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Ligne par Ligne · présidentielle 2027La France insoumise · Jean-Luc Mélenchon

Dossier Jean-Luc Mélenchon, chapitre 1Le programme et le partage

Le programme dans ses propres mots, puis la composition réelle du total annoncé : ce qu’un tiers a pu chiffrer, ce qui relève du recouvrement, et ce que personne n’a documenté.

7 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026

Ce qui est proposé

Le programme, dans ses propres mots

Les libellés ci-dessous sont repris tels quels de L’Avenir en commun (édition janvier 2025, 831 mesures) et du site de campagne. Aucune reformulation, aucun raccourci. La discussion commence après.

Dépenses annoncées
250 Md€ par an
Recettes annoncées
267 Md€ par an

Fiscalité des ménages et du patrimoine

  • « Rendre l’impôt sur le revenu plus progressif avec un barème à 14 tranches contre 5 aujourd’hui »

    Barème allongé vers le haut. Le programme revendique une baisse pour 92 % des familles gagnant moins de 4 000 € par mois.

  • « Rendre la CSG progressive avec 14 tranches »

    La CSG, aujourd’hui proportionnelle, deviendrait progressive. Son assiette est la plus large du pays : 157 Md€, dont 71 % assis sur les revenus d’activité.

  • « Remplacer le quotient familial par un crédit d’impôt versé pour chaque enfant »

    L’avantage actuel croît avec le taux marginal, donc avec le revenu ; un crédit d’impôt d’un montant fixe le rend uniforme. C’est la mesure la plus redistributive du chapitre fiscal, et elle déplace des gagnants et des perdants à revenu identique.

  • « Étendre et renforcer la taxe sur les transactions financières »

    Assiette financière et non salariale. Le seul chiffrage indépendant disponible la retient parmi les recettes crédibles du programme.

  • « Supprimer la flat tax et imposer les revenus du capital comme ceux du travail »

    Dividendes, intérêts et plus-values repasseraient au barème progressif au lieu du prélèvement forfaitaire.

  • « Rétablir et renforcer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), incluant un volet climatique »

    Retour d’un impôt annuel sur le patrimoine total, supprimé en 2018 au profit de l’IFI immobilier.

  • « Taxe Zucman : impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des milliardaires »

    Un plancher d’imposition assis sur le patrimoine, visant environ 1 800 foyers détenant plus de 100 M€.

  • « Augmenter les droits de succession sur les plus hauts patrimoines et instaurer un héritage maximal de 12 millions d’euros »

    Au-delà de 12 M€ reçus sur une vie, la transmission serait intégralement fiscalisée.

  • « Rétablir l’exit tax supprimée par Emmanuel Macron »

    Imposition des plus-values latentes au moment du transfert du domicile fiscal hors de France.

  • « Réduire la TVA sur les produits de première nécessité et réinstaurer une « TVA grand luxe » »

    Baisse de recettes sur l’assiette large, hausse sur une assiette étroite. Le solde est probablement négatif.

Fiscalité des entreprises

  • « Refonder l’impôt sur les sociétés pour établir l’égalité devant l’impôt entre PME et grands groupes »

    IS progressif selon le bénéfice, favorisant l’investissement plutôt que la distribution.

  • « Instaurer un impôt universel sur les entreprises basant leur taxation sur l’activité réalisée en France »

    Taxation assise sur le chiffre d’affaires réalisé en France, indépendamment du lieu du siège.

  • « Plafonnement des dividendes versés aux actionnaires »

    Limitation réglementaire de la part du bénéfice distribuable aux actionnaires.

Travail, salaires et retraites

  • « SMIC net immédiat à 1 600 € »

    Revalorisation immédiate du salaire minimum, avec effet sur le coût du travail et les grilles.

  • « Retraite à 60 ans pour 40 annuités »

    Retour de l’âge légal à 60 ans. Poste de dépense le plus lourd du programme.

  • « Retour des 35 heures, 32 pour les métiers pénibles »

    Réduction du temps de travail légal, avec effet sur le coût horaire.

  • « Écart de salaire maximal de 1 à 20 dans l’entreprise »

    Plafonnement de la rémunération la plus haute à 20 fois la plus basse de l’entreprise.

Le programme revendique un excédent : 267 Md€ de recettes pour 250 Md€ de dépenses, chiffrage revendiqué en 2022. Contrairement à ce qu’on lui reproche souvent, le programme ne cache pas d’où vient l’argent : les postes sont listés ci-dessus.

La seule question qui vaut est donc celle de l’assiette. Qui, concrètement, compose la base de chacune de ces mesures ?

Chapitre « Faire la révolution fiscale » du programme (nouvel onglet)

Le partage des recettes

De quoi les 267 Md€ annoncés sont faits

Une précaution de lecture d’abord, parce qu’elle commande tout ce qui suit. Le total annoncé par le candidat n’est pas une addition de prélèvements nouveaux. C’est un solde de bouclage, adossé à une hypothèse de croissance et de création d’emplois que le candidat revendique, et il inclut du recouvrement.

On ne peut donc pas en retrancher une partie et attribuer le reste à des impôts nommés. C’est le raccourci que produit presque tout commentaire de ce chiffrage, et il est faux : le solde contient du recouvrement, des mesures qu’aucun tiers n’a retenues, et des recettes qui découlent de l’activité. Voici, à la place, ce que l’on sait de la composition de ce total.

  • Chiffré par un tiers112,7 Md€

    Ce que le seul chiffrage indépendant retient, dont 82,5 Md€ assis sur les entreprises et de l’ordre de 26 Md€ sur les ménages.

  • Du recouvrement, pas une assiette26 Md€

    Le produit attendu de la lutte contre la fraude. Il ne crée aucune assiette et ne dépend d’aucun taux : il dépend de moyens administratifs. Le chiffreur indépendant l’écarte faute de matérialisation.

  • Documenté nulle part128,3 Md€

    Ni le candidat ligne à ligne, ni un tiers. Le chiffrage est un bouclage, adossé à une hypothèse de 2,7 % de croissance annuelle et 2,8 millions d’emplois créés : une part de ces recettes découle de l’activité au lieu de la précéder.

57,8 % du total annoncé n’a aucun chiffrage indépendant. C’est le premier constat de ce dossier, et il ne dépend d’aucune convention : il suffit de comparer ce que le candidat annonce à ce qu’un tiers a pu retenir.

Le reproche habituel, « le programme ne dit pas d’où vient l’argent », reste faux : les postes sont nommés. Le reproche exact est plus étroit et plus solide. Les postes sont nommés, ils ne sont pas chiffrés, et le seul tiers qui a essayé n’a pu en documenter que 112,7 Md€.

Ce que produit la partie visible

Le paquet qui fait l’affiche, chiffré avec une règle simple : borne haute systématique, et sur deux lignes une hypothèse plus généreuse que le chiffrage du candidat lui-même.

  • Taxe Zucman à 2 %Chiffrage publié
    25 Md€

    Borne haute de l’estimation de Gabriel Zucman. Les contre-chiffrages (Jaravel, Aghion) retiennent plutôt 5 Md€ une fois les comportements d’évitement intégrés. Assiette : environ 1 800 foyers au-dessus de 100 M€.

  • ISF rétabli et renforcéHypothèse haute, assumée
    15 Md€

    Le chiffrage du candidat lui-même retenait 10 Md€ en 2022. L’ISF a rapporté 5,07 Md€ en 2017, sa dernière année pleine. Nous retenons 15 Md€, soit un rendement triplé et 50 % de plus que ce que le programme revendique.

  • Droits de succession alourdis, héritage plafonné à 12 M€Chiffre du candidat
    10 Md€

    Chiffre du candidat, repris tel quel (10 Md€ au chiffrage 2022). Les droits de mutation à titre gratuit rapportent aujourd’hui de l’ordre de 18 Md€ : la mesure supposerait donc plus de 50 % de rendement supplémentaire.

  • Suppression de la flat taxChiffrage publié
    3,6 Md€

    Borne haute du chiffrage Institut Montaigne (3,2 à 3,6 Md€), qui prévient lui-même que l’assiette des dividendes se contracterait, réduisant ce gain.

  • Exit tax rétablieHypothèse haute, assumée
    0,1 Md€

    Rendement historiquement marginal : l’exit tax est un dispositif dissuasif, pas une recette. Ordre de grandeur symbolique.

Total du paquet hauts patrimoines53,7 Md€

Soit 20,1 % du total annoncé, en hypothèses hautes. Ce pourcentage décrit le poids de ce paquet dans un total, il ne dit rien de ce que serait l’assiette des 79,9 % restants, qui pour l’essentiel ne sont chiffrés par personne.

Les assiettes que le programme nomme sans les chiffrer

Ces cinq postes ne se voient attribuer aucun montant ici, et surtout pas le solde calculé plus haut. On documente ce sur quoi ils portent, parce que c’est la seule chose qui soit établie à leur sujet.

  • Barème de l’impôt sur le revenu à 14 tranchessocle actuel 95 Md€

    Tous les foyers imposables. Le programme promet une baisse pour 92 % des familles sous 4 000 € par mois, ce qui place la ligne de partage bien en dessous du 9e décile.

    L’IR rapporte 95 Md€ au total, dont 76 % déjà acquittés par le décile supérieur.

  • CSG rendue progressive avec 14 tranchessocle actuel 157 Md€

    Tous les revenus d’activité, de remplacement et du capital, dès le premier euro. C’est l’assiette la plus large du pays.

    157 Md€ de rendement, dont 71 % assis sur les revenus d’activité, c’est-à-dire sur le travail.

  • Impôt sur les sociétés refondu et progressifsocle actuel 61,8 Md€

    Le bénéfice de toutes les entreprises. Sous la convention retenue par ce site, cent pour cent actionnaire, cette charge retombe sur les détenteurs du capital, ce qui la rapproche de l’affiche du programme plutôt que de l’en éloigner.

    L’Institut Montaigne chiffre à 82,5 Md€ la hausse des prélèvements sur les entreprises, soit plus que le rendement actuel de l’impôt sur les sociétés.

  • Impôt universel sur les entreprises

    L’activité réalisée en France par les groupes, quel que soit le lieu du siège. Recouvrement unilatéral incertain.

    Aucun précédent opérationnel : le rendement dépend entièrement de la capacité à recouvrer hors conventions fiscales.

  • Produit de la lutte contre la fraude

    Aucune assiette nouvelle : il s’agit de mieux recouvrer l’existant. Le rendement dépend de moyens administratifs, pas d’un taux.

    L’Institut Montaigne relève 26 Md€ à ce titre dans le chiffrage du candidat, montant qu’il écarte faute de matérialisation. Nous le retirons du solde avant tout calcul d’effort : un euro mieux recouvré n’est pas un euro prélevé en plus.

L’ordre de grandeur, et la condition qui va avec.

Une fois retiré le paquet hauts patrimoines et le produit anti-fraude, qui ne crée aucune assiette, il reste 187,3 Md€ au solde. Si la totalité en était levée sur l’impôt sur le revenu, la CSG et l’impôt sur les sociétés, qui rapportent 313,8 Md€ à eux trois, il faudrait relever leur rendement de 60 %.

Cette condition est une hypothèse, elle est forte, et le programme ne dit nulle part qu’il la retient. Nous ne prétendons donc pas que ce serait le cas : nous donnons la grandeur de la marche à franchir, pour que le lecteur voie qu’aucune poignée de foyers ne peut la produire, quelle que soit la répartition finalement choisie.

L’autre clé, et c’est la plus solide.

Le seul chiffrage indépendant n’a pas besoin d’hypothèse : il publie sa répartition. Sur les 112,7 Md€ qu’il retient, 73,2 % portent sur les entreprises, soit 82,5 Md€. Rapporté aux 61,8 Md€ que rapporte aujourd’hui l’impôt sur les sociétés, cela revient à plus que le doubler, à 133 % de son rendement actuel.

Ce chiffre ne dépend d’aucune soustraction et d’aucune convention d’incidence : il compare une hausse chiffrée par un tiers au rendement constaté d’un impôt. C’est aussi celui qui joue le moins en faveur de la thèse habituelle sur ce programme, puisque la fiscalité des entreprises retombe, sous la convention retenue par ce site, sur les détenteurs du capital.

Le total de 267 Md€ est celui revendiqué par le candidat lors du chiffrage de 2022, dernier publié. L’édition 2027 du programme n’a pas encore de chiffrage global actualisé, et aucun tiers n’a chiffré cette édition.