Ce que devient une économie annoncée une fois vérifiée par le Sénat, les effets que le calcul à comportement constant laisse de côté, ce que cette analyse ne démontre pas, et les sources.
8 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Tout ce qui précède a été calculé à comportement constant, c’est-à-dire en supposant que chaque euro annoncé est un euro encaissé et que rien d’autre ne bouge. C’est une convention favorable au programme. Voici ce qu’elle laisse de côté.
Le diagnostic du candidat est exact, et il faut le dire avant de le discuter : avec 43,6 % du PIB de prélèvements obligatoires, la France est au deuxième rang européen pour ce qu’elle prélève et au premier pour ce qu’elle dépense. Le déficit ne vient pas d’un manque de recettes.
Cette dernière ligne est celle qui rend l’exercice si dur : elle passe avant toute politique publique, elle ne finance rien, et elle croît mécaniquement tant que le déficit reste ouvert. Chaque année de retard rend le plan suivant plus lourd.
La ministre des Comptes publics annonce 2 Md€ à 3 Md€ d’économies en fusionnant ou supprimant un tiers des 434 opérateurs et 317 organismes consultatifs de l’État. Une commission d’enquête sénatoriale vérifie, sur plus de soixante-dix auditions.
21,6 % du montant annoncé.
La rapporteure Christine Lavarde, sénatrice Les Républicains, résume : « Nous ne sommes pas certains d’arriver à un milliard d’euros d’économies. On parle plutôt en millions d’euros d’économie. » La proposition de loi finalement déposée par son groupe le 27 avril 2026 chiffre très exactement 540 M€. Ce n’est pas une critique venue de l’extérieur : c’est le parti du candidat qui vérifie, et qui divise le chiffre par près de cinq.
Ces effets ne sont jamais déduits de nos totaux, dans un sens comme dans l’autre. Ils servent uniquement à indiquer dans quel sens ceux-ci sont probablement biaisés. La dernière ligne joue en faveur du candidat, et elle est traitée comme les autres.
L’OFCE retient pour 2026 un multiplicateur budgétaire d’ensemble « proche de l’unité », et relève que « les économies structurelles en dépense auraient un multiplicateur relativement élevé », en particulier sur les prestations, les politiques de l’emploi et les collectivités. Autrement dit, un euro d’économie retire de l’activité, donc des recettes, et ne réduit pas le déficit d’un euro. Nos totaux ignorent entièrement cet effet, ce qui est une convention favorable au candidat.
Sur les 14 Md€ de fraude sociale estimés par le Haut Conseil du financement de la protection sociale, 3 Md€ ont été détectés en 2025, année record. Et parmi les sommes détectées, tous champs confondus, environ 60 % sont effectivement recouvrées. La chaîne va de l’estimation à la détection, puis au recouvrement : chaque maillon divise le montant. Nous avons pourtant retenu l’estimation brute.
La décomposition détaillée par le Sénat répartit l’estimation à peu près également entre fraude aux cotisations, principalement le travail dissimulé, et fraude aux prestations. Or seule la seconde relève d’une baisse de dépense. La première est un manque à percevoir, c’est-à-dire une recette, catégorie que le programme exclut par construction puisqu’il annonce se financer « uniquement par la baisse des dépenses ».
C’est l’effet dynamique qui joue en faveur du candidat, et il faut le dire avec la même netteté. Une baisse de cotisations patronales peut augmenter le volume d’emploi, donc les recettes et la base taxable, avec un multiplicateur que les travaux disponibles situent autour de 0,6 à un an et 1,0 à cinq ans. Nous ne l’avons pas plus déduit que les précédents : la règle est la même dans les deux sens.
Un raisonnement qui ne survit qu’en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile. La même section figure au bas de chaque dossier de cette série, quel que soit le camp examiné.
La France dépense 57,3 % de son produit intérieur brut, premier rang de l’Union européenne, et prélève 43,6 %, deuxième rang derrière le Danemark. Le déficit ne vient pas d’un manque de recettes. Affirmer que le redressement doit passer par la dépense n’est pas une opinion idéologique, c’est la lecture directe des comptes nationaux. Notre objection porte sur la localisation des économies, jamais sur le principe.
La mission indépendante remise en juillet 2026 chiffre à 126 Md€ l’ajustement nécessaire pour seulement stabiliser le poids de la dette. Ce montant devra être trouvé par quelqu’un, quelle que soit la majorité. Le candidat annonce 120 Md€, soit un ordre de grandeur comparable, et c’est ce montant publié qui rend son plan confrontable à une assiette.
Sur les 250 000 postes de fonctionnaires annoncés, le candidat précise publiquement que les 125 000 redéploiements « ne produisent aucune économie budgétaire » et que « effectifs et masse salariale restent inchangés ». De même, son plan démographique est présenté avec son coût de 40,3 Md€ et son financement de 41 Md€. Ces précisions viennent du candidat, pas de notre reconstitution.
Sur le coût de l’immigration, nous avons retenu 6,9 Md€, chiffrage de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, organisme dont la ligne éditoriale soutient la thèse du candidat. Nous l’avons choisi parce qu’il est la borne haute disponible, pas parce qu’il fait autorité. Une évaluation neutre retiendrait probablement moins, ce qui réduirait encore les 22,6 Md€ du gisement d’affiche. Notre conclusion serait renforcée, mais notre chaîne de preuve reste ici la moins solide de la page.
Ni l’Institut Montaigne, ni l’OFCE, ni l’Institut des politiques publiques n’ont publié d’évaluation du projet 2027 du candidat. Les 52,9 Md€ que nous qualifions de « sans ligne publiée » ne sont donc pas des économies fantômes : ce sont des économies non encore documentées, à dix-neuf mois du scrutin. Le programme peut très bien les détailler d’ici là, et nos pourcentages bougeront alors.
Le pari central du programme est qu’une baisse de 40 Md€ du coût du travail et des impôts de production produit de l’activité, donc des recettes, donc un déficit qui se referme sans coupe supplémentaire. Nos calculs à comportement constant ignorent entièrement cet effet, comme ils ignorent l’effet récessif inverse. Si le pari réussit, l’arithmétique de cette page est trop sévère. Les évaluations disponibles suggèrent un effet réel mais lent, de l’ordre de l’unité à cinq ans.
Nous avons retiré de la base la défense et la sécurité, parce que le candidat annonce les renforcer, et la charge d’intérêts, parce qu’elle ne se vote pas. Ces deux retraits sont défendables mais discutables : on pourrait soutenir qu’une baisse des taux, ou un arbitrage différent sur les armées, les remettrait en jeu. Avec une base plus large, l’effort moyen tomberait sous 7,0 % ; avec une base plus étroite, il dépasserait 10 %. L’ordre de grandeur, lui, ne bouge pas.
Cette page évalue une question, et une seule : les économies annoncées peuvent-elles venir des postes que la campagne désigne, et à défaut, d’où viennent-elles ? Elle ne se prononce ni sur l’opportunité de la retraite à 65 ans, ni sur celle du plafonnement des aides à 70 % du SMIC, ni sur la restriction de l’aide médicale d’État. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l’urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent des annonces datées du candidat et de son parti, les données publiques de l’Insee, du Sénat, de la Cour des comptes, de l’Unédic, du Conseil d’orientation des retraites, de Fipeco et de l’OFCE. Les chiffrages produits par des organismes orientés sont signalés comme tels.
Tous les montants d’économies sont retenus à comportement constant : aucun effet récessif, aucun effet de bouclage macroéconomique n’est jamais déduit d’un total. C’est une convention favorable au programme, puisque les évaluations disponibles concluent qu’une consolidation par la dépense a un multiplicateur budgétaire élevé, donc qu’elle se dégrade elle-même en partie.
Multiplicateur budgétaire, écart entre fraude estimée et fraude recouvrée, effet emploi d’une baisse du coût du travail : ces effets sont documentés dans une section séparée et signalent le sens du biais de nos totaux. Ils ne sont jamais mobilisés pour majorer ni minorer un montant affiché, y compris quand ils joueraient en faveur du candidat.
Chaque fois qu’un chiffrage existe sous forme de fourchette, la borne la plus favorable au programme est retenue. La fraude sociale est comptée pour son estimation brute de 14 Md€ alors que 3 Md€ seulement ont été détectés en 2025. Le passage à 65 ans est compté à 10 Md€, borne haute du Conseil d’orientation des retraites. Le coût de l’immigration est chiffré par un organisme militant favorable à la thèse.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du candidat, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Les libellés de mesures marqués comme reformulations le disent explicitement, plutôt que d’être présentés entre guillemets sans en être.
Le partage est calculé sur les 120 Md€ d’économies ANNONCÉES par le candidat, pas sur la dépense publique totale. Demander à un programme de justifier les 1 714 Md€ de dépense publique serait un homme de paille. La démonstration porte sur le partage interne de son propre plan, ce qui est à la fois plus honnête et plus sévère.
Les quatre questions posées ici sont exactement celles posées au programme de La France insoumise : combien pèse l’assiette visée, quel chiffrage et par qui, où retombe le solde, et l’assiette réagit-elle. La thèse de la série est symétrique : désigner une catégorie étroite comme source de financement d’un budget d’État est une impasse arithmétique, quel que soit le camp qui la désigne.
Les fragilités connues.
Total identifié sur cette page : 67,1 Md€ par an, en hypothèses hautes, dont 22,6 Md€ pour les quatre catégories mises en avant pendant la campagne, soit 33,7 %. Reste 52,9 Md€ sans ligne publiée à ce jour.