Le test grandeur nature du budget 2025, le gisement des niches fiscales que le programme ne nomme pas, ce que cette analyse ne démontre pas, et les sources.
11 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
La question n’est pas de savoir si un plan d’économies est souhaitable, mais si un plan d’économies s’exécute. Deux exercices budgétaires récents permettent de répondre, et ce ne sont pas des prévisions : ce sont des constats de la Cour des comptes.
Le déficit a bien reculé, de 0,7 % de PIB. Mais la Cour des comptes établit que cette réduction est exclusivement imputable aux hausses d’impôts, pour un montant d’environ 23 Md€. Autrement dit : sur l’exercice où le pays a annoncé son plus gros effort d’économies depuis des années, ce sont les recettes qui ont produit le résultat.
12,0 % des économies annoncées ont été documentées à l’arrivée.
La dépense primaire apparaît avec un signe négatif : sur l’exercice le plus volontariste de la décennie en matière d’économies annoncées, elle a joué contre la réduction du déficit, pas pour elle.
Les économies structurelles inscrites dans le budget 2026 ont perdu plus de la moitié de leur volume entre le dépôt du texte et son adoption. Ce n’est pas un accident d’exécution : c’est la contrainte parlementaire ordinaire, et elle s’appliquera aussi à un plan décennal.
Crédits annulés par décret en février 2024, sans passer par le Parlement, par le gouvernement qu’il dirigeait. L’exercice s’est pourtant conclu sur un déficit budgétaire de l’État de 155,9 Md€, soit 9 Md€ au-delà de la loi de finances, et un déficit public de 5,8 % du PIB.
Et c’est là que la lecture doit être loyale.
L’écart de 2024 ne vient pas d’un dérapage de la dépense : il vient des recettes, qui ont manqué de 22,8 Md€ par rapport à la prévision. La Cour impute cet écart à des prévisions trop optimistes sur l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée. Le gouvernement a donc bien tenu sa promesse d’économies, et le déficit s’est quand même creusé.
Cette précision compte dans les deux sens. Elle disculpe le candidat sur la dépense. Elle affaiblit en revanche l’idée qu’une trajectoire de dix ans puisse être tenue par la seule maîtrise des dépenses, puisque c’est l’autre côté du compte qui a fait défaut, et qu’une règle interdisant toute recette nouvelle prive précisément d’instrument de correction de ce côté-là.
Le rapport d’échelle.
Le plan suppose de dégager en moyenne 12 Md€ d’économies supplémentaires chaque année pendant 10 ans. Sur le dernier exercice connu, l’État en a documenté 4,8 Md€, dont 3,7 Md€ de pérennes. Il faudrait donc tenir environ 3,2 fois ce rythme, sans interruption, pendant une décennie, et sur une masse qui n’est pas pilotable par décret.
Ce n’est pas une prévision d’institut, c’est une exécution budgétaire. Tout chiffrage d’un plan d’économies décennal devrait partir de là.
Critiquer un programme sans rien proposer n’a pas d’intérêt. Une ligne du budget pèse presque exactement ce que le plan cherche sur le modèle social, et elle ne figure dans aucune de ses annonces. Mais elle ne mérite pas non plus d’être vendue comme un repas gratuit.
465 dispositifs, pour ce montant de recettes auxquelles l’État renonce volontairement chaque année. Pas de la fraude : des exonérations, crédits et taux réduits votés, dont une partie substantielle n’a jamais été évaluée.
Point technique qui compte ici : supprimer une dépense fiscale ne relève pas d’une hausse de taux. La règle « aucune hausse d’impôts » ne l’interdit donc pas littéralement. C’est le seul gisement de cette taille qui reste ouvert au programme.
Et le candidat n’a pas à être convaincu de son existence : la consultation lancée par son propre parti cite elle-même 470 niches fiscales pour 90 Md€ par an dans son état des lieux des finances publiques. Le chiffre est donc connu, posé, et absent du plan.
Disons-le tout de suite : supprimer une niche, c’est augmenter un impôt.
Techniquement, aucun taux ne monte, et la promesse est donc formellement tenue. Économiquement, quelqu’un paie davantage, et ce quelqu’un n’est pas majoritairement fortuné. Le même avertissement figure dans le dossier consacré au programme de La France insoumise, pour les mêmes raisons.
Alors pourquoi cette piste plutôt qu’une autre ?
Pas parce qu’elle serait gratuite. Parce qu’elle est du bon ordre de grandeur : 88,3 Md€ face aux 80 Md€ à 100 Md€ recherchés. Aucune des mesures chiffrées du plan n’approche cet ordre de grandeur, et c’est bien le problème que cette page décrit depuis le début.
Et parce qu’elle est politiquement coûteuse, ce qui est bon signe. Supprimer une niche ne se heurte pas à une catégorie diffuse, mais à un secteur organisé qui défend son dispositif : hôtellerie, outre-mer, transport, immobilier locatif, recherche. Il n’y a pas de slogan de meeting là-dedans, et aucun adversaire commode à désigner.
Un raisonnement qui ne survit qu’en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile.
La France dépense 1 714,1 Md€ par an, soit 57,2 % de son produit intérieur brut, premier niveau de l’Union européenne. Les prestations de protection sociale en représentent à elles seules 771 Md€. Affirmer qu’aucune réduction sérieuse de la dépense ne peut contourner le modèle social n’est pas une provocation, c’est une constatation comptable. Rien dans cette page ne la conteste.
C’est la concession la plus importante de cette page. La Cour des comptes évalue elle-même l’effort supplémentaire nécessaire à 35 Md€ dès 2027, 85 Md€ pour ramener le déficit à 2,8 points de PIB en 2029, et 135 Md€ à horizon 2031. La fourchette de 120 à 150 Md€ annoncée par le candidat n’est donc ni fantaisiste ni maximaliste : elle recoupe l’ordre de grandeur que l’institution de contrôle juge nécessaire. Notre objection ne porte pas sur le montant, elle porte sur l’endroit où il est censé être trouvé et sur la population qu’il concerne.
Les prélèvements obligatoires atteignent 43,6 % du PIB, deuxième niveau d’Europe. Prétendre refermer 152,5 Md€ de déficit par les seules recettes supposerait un effort sans précédent sur des assiettes déjà lourdement sollicitées. C’est exactement ce que cette série reproche au programme précédent, et il serait malhonnête de ne pas en tirer la conséquence symétrique : sur ce point, le candidat a raison.
Le rendement du prélèvement forfaitaire unique au titre de l’impôt sur le revenu a atteint 6,8 Md€ en 2024, soit un quasi-doublement depuis 2018. Les flux d’expatriation fiscale se sont par ailleurs inversés après le remplacement de l’ISF par l’IFI, passant en moyenne de 950 départs pour 370 retours sous l’ancien régime à 260 départs pour 380 retours ensuite. L’imputation causale reste discutée, le sens ne l’est pas, et il joue en faveur du bilan que le candidat revendique.
Le rapport de référence sur les exonérations de cotisations, remis en 2024, établit qu’il faut 242 € de coût employeur pour rendre 100 € nets à un salarié rémunéré sous 1,6 fois le salaire minimum, et que 17,3 % des salariés ont été directement concernés par une revalorisation du salaire minimum en une seule année. Vouloir rapprocher le net du brut répond à un problème réel et documenté. Ce que cette page conteste est le financement de la réponse, pas son diagnostic.
Le rapprochement avec le dossier consacré à La France insoumise porte sur la STRUCTURE de l’argument : une catégorie étroite à l’affiche, une assiette très large dans le tableur. Il ne porte pas sur la nature des mesures. Ne pas revaloriser une prestation et prélever un impôt ne sont pas la même opération, ni juridiquement, ni économiquement, ni moralement. Nous assumons la symétrie de méthode, pas une équivalence de fond.
Le candidat n’a publié ni périmètre, ni nombre de bénéficiaires, ni coût pour la mesure qui structure pourtant tout son volet salaires. Nous avons retenu la lecture la plus étroite imaginable du mot « classes moyennes », soit 15 Md€. Un périmètre publié pourrait être plus restreint encore, par exemple limité à une tranche de salaire étroite. Il pourrait aussi être quatre fois plus large, auquel cas notre conclusion serait très en dessous de la réalité.
Les 120 à 150 Md€ sont annoncés sur dix ans, sans répartition annuelle ni ventilation par poste. Nous les traitons comme un effort à atteindre en niveau à l’horizon de la trajectoire, lecture cohérente avec l’objectif de déficit nul et avec le niveau du déficit actuel. Une autre lecture, par exemple en cumul de flux annuels, donnerait des pourcentages différents. Elle ne changerait pas le constat central, qui est que les mesures chiffrées ne couvrent qu’une fraction du total.
Nous rapportons l’effort aux 771 Md€ de prestations sociales des comptes nationaux, millésime 2025, parce que c’est la seule masse directement comparable à la dépense publique totale que nous citons par ailleurs. Sur le périmètre plus large de la protection sociale au sens de la DREES, le pourcentage serait plus faible, donc plus favorable au programme. Nous publions les deux dans la section concernée, et l’ordre de grandeur ne bouge pas.
Cette page évalue une question, et une seule : l’assiette désignée peut-elle produire l’effort annoncé, et qui la compose ? Elle ne se prononce ni sur l’opportunité de réduire la dépense publique, ni sur le niveau souhaitable des prestations, ni sur la taille de la fonction publique. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l’urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent du site de campagne et des entretiens du candidat, les données publiques de l’Insee, de la DREES et de la Cour des comptes. Les chiffrages contradictoires sont cités avec leur auteur.
Tous les totaux sont établis à comportement inchangé : aucun surcroît de croissance, aucun gain de productivité, aucun effet récessif d’ajustement n’est jamais déduit d’un total. La convention joue dans les deux sens et n’avantage aucune des deux thèses.
Choc de productivité, contraction de la demande, caractère non reconductible d’un gel d’indexation : ces effets sont documentés dans une section séparée et signalent le sens du biais de nos totaux. Ils ne sont jamais mobilisés pour majorer ou minorer un montant affiché.
L’assurance chômage est comptée à 5 Md€ quand le site de campagne écrit « plus de 4 milliards ». L’effort total est rapporté à sa borne basse de 120 Md€ et non à 150, ce qui maximise la part couverte par les mesures chiffrées. Le droit au brut est retenu dans sa lecture la plus étroite.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du candidat, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Le lecteur doit pouvoir refaire le calcul et contester ligne par ligne.
Le partage est calculé sur l’effort ANNONCÉ par le candidat, pas sur le déficit ni sur la dépense publique totale. Comparer un sous-ensemble d’économies à la totalité du budget serait un homme de paille : le programme n’a jamais prétendu financer l’État avec 100 000 postes.
Les mêmes quatre questions sont posées ici qu’au programme de La France insoumise, avec les mêmes règles de preuve. Cela ne signifie pas que baisser une prestation et lever un impôt soient la même chose : cette limite est exposée dans la section contradictoire.
Les fragilités connues.
Total des économies chiffrées retenu sur cette page : 12 Md€ par an, en bornes hautes.