Le programme dans ses propres mots, le statut exact d’une candidature que l’abandon de la primaire unitaire a laissée en suspens, puis la reconstitution ligne par ligne des recettes annoncées. Sur ce dossier, elles se retrouvent.
6 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Les mesures ci-dessous viennent du programme « Pour une prospérité écologique » (présenté le 13 juillet 2026, 208 pages) et du communiqué du 26 août 2026 sur la fiscalité successorale. La discussion commence après.
Une précision de statut, avant d’entrer dans les chiffres.
Marine Tondelier s’est déclarée candidate le 22 octobre 2025, et son parti l’a désignée le 8 décembre 2025 pour porter sa candidature dans la primaire unitaire de la gauche prévue le 11 octobre 2026. Cette primaire n’aura pas lieu : le Parti socialiste s’en est retiré le 9 juillet 2026, ce qui a mis fin au projet unitaire.
Fin août 2026, la question du maintien d’une candidature autonome ou d’un rassemblement de la gauche n’est pas tranchée publiquement, alors que les dépêches d’agence la désignent déjà comme candidate. Le programme analysé ici est donc celui d’un parti et d’une étape, pas celui d’une candidature investie. Cela ne change rien à l’arithmétique, mais le lecteur doit le savoir.
Aucun chiffrage global du programme n’a été publié, et aucun chiffrage indépendant complet n’existe. Cette page ne construit donc pas de total : elle raisonne sur le seul paquet dont le rendement est annoncé.
« Instaurer une contribution de 10 % sur les héritages de plus de 4 millions d’euros, et de 10 % supplémentaires au-delà de 13 millions d’euros »
Citation littéraleSurtaxe assise sur le haut du flux successoral. Les deux seuils correspondent exactement à l’héritage moyen reçu sur une vie par le top 1 % (4,2 M€) et par le top 0,1 % (13 M€) selon le Conseil d’analyse économique.
« Ramener l’exonération du pacte Dutreil de 75 % à 50 % pour les transmissions d’entreprises familiales »
Citation littéraleLe pacte Dutreil ramène le taux moyen d’imposition des transmissions d’entreprise à environ 8 %, contre 34 % en droit commun. Sa dépense fiscale dépasse 5,5 Md€ en 2024.
« Supprimer les avantages fiscaux du démembrement de propriété »
Citation littéraleLa donation de la nue-propriété avec réserve d’usufruit permet de transmettre à une valeur décotée. Le CAE chiffrait le coût de ce dispositif à 2,8 Md€.
« Supprimer l’abattement spécifique aux assurances-vie »
Citation littéraleRéintégration des capitaux transmis par assurance-vie dans le barème des droits de succession. Le CAE chiffrait ce gisement à 5 Md€.
Rétablir la fiscalité sur la grande fortune, sous la forme d’un impôt de solidarité sur la fortune à composante climatique
Description, formulation non vérifiéeRetour d’un impôt annuel sur le patrimoine total, avec modulation du taux selon l’empreinte carbone des actifs détenus. Le rendement de la composante climatique n’a pas de chiffrage public identifié.
« Mettre en place une taxe Zucman de 2 % au-delà de 100 millions d’euros de patrimoine »
Citation littéraleMesure commune à plusieurs programmes de gauche. Elle est analysée en détail sur une page dédiée de ce site, et n’est donc pas rejouée ici.
« Étendre les conditions de l’exit tax afin de maintenir une contribution fiscale des émigrés fiscaux »
Citation littéraleMaintien de l’imposition pendant plusieurs années après le transfert du domicile fiscal hors de France.
« Créer une tranche d’impôt sur le revenu à 60 % au-delà de 250 000 € annuels »
Citation littéraleProlongement du barème vers le haut. Le seuil est celui déjà retenu par la contribution différentielle sur les hauts revenus, dont le rendement 2025 est connu.
« Instaurer une TVA verte »
Citation littéraleModulation du taux de TVA selon l’empreinte environnementale des biens. Ni le barème ni le solde de recettes attendu n’ont de chiffrage public identifié.
Supprimer les dépenses fiscales favorables aux activités les plus émettrices, notamment l’exonération sur le kérosène et l’avantage fiscal du gazole
Description, formulation non vérifiéeLa Cour des comptes chiffre à 5,9 Md€ les dépenses fiscales énergétiques classées comme défavorables à l’environnement, et à 13,6 Md€ en périmètre élargi.
Transformer la fiscalité des transports, en renchérissant l’aérien et en soutenant le ferroviaire
Description, formulation non vérifiéeReport modal par le prix. L’assiette du transport aérien est étroite, celle des carburants routiers ne l’est pas.
Instaurer un impôt minimal sur les sociétés réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, calculé au prorata de leur activité en France
Description, formulation non vérifiéePlancher d’imposition assis sur l’activité localisée en France plutôt que sur le bénéfice déclaré.
Taxer exceptionnellement les superprofits des secteurs pétrogazier et du transport maritime
Description, formulation non vérifiéeContribution ponctuelle sur des secteurs identifiés. Par construction, une recette non reconductible.
Une partie de ces mesures est commune à plusieurs programmes de gauche. La taxe Zucman et le rétablissement d’un impôt sur la fortune sont traités ailleurs sur ce site, et ne sont pas rejoués ici : la valeur ajoutée de cette page est le volet climatique, qui n’existe nulle part ailleurs dans la série.
La première question posée à chaque programme de cette série est toujours la même : combien pèse réellement l’assiette désignée ? Sur ce paquet, la réponse est favorable au programme, et il faut le dire avant tout le reste.
La note « Repenser l’héritage » de décembre 2021 mesure ce que reçoit une cohorte au cours de sa vie. Le top 1 % des héritiers reçoit en moyenne 4 200 000 €, le top 0,1 % environ 13 000 000 €. Les seuils retenus par le programme, 4 et 13 millions, sont exactement ces deux fractiles.
Ce n’est donc pas un chiffre rond choisi pour une affiche : c’est un seuil recopié d’une évaluation publique. C’est rare, et cela mérite d’être noté.
Le parti n’a pas publié de chiffrage par mesure. Nous en reconstituons un à partir des évaluations institutionnelles disponibles, et nous laissons en solde ce qu’elles ne couvrent pas.
Chiffrage du Conseil d’analyse économique, note n° 69 de décembre 2021, qui estime à 5 Md€ le coût pour les finances publiques du régime dérogatoire de l’assurance-vie en matière de transmission.
Chiffrage du Conseil d’analyse économique, même note : 2,8 Md€ pour la suppression des avantages liés à la donation en nue-propriété avec réserve d’usufruit.
Construction : la Cour des comptes estime la dépense fiscale du pacte Dutreil à plus de 5,5 Md€ en 2024. Ramener l’exonération de 75 % à 50 % en retire un tiers, soit environ 1,8 Md€. Hypothèse prudente : elle ignore l’effet des autres restrictions proposées par la Cour, qui augmenteraient ce montant.
Solde : c’est ce que la surtaxe doit produire pour que le paquet atteigne les 15 Md€ revendiqués, une fois retirées les trois lignes chiffrées par des institutions. Aucun chiffrage public n’existe pour cette ligne, qui reste donc la partie non vérifiable du total.
L’assurance-vie et le démembrement sont chiffrés directement par le Conseil d’analyse économique. La ligne Dutreil, elle, dérive d’une évaluation de la Cour des comptes par une règle de trois qui reste la nôtre, et la surtaxe est un solde sans chiffrage public : ces deux lignes ne sont pas comptées ici.
Successions et donations rapportent 20,9 Md€ en 2024. Le paquet en ajouterait 15 Md€. L’effort est massif, mais il porte sur un impôt dont le taux effectif au sommet est aujourd’hui très inférieur au barème affiché.
Le flux total transmis chaque année atteint 300 Md€, soit 15 % du PIB. Après réforme, l’État en prélèverait un peu plus d’un dixième. L’ordre de grandeur reste plausible.
Pourquoi ce paquet est plus solide que la moyenne des mesures d’affiche.
Parce qu’il ne relève pas un taux : il retire des exonérations. Le top 0,1 % des héritiers, qui reçoit environ 13 000 000 € au cours de sa vie, acquitte aujourd’hui à peine 10 % de droits sur l’ensemble de ce patrimoine, quand le barème affiche 45 % au-delà de 1,8 million en ligne directe. L’écart ne vient pas de la fraude, il vient de dispositifs votés et identifiés.
Élargir une assiette est plus sûr que relever un taux, parce que personne ne modifie son comportement pour échapper à une exonération qui n’existe plus. C’est la même logique que celle que nous défendons face aux autres programmes, et elle joue ici en faveur de celui-ci.