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Ligne par Ligne · présidentielle 2027Les Républicains · Bruno Retailleau

Dossier Bruno Retailleau, chapitre 1Le programme et le partage

Le programme dans ses propres mots, annonce par annonce, puis ce que pèsent réellement les quatre catégories que la campagne met en avant. Et la soustraction que personne ne fait en public : les baisses de prélèvements promises en parallèle.

9 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026

Ce qui est proposé

Le programme, dans ses propres mots

Bruno Retailleau a été désigné candidat des Les Républicains les 19 et 20 avril 2026, à 73,8 % des suffrages exprimés pour une participation de 60,01 %. Son projet n’a pas été publié sous forme de document unique : il se lit dans une série d’annonces datées, que voici avant toute discussion.

Économies annoncées
120 Md€ à l’horizon 2032
Baisses de prélèvements annoncées
40 Md€ dès 2027

La chronologie des annonces

  1. 7 janvier 2026
    Le volet travail et aides sociales

    Sortie des 35 heures par le passage de 1 607 à 1 623 heures annuelles, exonération totale de cotisations et d’impôt au-delà de 1 607 heures (hors CSG et CRDS), création d’un « compte social unique » plafonnant l’ensemble des aides à 70 % du SMIC, et conditionnement du RSA à 15 heures d’activité hebdomadaire.

  2. 15 avril 2026
    Le cadrage budgétaire

    Annonce d’un plan d’économies de 120 Md€ à l’horizon 2032, et d’un choc fiscal de 40 Md€ dès 2027 en faveur des entreprises, assorti d’une garantie de cinq ans sans hausse compensatoire.

  3. 19 et 20 avril 2026
    La désignation

    Les adhérents des Républicains écartent la primaire et désignent directement le président du parti comme candidat, à 73,8 % des suffrages exprimés, pour une participation de 60,01 %.

  4. 30 avril 2026
    Le volet démographique

    Création d’un « revenu familial » de 240 € par mois dès le premier enfant, montant à près de 1 000 € au troisième, en remplacement d’une douzaine de dispositifs existants. Coût annoncé de 40,3 Md€, gagé sur 41 Md€ de suppressions.

  5. 20 juin 2026
    Le meeting de lancement

    Reprise de l’engagement de rendre 40 Md€ de cotisations sociales et d’impôts aux entreprises, et proposition de zéro charge sociale, employeur et salarié, au-delà de la 36e heure travaillée.

  6. 7 juillet 2026
    Le volet intelligence artificielle et fonction publique

    Objectif de 250 000 postes concernés d’ici 2032 : 125 000 départs en retraite non remplacés, soit 7,5 Md€ d’économies de masse salariale, et 125 000 agents redéployés du back-office vers le terrain, dont le candidat précise qu’ils ne produisent aucune économie.

Dépense publique et protection sociale

  • « Un plan d’économies de 120 milliards d’euros à l’horizon 2032 », à réaliser « uniquement par la baisse des dépenses »

    C’est le cadrage général du programme. Il fixe à la fois le montant et la méthode : aucune recette nouvelle n’est mobilisée.

  • Créer un « compte social unique » et « plafonner l’ensemble des aides à 70 % du Smic »

    Écrêtement du cumul de prestations. Pour un couple avec deux enfants, le candidat cite un passage de 2 375 € à 1 685 € par mois.

  • Conditionner le RSA à 15 heures d’activité hebdomadaire, et réduire l’allocation d’environ 30 %

    Reformulation, pas une citation

    Le RSA, la prime d’activité et l’allocation de solidarité spécifique seraient fondus dans un « revenu d’incitation à l’activité ».

  • Réformer l’assurance chômage, pour « environ 13 milliards d’euros d’économies par an »

    C’est la ligne d’économies la plus lourde que le candidat ait chiffrée. Elle porte sur un régime qui verse de l’ordre de 36 Md€ par an.

  • Porter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans

    Reformulation, pas une citation

    Complété par le développement d’une capitalisation complémentaire et la suppression des régimes spéciaux restants. Le candidat n’a pas publié de chiffrage propre.

  • Ne pas remplacer 125 000 départs en retraite grâce à l’intelligence artificielle, et redéployer 125 000 agents vers le terrain

    Reformulation, pas une citation

    Le candidat chiffre lui-même l’économie de masse salariale à 7,5 Md€, et précise que la moitié redéployée « ne produit aucune économie budgétaire ».

  • « Aligner complètement le temps de travail des agents publics » sur les 1 607 heures de droit commun

    Économie chiffrée à 4 Md€ dans le comparateur de la Fondation iFRAP.

  • « Baisser de 10 % et recentrer les crédits de l’aide publique » au développement

    Économie chiffrée à 1,2 Md€.

  • Baisser les dotations aux agences de l’État

    Reformulation, pas une citation

    Aucun montant n’est attaché à la mesure par le candidat. Le chiffrage disponible est celui des sénateurs de son propre parti.

  • Réduire le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État et le panier de soins couvert

    Reformulation, pas une citation

    L’AME a coûté 1,39 Md€ en 2024, pour environ 466 000 bénéficiaires. Le dispositif est le symbole du volet immigration du programme budgétaire.

  • Créer un « revenu familial » de 240 € par mois dès le premier enfant, jusqu’à près de 1 000 € au troisième

    Remplace une douzaine de dispositifs. Coût annoncé de 40,3 Md€, gagé sur 41 Md€ de suppressions : l’opération est présentée comme quasi neutre.

Prélèvements

  • « Rendre 40 milliards de cotisations sociales et d’impôts » aux entreprises, avec « une garantie fixée à cinq ans » et « aucune hausse compensatoire »

    Répartis entre 15 Md€ d’impôts de production, 15 Md€ de réforme du financement de la protection sociale et 10 Md€ sur les heures supplémentaires.

  • Explorer « d’autres pistes [...] de type flat tax », en précisant qu’« aucun arbitrage n’est à ce stade tranché »

    Sur l’impôt sur le revenu, aucune décision n’est annoncée. Nous ne la chiffrons donc pas, et nous le disons plutôt que de la deviner.

Travail et durée du travail

  • « Zéro charges sociales pour l’employeur et l’employé au-delà de la 36e heure travaillée »

    Sortie des 35 heures par le haut : la durée légale passe de 1 607 à 1 623 heures annuelles, les heures suivantes étant désocialisées et défiscalisées.

Ce programme n’est ni flou ni évasif. Il fixe un montant, une méthode et un calendrier, et plusieurs de ses lignes sont chiffrées par le candidat lui-même, ce qui est rare à ce stade d’une campagne. Il n’existe en revanche, à ce jour, aucun chiffrage global consolidé, ni aucune évaluation indépendante de l’ensemble.

La seule question qui vaut est donc celle de l’assiette. Sur quelle dépense, et sur quelle population, chacune de ces économies vient-elle se poser ?

Les propositions publiées par le parti (nouvel onglet)

Le partage des économies

Ce que pèse vraiment la chasse au gaspillage

Le candidat annonce 120 Md€ d’économies par an à l’horizon 2032. La question n’est pas de savoir si ce total est atteignable, mais comment il se répartit. Nous chiffrons d’abord les quatre catégories que la campagne désigne, avec une règle simple : borne haute systématique, jusqu’à l’invraisemblable, y compris en retenant sur l’immigration le chiffrage d’un organisme militant favorable à la thèse.

Origine des économies annoncéesbase 120 Md€ par an
Gaspillage, fraude, immigration, doublons
22,6 Md€ soit 18,9 %
Prestations, retraites, agents publics
44,5 Md€ soit 37,1 %
Sans ligne publiée à ce jour
52,9 Md€ soit 44,0 %
Le gisement d’affiche, ligne par ligne
  • Fraude sociale intégralement éradiquéeChiffrage publié
    14 Md€

    Estimation du Haut Conseil du financement de la protection sociale, réévaluée à 14 Md€ pour 2025. Trois réserves, toutes défavorables à ce montant : c’est une fraude ESTIMÉE, pas détectée (3 Md€ l’ont été dans le champ social en 2025) ; environ la moitié porte sur les cotisations, donc sur une recette et non sur une dépense ; et le taux de recouvrement effectif des sommes détectées est de l’ordre de 60 %. Nous retenons quand même le montant brut.

  • Économies nettes sur le coût de l’immigrationChiffrage publié
    6,9 Md€

    Chiffrage de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, février 2025 : 9,8 Md€ d’économies brutes moins 2,9 Md€ de coûts supplémentaires, sur données budgétaires 2023. C’est notre source la plus fragile, et nous l’assumons : elle émane d’un organisme dont la ligne éditoriale soutient la thèse du candidat, donc elle en constitue la borne haute. Elle inclut l’AME (1,39 Md€ en 2024), qui n’est donc pas comptée en plus.

  • Aide publique au développement réduite de 10 %Chiffre du candidat
    1,2 Md€

    Chiffre du candidat, repris tel quel. C’est une baisse de crédits budgétaires, donc l’une des rares lignes dont le rendement ne dépend d’aucun comportement.

  • Agences, opérateurs et doublons administratifsChiffrage publié
    0,5 Md€

    Chiffrage de la proposition de loi déposée le 27 avril 2026 par les sénateurs Les Républicains, à l’issue de la commission d’enquête sénatoriale du 3 juillet 2025 sur les 434 opérateurs et 317 organismes consultatifs de l’État. Ce montant est donc celui du propre parti du candidat, après plus de soixante-dix auditions.

Et les 44,5 Md€ qui portent sur des populations

Ce sont les autres lignes chiffrées du plan. Elles ne visent aucune anomalie, aucun abus, aucun doublon : elles réduisent des prestations et des rémunérations versées à des gens qui y ont droit. Ce n’est ni illégitime ni caché, mais ce n’est pas ce que dit l’affiche.

  • Réforme de l’assurance chômageChiffre du candidat
    13 Md€socle 36 Md€

    Les 2,6 millions d’allocataires effectivement indemnisés, pour une allocation moyenne de 1 048 € net par mois.

    Chiffre du candidat : « environ 13 milliards d’euros d’économies par an ». Rapporté aux quelque 36 Md€ que le régime verse annuellement, cela représente plus du tiers de la dépense d’indemnisation.

  • Compte social unique, aides plafonnées à 70 % du SMICChiffre du candidat
    10 Md€

    Les foyers cumulant plusieurs prestations : RSA, prime d’activité, allocations logement, prestations familiales.

    Chiffre attaché à la mesure dans le comparateur de la Fondation iFRAP. Le candidat illustre lui-même l’effet : 2 375 € par mois ramenés à 1 685 € pour un couple avec deux enfants.

  • Âge légal porté à 65 ansChiffrage publié
    10 Md€

    Tous les assurés, tous régimes. Les retraites représentent 14,1 % du produit intérieur brut en 2025.

    Borne haute de l’estimation du Conseil d’orientation des retraites pour le passage à 65 ans, comprise entre 8 et 10 Md€ par an. Le candidat n’a pas publié de chiffrage propre : nous retenons le plus favorable.

  • Non-remplacement de 125 000 départs en retraiteChiffre du candidat
    7,5 Md€socle 370 Md€

    Les 5,8 millions d’agents publics, pour une masse salariale de 370 Md€ cotisations employeurs comprises.

    Chiffre du candidat, et il faut lui rendre cette honnêteté : sur 250 000 postes annoncés, il précise que les 125 000 redéploiements « ne produisent aucune économie budgétaire », et que seuls les 125 000 non-remplacements produisent les 7,5 Md€.

  • Temps de travail des agents publics aligné sur 1 607 heuresChiffre du candidat
    4 Md€socle 370 Md€

    Les agents des trois fonctions publiques dont la durée effective est inférieure.

    Chiffre attaché à la mesure dans le comparateur de la Fondation iFRAP.

Le rapport qui compte.

Sur les 67,1 Md€ du plan qui portent aujourd’hui une ligne, les quatre catégories mises en avant pendant la campagne en représentent 33,7 %. Les 66,3 % restants portent sur l’assurance chômage, les minima sociaux, l’âge de la retraite et la masse salariale publique.

Et 52,9 Md€ du plan, soit 44,0 %, ne portent à ce jour aucune ligne publiée. Ce n’est pas une accusation de dissimulation : c’est un état de la documentation disponible à dix-neuf mois du scrutin, et il évoluera. Mais tant qu’il en est ainsi, ces 52,9 Md€ ne peuvent venir que des grandes masses de la dépense, faute d’autre endroit où les prendre.

Où retombe le solde

Les 120 Md€ ne vont pas au déficit

Deux montants circulent dans cette campagne : 120 Md€ d’économies à l’horizon 2032, et 40 Md€ de prélèvements rendus dès 2027, avec « une garantie fixée à cinq ans » et « aucune hausse compensatoire ». Les deux sont sincères. Ils n’ont simplement jamais été additionnés en public.

La soustraction
  • Économies annoncées120 Md€
  • Moins : impôts de production restitués15 Md€
  • Moins : réforme du financement de la protection sociale15 Md€
  • Moins : heures supplémentaires désocialisées10 Md€
  • Contribution nette au redressement80 Md€

Le plan, intégralement exécuté, réduit donc le besoin de financement de 80 Md€ et non de 120 Md€. Rapporté au déficit public de 152,5 Md€ constaté en 2025, cela en couvre 52,5 %.

46 Md€Ce qui manquerait encore, dans le scénario central, pour seulement stabiliser le poids de la dette
80 Md€Dans le scénario avec marges de sécurité de la même mission

Le seul repère indépendant disponible.

En mai 2026, le Premier ministre a confié à Jean-Luc Tavernier, Xavier Jaravel, Xavier Ragot et Natacha Valla une mission d’évaluation de la trajectoire des finances publiques. Leur rapport, remis le 15 juillet 2026, chiffre à 126 Md€ l’ajustement cumulé nécessaire d’ici 2032 pour stabiliser le poids de la dette dans le produit intérieur brut, et à 160 Md€ le même effort assorti de marges de sécurité.

Ce n’est pas un objectif de désendettement : c’est le montant à trouver pour que le ratio cesse de monter. Le programme, exécuté à 100 %, en fournit 80 Md€.

Une réserve de méthode, à la charge de notre démonstration : les deux horizons ne se recouvrent pas exactement. Le plan du candidat vise 2032, la mission calcule un ajustement cumulé sur la même période mais à cadre budgétaire inchangé. La comparaison donne un ordre de grandeur solide, pas une équivalence comptable ligne à ligne.

Ce que cette section ne dit pas.

Elle ne dit pas que les baisses de prélèvements sont du gaspillage. Le pari est explicite et défendable : rendre 40 Md€ aux entreprises pour produire de la croissance, donc des recettes, donc un déficit qui se réduit tout seul. Ce raisonnement est celui de tous les programmes de l’offre depuis quarante ans, et il a parfois fonctionné.

Elle dit une seule chose : ce pari n’est pas dans le chiffre de 120 Md€. Quand le candidat annonce ce montant, il annonce un effort brut sur la dépense, dont 40 Md€ sont déjà engagés ailleurs. Le lecteur qui entend « 120 milliards pour réduire le déficit » entend autre chose que ce qui est proposé.

L’autre gisement : les 88 Md€ de dépenses fiscales