La marge de raffinage est passée d’une moyenne de 32 € la tonne sur les cinq années qui précèdent la crise énergétique à 281 € la tonne en septembre 2026, soit 8,7 fois cette norme. Elle dépasse de moitié le pic d’octobre 2022, qui tenait jusqu’ici le haut de la série. Rapportée au litre, elle vaut à elle seule 23,6 centimes, c’est-à-dire plus du tiers de ce que coûte le gazole hors taxes.
Mis bout à bout, le renchérissement du baril en euros pèse environ 22,7 centimes par litre sur un an, et l’ouverture de la marge de raffinage environ 18,8 centimes, sur une hausse hors taxes de 56,8 centimes. Les deux couvrent donc environ 73 % du mouvement. C’est un ordre de grandeur et non une comptabilité : un litre de gazole ne se tire pas d’un litre de brut, les rendements d’une raffinerie varient, et la marge de septembre est comparée à la moyenne de 2025 faute de série mensuelle comparable. Le solde tient au fret, à l’incorporation de biocarburants et à ces rendements.
Le meilleur indice reste ailleurs, et il ne demande aucun modèle : hors taxes, le gazole était moins cher que l’essence en 2024 comme en 2025. Il lui est aujourd’hui supérieur de 21,4 centimes, alors que la marge de distribution est la même sur les deux produits à un demi-centime près, 23,9 contre 23,3 centimes. Ce n’est donc pas la pompe qui a changé, ni le puits : c’est la raffinerie.
Trois verrous se sont fermés à peu près en même temps. Ce sont des faits de guerre, donc des estimations d’agences plutôt que des statistiques : chacun est donné avec celui qui le compte, et aucun ne doit être lu à la décimale près.
Les raffineries russes
Les traitements russes sont tombés à 3,8 millions de barils par jour en juin 2026, en baisse de 30 % sur un an et au plus bas depuis 2004. Les installations totalement arrêtées ou fortement ralenties représentent environ le quart de la capacité du pays. La Russie a interdit toute exportation de gazole à compter du 8 juillet 2026 pour approvisionner son marché intérieur.
Agence internationale de l’énergie, septembre 2026, et Reuters pour la part de capacité arrêtée
Le Golfe Persique
Depuis le déclenchement du conflit le 28 février 2026, plus de quatre-vingts installations énergétiques ont été attaquées dans la région et plus d’un tiers gravement endommagées. Les exportations de gazole du Golfe sont tombées à 390 000 barils par jour en août, soit le quart du niveau d’avant-guerre.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, et Oil Market Report de septembre 2026
Le détroit d’Ormuz
Les flux de produits raffinés par le détroit sont passés de 3,44 millions de barils par jour avant le conflit à 760 000 en août 2026. L’oléoduc saoudien Est-Ouest, unique contournement d’Ormuz, a été frappé par des drones les 10 et 11 septembre 2026 et fermé par précaution : c’est l’épisode qui explique la pointe des dix derniers jours.
Middle East Economic Survey, et agences de presse pour la fermeture de l’oléoduc
S’y ajoute une cause plus ancienne et purement européenne : le parc automobile du continent est diésélisé, alors que ses raffineries, conçues pour l’essence, produisent structurellement trop d’essence et pas assez de gazole. L’Europe exporte l’une et importe l’autre. Un choc sur les importations de produits raffinés frappe donc le gazole de plein fouet et épargne relativement le sans-plomb, ce que les deux courbes de prix hors taxes montrent sans qu’il faille les commenter.