Le bilan chiffré du passage à Matignon, seule pièce à conviction disponible sur ce candidat, ce que cette analyse ne démontre pas, et les sources.
8 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Maire du Havre, Premier ministre de mai 2017 à juillet 2020. C’est un avantage sur ses concurrents : ses intentions ne se déduisent pas seulement d’un programme, elles se lisent dans une action passée, évaluée par la commission des finances du Sénat en octobre 2019. Voici ce que cette évaluation établit.
Coût annuel pour les finances publiques évalué par le Sénat. Le rapport qualifie la réforme d’anti-redistributive et relève un gain fiscal moyen de 8 338 € par foyer concerné.
Coût annuel initialement prévu au titre de l’impôt sur le revenu. Le Sénat relève que le coût réel a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme.
Engagée sous son gouvernement, achevée après son départ. Elle a supprimé une recette locale sans la remplacer par un impôt de même nature, ce qui pèse durablement sur l’autonomie fiscale des communes.
Passage du taux normal de 33,33 % à 25 %, engagé sous son gouvernement et achevé après. C’est la baisse de prélèvement la plus lourde de la période.
Engagement de la responsabilité du gouvernement par l’article 49.3 le 29 février 2020, puis abandon du texte à la faveur de la crise sanitaire. La réforme n’a jamais produit d’effet budgétaire.
L’ISF transformé en IFI et la création de la flat tax. La suppression de la taxe d’habitation et la baisse du taux normal de l’impôt sur les sociétés, plus lourdes encore, ne sont pas comptées ici parce que leur montée en charge s’est achevée après son départ.
Le rapport sénatorial qualifie la réforme d’anti-redistributive. Il relève aussi que le coût du prélèvement forfaitaire unique a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté : un point qui joue, lui, en faveur de la politique menée.
Ce que ce bilan dit du programme, et ce qu’il n’en dit pas.
Il établit une constance doctrinale : baisser les prélèvements sur le capital et sur la production, en pariant sur l’activité. Le « deal » de la campagne en est le prolongement direct, à ceci près qu’il est cette fois explicitement gagé sur une baisse de dépense équivalente, ce qui n’avait pas été le cas entre 2017 et 2020.
Il établit aussi une difficulté : la seule réforme de dépense de grande ampleur engagée sous son gouvernement, le système universel de retraite, n’a jamais abouti. Elle a été portée jusqu’à l’engagement de responsabilité du 29 février 2020, puis abandonnée. Un programme qui repose sur la dépense doit répondre à cette objection, et elle ne porte pas sur la volonté du candidat, elle porte sur la faisabilité politique de l’exercice.
Il ne dit rien, en revanche, de ce qu’un second exercice produirait. La crise sanitaire a rendu toute comparaison de trajectoire budgétaire avant et après 2020 largement dépourvue de sens, et nous n’en tirons donc aucun chiffre.
Un raisonnement qui ne survit qu’en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile.
La France prélève 43,6 % du PIB, deuxième niveau d’Europe, et dépense davantage encore. L’écart de dépense avec la moyenne de l’Union atteint 8,0 points de PIB. Dans cette configuration, prétendre redresser les comptes par les seules recettes relève de la pensée magique, et le candidat a raison de le dire sans détour. Rien dans cette page ne conteste ce point de départ.
L’ajustement annoncé, 3,1 points de PIB sur un quinquennat, correspond presque exactement aux 3,0 points que la Cour des comptes juge nécessaires. La cible est en outre publiée avec un montant et une échéance, ce qui permet d’en calculer l’ajustement annuel sans lui prêter d’hypothèse.
Ces deux fonctions expliquent 4,4 points des 8,0 points d’écart avec l’Union. Les désigner n’est donc pas un choix idéologique : c’est aller là où se trouve la spécificité française. Notre objection ne porte pas sur le fait de les viser, elle porte sur le fait qu’on ne peut pas les viser en laissant croire qu’on ne vise que des agences et des arrêts de travail.
Le rendement de l’assurance chômage et celui des jours de carence ne reposent sur aucun chiffrage public. Nous les avons calibrés au point d’être arithmétiquement impossibles : supposer qu’un tiers de la dépense d’allocations disparaît reviendrait à supposer que tous les allocataires vont au bout du plafond, ce qui est faux. Un chiffrage officiel les réviserait presque certainement à la baisse, ce qui renforcerait notre conclusion plutôt que de l’affaiblir. Mais il faudrait le dire aussi si l’inverse se produisait.
Nous raisonnons à PIB constant. Dans la réalité, une dépense qui progresse moins vite que le PIB nominal fait baisser le ratio de déficit sans qu’aucune ligne ne soit coupée en euros. Une partie des 92,6 Md€ peut donc se produire sans décision de coupe explicite. C’est exact, et c’est l’angle mort le plus sérieux de cette page. Il ne change pas l’identité des postes concernés : freiner durablement une dépense en dessous de l’inflation, ce sont les pensions, les salaires publics et les tarifs de santé qui décrochent.
Le rapport du Sénat de 2019 constate que le coût du prélèvement forfaitaire unique a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme. C’est un argument en faveur d’une politique de l’offre, il est documenté par une source institutionnelle, et il figure ici parce qu’il affaiblit notre lecture. Le même rapport rappelle toutefois qu’une partie de cette hausse relevait d’un déstockage ponctuel de réserves, non reproductible.
Dire que les cibles nommées produisent 18,4 % de l’objectif, soit 17 Md€, n’est pas accuser le candidat de mentir. Un programme de campagne n’est pas un projet de loi de finances, et il est légitime de ne pas détailler toutes les coupes huit mois avant un scrutin. Notre objection est plus étroite : tant que le détail n’est pas publié, l’électeur ne peut pas savoir ce qu’il vote, et la charge de la preuve reste du côté de celui qui annonce la cible.
Nous relevons que les 88,3 Md€ de dépenses fiscales sont le seul poste nommé de la bonne taille. C’est une hausse d’impôt déguisée, dont l’incidence tombe largement sur des ménages moyens. Nous avons écrit exactement la même chose dans le dossier consacré à La France insoumise, et il faut le répéter ici : nous ne proposons pas un repas gratuit.
Cette page évalue une question, et une seule : les masses désignées peuvent-elles produire l’ajustement annoncé, et qui les compose ? Elle ne se prononce ni sur l’âge souhaitable de départ à la retraite, ni sur le niveau souhaitable de l’assurance chômage, ni sur le périmètre souhaitable de l’État. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l’urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent du site de campagne et de déclarations datées. Les données publiques viennent de l’Insee, du Sénat, de la Cour des comptes et de FIPECO. Les chiffrages contradictoires sont cités avec leur auteur.
Tous les totaux sont établis à périmètre et à PIB constants, sur la dernière année pleine connue. Aucun effet de croissance nominale n’est mobilisé pour réduire un écart, et aucune économie annoncée n’est minorée au motif qu’elle serait difficile à obtenir.
Chaque fois qu’une économie n’a pas de chiffrage public, nous en construisons un délibérément trop favorable, et nous disons en quoi il l’est. Deux de nos trois lignes sont arithmétiquement impossibles à atteindre : elles sont retenues quand même.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du candidat, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Le lecteur doit pouvoir refaire le calcul et contester ligne par ligne.
Le partage est calculé sur la cible de déficit annoncée par le candidat lui-même, publiée sur son site de campagne, et non sur un objectif que nous lui prêterions. La conversion en euros est faite au PIB de la dernière année connue, ce qui est la lecture la plus favorable.
Les retraites, la santé et les rémunérations publiques se recoupent partiellement, les salaires hospitaliers appartenant à deux de ces ensembles. Elles sont donc présentées séparément, chacune avec l’effort qu’elle supporterait seule. Les additionner produirait un double compte et une conclusion fausse.
Les sources de presse dont le serveur refusait l’accès automatisé ont été écartées, même quand leur contenu circulait par ailleurs. Plusieurs propositions attribuées au candidat dans le débat public ne figurent donc pas ici, faute d’avoir pu ouvrir la page qui les portait.
Les fragilités connues.
Ajustement annoncé retenu sur cette page : 92,6 Md€ par an. Économies produites par les cibles nommées : 17 Md€, soit 18,4 %, en hypothèses hautes. Programme et déclarations relevés au 27 août 2026, débat des candidats devant le Medef.