à 0,4 %, il tombe à −3,1 pt. Une fécondité à 1,2 le porte à −3,4 pt. Dès 2040, la fourchette va de −0,4 pt à −1,0 pt. Le COR ne dit pas lequel se produira. Il dit qu’aucun ne ramène l’équilibre.
Regardons ces deux variantes de plus près, parce qu’elles disent d’où vient le déficit. Le COR publie pour elles la dépense en même temps que le solde : à 0,4 % de productivité, les dépenses de retraite atteignent 16,1 % du PIB en 2070 ; à 1,0 %, 14,5 % ; contre 15,3 % dans le scénario de référence. Même dans la variante la plus défavorable, la dépense bouge de +2,0 pt de PIB sur quarante-cinq ans, quand le solde, lui, se creuse de −2,9 pt. La différence vient des ressources, pas d’un emballement des pensions : dire « les dépenses de retraite dérapent » est faux dans tous les scénarios du COR.
Voici le point qui déroute : le ratio recule de 28 % d’ici 2070, mais la part des retraites dans le PIB ne monte que de 14,1 % à 15,3 %, et reste stable jusqu’en 2045. Parce que les pensions décrochent des salaires : les pensions liquidées sont indexées sur les prix, et les droits se calculent sur des règles qui se resserrent réforme après réforme. La pension moyenne progresserait de 0,2 % par an en euros constants, le revenu d’activité moyen de 0,7 %. Rapportée au revenu moyen, la pension passe de 54,6 % à 45,3 %, et le niveau de vie des retraités, égal à celui de la population aujourd’hui (100,2 %), n’en ferait plus que 90,3 % en 2070. La démographie est absorbée par l’appauvrissement relatif des retraités, ce que le chapitre 5 traduit génération par génération. Et le déficit se creuse quand même, parce que les ressources reculent plus vite encore, de 13,9 % à 12,9 % du PIB. Ce n’est pas une faillite, le mot est faux : c’est un lent rétrécissement des deux côtés.
Deux réserves pèsent sur ce déficit, assez lourdes pour qu’il faille les sortir de la note de bas de figure. Il dépend d’une convention d’imputation de la contribution de l’État, que le COR calcule dans les deux sens ; et il est arrêté hors produits financiers, alors que les régimes complémentaires en tirent de leurs réserves. La section suivante les expose, chiffres à l’appui, avant de dire pourquoi elles ne font pas disparaître le problème.
Le déficit de la section précédente n’est pas une donnée de la nature. C’est un solde partiel à l’intérieur des finances publiques, et un solde partiel dépend d’une règle d’imputation. Le COR calcule le même système sous deux règles, et publie les deux.
Celle du rapport, des comptes de la Sécurité sociale et des lois de financement
La contribution de l’État est ajustée chaque année pour équilibrer le régime des fonctionnaires, comme le droit le prévoit.
L’effort de l’État figé en part de PIB, à sa moyenne de 2021 à 2025
L’État continue de consacrer aux retraites la même part de la richesse nationale qu’aujourd’hui, ni plus ni moins.
Annexe 2 du rapport du COR de juin 2026 (nouvel onglet), scénario de référence, hors produits et charges financières. La convention EEC fige les contributions et subventions d’équilibre en proportion du PIB, à leur niveau moyen de 2021 à 2025.
Entre ces deux colonnes, aucun euro ne change de main. Les dépenses sont les mêmes, les cotisants sont les mêmes, les pensions versées sont les mêmes. Seule change la règle qui dit quelle part de l’argent de l’État est comptée dans les ressources du système plutôt qu’ailleurs dans le budget. L’écart sur le solde 2070 vaut pourtant 0,9 point de PIB, soit près de la moitié du déficit annoncé. Le COR l’écrit lui-même, dans les deux documents où il expose la question : « Quelle que soit la convention adoptée, le solde global des finances publiques n’en est pas affecté. Les diverses conventions en matière de solde retraite ne jouent que sur la part des ressources publiques affectées aux retraites : une convention qui dégrade relativement le solde retraite améliore la situation des finances publiques hors retraite (et inversement). » Autrement dit : dans la convention retenue par le rapport, le déficit des retraites est plus lourd, et le budget de l’État « serait amélioré d’autant ».
Aucune des deux règles n’est neutre, et il faut dire le défaut de chacune plutôt que de choisir celle qui arrange. La convention EEC, prise seule, « présente l’inconvénient majeur de considérer comme acquise pour le futur la part du financement des retraites prise en charge par l’État » : elle postule que l’État maintiendra son effort, ce qu’aucun texte ne garantit, et elle dépend de la période choisie comme référence. Le COR avait ajouté, en abandonnant les conventions concurrentes en 2023 (nouvel onglet), qu’elle « pouvait être interprétée comme normative sur la manière dont l’État devrait utiliser les économies » que la baisse des pensions de fonctionnaires lui procurera. Mais la convention du rapport a le défaut symétrique : elle rend le solde « indifférent à l’évolution propre aux régimes équilibrés financièrement par l’État », qui pèsent environ 25% des dépenses du système et sont à l’équilibre par construction. Le déficit affiché est donc celui des régimes qui n’ont pas de subvention d’équilibre, ce qui est un choix de présentation défendable, et un choix quand même. Deux sigles ont disparu au passage : EPR est devenu « convention conforme à la législation » dans le rapport de 2026, et la convention TCC, à taux de cotisation constant, n’est plus calculée depuis 2023.
Un second caveat pèse autant, et il vit d’ordinaire dans une note de bas de figure : le solde du COR est calculé hors produits financiers. Les régimes complémentaires, eux, en tirent de leurs réserves. La Cour des comptes (nouvel onglet), dans son rapport du 20 février 2025, chiffre l’effet sur sa propre prévision pour 2025 : le solde du système « est ainsi prévu à −6,6 Md€. Il est plus faible en intégrant les produits financiers des régimes de retraites complémentaires et serait de −0,6 Md€ seulement » : 6 Md€ d’écart sur une seule année, produits par les réserves que l’Agirc-Arrco a constituées. Ce sont les chiffres de février 2025, une prévision, à ne pas confondre avec le solde 2025 constaté par le COR un an plus tard, −5,1 Md€. La comparaison garde son sens : le déficit court terme du système tient pour une bonne part au fait qu’on ne compte pas ce que rapportent ses propres réserves.
Faut-il pour autant ranger le déficit au rayon des artefacts comptables ? Non, et c’est le COR qui ferme la porte, une fois toutes les variantes passées en revue : « En dépit de ces variations, le système de retraite demeurerait durablement en besoin de financement dans l’ensemble des scénarios considérés. » La convention change la taille du trou, pas son existence ni son sens : dans les deux règles, les ressources reculent en part de PIB pendant que les dépenses montent. Ce chapitre garde donc les chiffres du rapport, en convention conforme à la législation, et signale qu’ils reposent sur une règle d’imputation. Un lecteur qui verra ailleurs −1,5 pt plutôt que −2,4 pt saura d’où vient l’écart, et qu’aucun des deux camps ne triche.
Une répartition n’a que trois réglages : l’âge auquel on part, ce qu’on prélève sur les actifs, ce qu’on verse aux retraités. Le COR publie un abaque qui dit, pour chaque horizon, combien il faudrait bouger l’un d’eux si l’on ne touchait pas aux deux autres. Ce simulateur reprend ses ordres de grandeur et laisse combiner.
Chaque année de décalage retire une génération du côté des retraités ; seule la part en emploi rejoint les cotisants.
Toutes les ressources du système rapportées aux revenus d’activité, au sens du COR. Un point vaut un peu moins d’un demi-point de PIB.
Pension moyenne rapportée au revenu d’activité moyen. Le niveau projeté baisse déjà de lui-même, à législation constante.
En 2040, avec ces réglages, le système serait en déficit de 0,6 pt de PIB, soit 18 Md€ sur le PIB de 2025, contre −0,61 pt projeté par le COR sans rien changer.
Le COR attache à son abaque une précaution que ce simulateur reprend à son compte : « Ces simulations ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent en aucune manière des propositions de réforme. » Les résultats reposent sur des calculs mécaniques et ignorent les interactions entre leviers, un âge de départ plus tardif relevant par exemple la pension à la liquidation. Calcul de la rédaction, comptable et sans bouclage macroéconomique, comme l’abaque du COR : les dépenses suivent le nombre de retraités et le niveau des pensions, les ressources le nombre de cotisants et le taux de prélèvement. Une génération vaut 0,87 million de personnes (4 346 000 personnes de 60 à 64 ans au 1er janvier 2026) dont 44,4 % en emploi, le taux d’emploi des 60 à 64 ans en 2025. Réglé sur les valeurs « nécessaires » de l’abaque, le modèle retombe à quelques centièmes de point de l’équilibre.
Lisons l’abaque du COR 2026 pour 2040. L’âge moyen de départ, projeté à 64,5 ans, devrait atteindre 65,3 ans pour équilibrer les comptes : +10 mois en plus de la trajectoire déjà votée. À défaut, le taux de prélèvement global devrait passer de 31,3 % à 32,7 % des revenus d’activité. Ou bien la pension moyenne devrait descendre de 51,6 % à 49,2 % du revenu moyen, 5 % sous ce qui est déjà projeté. Pour 2070, tout s’amplifie : +3 ans d’âge, jusqu’à 67,6 ans ; +5,6 pt de prélèvement ; ou des pensions à 37,9 % du revenu moyen, 16 % sous la trajectoire. Le COR chiffre aussi l’ajustement « immédiat et permanent », fait une fois pour toutes : pour tenir jusqu’en 2030, 1,4 % de pension en moins ou +0,4 pt de prélèvement ; jusqu’en 2070, 8,6 % ou +2,8 pt, dès maintenant et pour tout le monde.
Le levier de l’âge demande une précaution que le simulateur applique. Reculer l’âge de départ d’un an ne transforme pas une génération en cotisants : seules les personnes retenues qui ont un emploi cotisent, et le taux d’emploi des 60 à 64 ans est de 44,4 % en 2025. Les autres basculent vers le chômage, l’invalidité ou les minima sociaux. L’effet sur le ratio reste réel, parce que la génération entière quitte le dénominateur, mais il est plus faible que la règle de trois, et c’est pourquoi il faut +3 ans pour fermer 2070. Le COR note en revanche, d’après la DG Trésor et l’OFCE, que c’est le seul levier qui accroît le PIB à long terme, là où une hausse de cotisations ou une modération des pensions le réduisent.
Reste une observation politique. Depuis 1993, chaque réforme a actionné un ou deux de ces leviers : la durée d’assurance en 1993, 2003 et 2014, l’indexation sur les prix en 1993, l’âge légal en 2010 et 2023. Chacune a fermé le trou de la décennie suivante, aucune n’a réglé la pente, et la dernière a été suspendue avant d’être appliquée. Un levier seul demande, pour 2070, un effort qu’aucun gouvernement n’a obtenu en trente ans. C’est la raison pour laquelle le chapitre 6 propose d’en ajouter un quatrième, dont le rendement ne suit pas la masse salariale française. La formulation compte : un fonds capitalisé n’échappe pas à la démographie parce qu’il est capitalisé, il y échappe parce qu’il est investi hors de France. Placé sur des entreprises françaises, il dépend des mêmes salariés et des mêmes clients que la répartition. C’est d’ailleurs l’objection de fond au second pilier, celle de Nicholas Barr : un capital reste un titre sur la production de l’année où la pension est versée, et aucun placement ne fabrique un cotisant. Elle est discutée en fin de chapitre 6.
Sources arrêtées au 4 septembre 2026.