Ce que le candidat propose, dans ses propres mots, puis ce que pèsent réellement les mesures qui portent un montant. Et l’autre moitié de l’équation, les baisses d’impôts promises en parallèle.
13 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Les libellés ci-dessous sont repris tels quels du site de campagne attalpresident.fr et des entretiens du 2 juillet 2026 et du 22 juillet 2026. Aucune reformulation, aucun raccourci. La discussion commence après.
« L’objectif est clair : zéro déficit en 10 ans maximum »
Fermeture intégrale du déficit public à l’horizon 2037, avec un passage sous 3 % du PIB avant 2032.
« L’effort devra d’abord porter sur la dépense sociale »
Deux tiers de l’effort annoncé sont explicitement fléchés vers la protection sociale, premier poste de la dépense publique.
« Suppression de 100 000 postes dans l’État et les collectivités, par départs volontaires et non-remplacement »
Éducation, armées, justice et intérieur sont exclus du périmètre. Économie annoncée : 7 Md€ par an.
« Une « année blanche » dès le premier budget, gelant la revalorisation des prestations, hors petites retraites »
Retraites, allocations familiales, aides au logement et minima sociaux cessent d’être indexés pendant un an.
« Nouvelle réforme de l’assurance chômage »
Économie annoncée de 4 à 5 Md€, associée à une prévision de 100 000 emplois supplémentaires.
« L’enjeu ne sera plus l’âge de départ à la retraite, mais la durée de cotisation »
Suppression de l’âge légal au profit de la seule durée cotisée, gestion confiée aux partenaires sociaux avec obligation d’équilibre.
« Suppression de l’allocation de solidarité spécifique et sa bascule vers le revenu de solidarité active »
Mesure annoncée en 2024 puis abandonnée. Elle concernait environ 322 000 bénéficiaires, dont 57 % âgés de 50 ans ou plus.
« Un plan France 2040 pour l’intelligence artificielle et l’innovation qui mobilise 200 milliards d’euros, à parité entre financement public et privé »
Cent milliards de financement public annoncés, adossés aux fonds européens, à la commande publique et, explicitement, à des économies sur les prestations sociales.
« Mille euros versés par l’État à chaque naissance sur un compte bloqué jusqu’à la retraite »
Amorce d’un étage de retraite par capitalisation. Dépense immédiate, rendement différé de plusieurs décennies.
« Défiscaliser les heures supplémentaires »
Extension d’un dispositif déjà partiellement en vigueur. Le coût n’est pas chiffré par le candidat.
« Aucune hausse d’impôts, suppression de taxes récentes »
Contrainte posée d’emblée : le retour à l’équilibre ne peut venir d’aucune recette nouvelle sur les ménages.
« Poursuite de la baisse des impôts de production »
Prolongation de la trajectoire engagée en 2021. Aucun montant n’est chiffré par le candidat.
« Baisse ciblée des impôts pour les classes moyennes »
Chiffrée à 2 Md€. Une promesse de même montant avait été annoncée en 2023 puis abandonnée.
« Le droit au brut consiste à supprimer des lignes de cotisations sur les fiches de paie pour remettre directement de l’argent dans la poche des salariés »
Hausse ciblée de 250 € nets par mois pour un salarié au salaire médian, présentée comme l’équivalent d’un treizième mois.
« J’assume de le dire : il faut désmicardiser la France »
Diagnostic posé dès 2024 : augmenter de 100 € le revenu d’un salarié au salaire minimum coûte 238 € à l’employeur, et le salarié perd 39 € de prime d’activité.
« Supprimer le plafond des heures supplémentaires »
Le contingent annuel de 220 heures disparaît. Les heures supplémentaires bénéficient déjà d’un régime social et fiscal allégé.
« Simplifier notre droit, réformer le code du travail pour en faire une constitution du travail »
Le candidat relève que le code du travail est passé de 5 000 à 11 000 articles entre 2004 et 2025.
« Une grande loi de programmation économique et fiscale portant sur dix ans »
Inscription de la trajectoire dans la loi. Les lois de programmation précédentes n’ont pas été respectées.
« Inscription constitutionnelle d’une « règle d’or » budgétaire, adoptée par référendum »
Plafonnement constitutionnel du déficit et de la dette des administrations publiques, sur le modèle allemand.
« Zéro impunité budgétaire »
Renvoi de tout ministre dont le budget dépasserait la prévision, et démission automatique du gouvernement en cas de dérive prolongée.
Le programme ne cache donc pas où il coupe : 67 % de 120 à 150 Md€ sont explicitement fléchés vers la dépense sociale, et le candidat écrit que « deux tiers de notre dette proviennent de l’absence de contrôle de notre modèle social ». C’est une position assumée, et elle mérite d’être discutée pour ce qu’elle est.
La seule question qui vaut est donc celle de l’assiette. Qui, concrètement, compose la base de ces économies ?
Le candidat annonce 120 à 150 Md€ d’économies. La question n’est pas de savoir si ce total est atteignable, mais comment il se répartit. Nous chiffrons d’abord la partie qui porte un montant, avec deux règles favorables au programme : borne haute sur chaque ligne, et borne basse sur le total annoncé, ce qui gonfle mécaniquement le poids relatif de la partie visible.
100 000 postes, hors éducation, armées, justice et intérieur, par départs volontaires et non-remplacement.
Chiffre du candidat, repris tel quel. C’est la mesure la plus commentée du plan, et la seule qui désigne une catégorie identifiable.
Les demandeurs d’emploi indemnisés, par durcissement des conditions ou raccourcissement de la durée d’indemnisation.
Borne haute des annonces. La même réforme a porté trois montants successifs : 3,6 Md€ au chiffrage du ministère du Travail en mai 2024, « plus de 4 milliards » sur le site de campagne, 5 Md€ dans l’entretien de juillet 2026. Nous retenons le plus élevé.
Le programme les localise sans les détailler : deux tiers de l’effort sur la dépense sociale. Aucun chiffrage par poste n’a été publié, on documente donc la masse et la population concernée plutôt qu’un montant, ce qui est précisément le sujet.
Près de 15 millions de retraités pour le seul régime général. Premier poste du modèle social, à lui seul quatre fois l’impôt sur le revenu.
Le candidat annonce supprimer l’âge légal au profit de la durée cotisée, et geler l’indexation hors petites retraites.
La totalité de la population couverte. Deuxième masse du modèle social après les retraites, et objectif respecté en 2025.
Le plan mentionne la lutte contre les arrêts maladie. Aucun montant n’est associé à ce poste. Pour mémoire, le plan d’économies en gestion mené sur cet objectif en 2025 a produit 1,2 Md€.
Environ 2,6 millions de demandeurs d’emploi indemnisés. C’est le seul poste social du plan portant un chiffrage explicite, à 5 Md€, soit près d’un septième de la masse.
Plusieurs réformes de l’assurance chômage ont déjà été conduites depuis 2019. Le gisement résiduel est d’autant plus étroit.
Allocations familiales, aides au logement, revenu de solidarité active, prime d’activité, allocation adulte handicapé. Plus de 4,4 millions d’allocataires pour les seuls minima sociaux, auxquels s’ajoutent les 10,6 Md€ de prime d’activité.
C’est le champ le plus directement touché par le gel d’indexation de l’année blanche, et le plus concentré sur les bas revenus.
L’ordre de grandeur.
Les prestations de protection sociale représentent 771 Md€ par an. Y prélever les deux tiers de l’effort annoncé, soit 80 Md€ à 100 Md€, revient à en retrancher 10,4 % à 13,0 %.
Ce calcul ne dépend d’aucune hypothèse politique, seulement du niveau constaté de la dépense sociale. Et il ne dit pas que c’est impossible : il dit que l’effort ne peut pas venir de 100 000 postes administratifs, parce que la protection sociale n’est pas assise sur 100 000 personnes.
Précision de méthode : une économie de cette ampleur s’entend par rapport à la trajectoire tendancielle de la dépense, pas comme une coupe nominale immédiate. Le pourcentage indiqué mesure l’écart à atteindre, rapporté au niveau des prestations sociales de 2025, même source et même millésime que la dépense publique totale.
Sur un périmètre plus large, celui de la protection sociale au sens de la DREES (888 Md€ en 2023, frais de gestion et régimes non publics compris), le même effort représenterait 9,0 % à 11,3 %. Nous publions les deux : l’ordre de grandeur ne dépend pas du périmètre retenu.
Un plan d’économies qui promet simultanément des baisses de prélèvements doit financer les deux. Le candidat l’assume : le « droit au brut » sera financé, dit-il, par des baisses de charges et des économies sur le modèle social. Son coût s’ajoute donc à l’effort annoncé au lieu de s’y substituer.
Aucun périmètre ni chiffrage n’a été publié. Nous retenons la lecture la plus étroite possible du mot « classes moyennes », soit cinq millions de bénéficiaires. Toute lecture plus large double ou quadruple ce montant.
Montant recensé par le comparateur de la Fondation iFRAP. Réserve à signaler : il remonte à la période où le candidat était Premier ministre, une promesse de même ampleur avait alors été annoncée puis abandonnée, et nous n’avons trouvé aucune reprise de ce chiffre dans la campagne de 2026.
Annoncée sans montant. La trajectoire engagée depuis 2021 a déjà retiré une dizaine de milliards par an de recettes aux collectivités et à l’État.
Ce n’est pas une dépense, c’est une contrainte : elle interdit de refermer l’écart par les recettes et reporte donc la totalité de l’ajustement sur la dépense.
La promesse est précise : 250 € nets de plus par mois pour un salarié au salaire médian, que le candidat situe à 2 200 €, en supprimant des lignes de cotisations sur la fiche de paie. Reconstituons la fiche de paie.
Par mois, pour un brut reconstitué de 2 821 €. Le simulateur retient un taux de cotisations salariales unique, hors cas particuliers.
Rendre 250 € par mois à ce salarié suppose de retirer cette proportion de tout ce que sa fiche de paie prélève au titre des cotisations salariales. Ce ne sont pas des lignes décoratives : ce sont la retraite, l’assurance chômage et la couverture maladie. Les supprimer ne les rend pas gratuites, cela déplace simplement leur financement.
Aucun périmètre n’a été publié. Nous ne pouvons donc pas retenir un montant unique sans le fabriquer : nous exposons le coût comme une fonction du nombre de bénéficiaires, à raison de 3 000 € par an et par personne, et nous ne retenons ensuite que la lecture la plus étroite.
Lecture la plus étroite : le seul quintile central des salariés
Lecture intermédiaire : la moitié des salariés du secteur privé
Lecture large : l’ensemble des salariés du secteur privé
Notre hypothèse de 15 Md€ peut être confrontée à un chiffrage indépendant. Le rapport remis en 2024 sur les exonérations de cotisations sociales, mission confirmée par le candidat lui-même lorsqu’il était Premier ministre, évalue deux scénarios de bascule du financement social hors cotisations.
Notre borne basse tombe donc dans la fourchette de ce que coûte, selon le rapport de référence, une opération de cette nature. Ce chiffrage est une confirmation, pas une réfutation : il rend notre hypothèse plus solide, et il montre que le montant en jeu se compte en dizaines de milliards, pas en unités.
Le même rapport apporte deux éléments qui coupent dans les deux sens. En faveur du programme : les exonérations existantes coûtent déjà 75 Md€ par an, le taux de cotisation employeur au niveau du salaire minimum est tombé de 45 % à 6,9 %, et il faut encore 242 € de coût employeur pour rendre 100 € nets à un salarié sous 1,6 fois le salaire minimum. Le diagnostic du candidat est donc fondé.
Le candidat pose d’ailleurs le même diagnostic depuis sa déclaration de politique générale du 30 janvier 2024, avec ses propres chiffres : augmenter de 100 € le revenu d’un salarié au salaire minimum coûte 238 € à l’employeur, tandis que le salarié perd 39 € de prime d’activité et voit ses prélèvements augmenter de 26 €. Le constat est juste et il est ancien.
Contre le programme, en revanche : le rapport observe que la concentration des salaires en bas de l’échelle est restée stable depuis 2006 alors que les exonérations se sont fortement renforcées, ce qui, écrit-il, ne semble pas indiquer d’effet de trappe à bas salaires lié à l’intensité de ces dispositifs. La cause de la smicardisation ne serait donc pas exactement là où le remède est appliqué.
L’effort réel.
En retenant la lecture la plus étroite du droit au brut, soit 15 Md€, et la baisse d’impôts annoncée pour les classes moyennes, l’effort à produire n’est plus de 120 Md€ mais de 137 Md€. Toute lecture plus large du mot « classes moyennes » ajoute des dizaines de milliards à ce total.
Et la baisse des impôts de production, annoncée sans montant, viendrait s’y ajouter encore.
Ce constat ne demande aucun calcul, seulement une lecture attentive. Trois promesses distinctes sont adossées, par le candidat lui-même et dans ses propres mots, à la même ressource : les économies sur la dépense sociale. Aucune des trois n’est chiffrée.
Les additionner supposerait des montants que personne n’a publiés. Mais le seul fait qu’elles partagent une ressource unique, elle-même non ventilée, suffit à poser la question : les deux tiers de l’effort fléchés vers le modèle social servent-ils à réduire le déficit, ou à financer ces promesses ? Ils ne peuvent pas faire les deux.
Le candidat écrit vouloir transférer le financement des dépenses sociales hors des cotisations qui pèsent sur les actifs. Reste à dire vers quoi. Sur cette question, qui décide de tout, trois réponses différentes ont été données en dix semaines. Nous les publions dans l’ordre, sans en privilégier aucune.
La deuxième réponse est la plus instructive, parce qu’elle dit exactement ce que cette page cherchait à établir. Basculer le financement vers la taxe sur la valeur ajoutée laisse le salarié gagnant, et fait porter la charge sur ceux qui ne travaillent pas : retraités, chômeurs, allocataires. Ce n’est pas une déduction de notre part, c’est la description que le candidat en donne lui-même.
L’arithmétique ne laisse d’ailleurs pas d’autre choix. Il n’existe que trois assiettes de taille suffisante pour absorber un transfert de cette ampleur. La contribution sociale généralisée, 157 Md€ par an, assise sur tous les revenus dès le premier euro. La taxe sur la valeur ajoutée, 211,7 Md€ par an, assise sur toute la consommation sans distinction de revenu. Et la dette, qui n’est qu’un report de la même facture.
Dit autrement : alléger la fiche de paie sans réduire la dépense correspondante revient à demander aux mêmes ménages de payer la même chose par une autre ligne. La promesse n’est pas nulle pour autant, le déplacement d’assiette a des effets réels sur l’emploi et sur la répartition, et c’est un choix défendable. Mais ce n’est pas un gain net de 250 € par mois pour la collectivité.