Le programme dans ses propres mots, l’ajustement qu’implique réellement la cible de déficit annoncée, et ce que pèsent les cibles d’économies nommées.
7 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Deux réservoirs, tous deux vérifiables : la rubrique « Pour une France plus prospère » du site de campagne, et des déclarations datées attribuées à un média identifié. Chaque libellé porte sa provenance. La discussion commence après.
« Ramener le déficit de plus de 5 % à 2 % du PIB en fin de quinquennat »
Site de campagne, rubrique « Pour une France plus prospère »
Objectif global du programme. C’est le dénominateur de toute cette page.
« Inscrire une « règle d’or » budgétaire dans la Constitution »
Site de campagne, et comparateur des programmes de la Fondation iFRAP, qui précise « hors dépenses militaires »
Contrainte constitutionnelle sur le déficit. Elle oblige à l’ajustement sans dire d’où il vient.
« Supprimer les niches fiscales »
Comparateur des programmes de la Fondation iFRAP
Suppression de dépenses fiscales, sans liste ni montant publiés. Techniquement une hausse d’impôt.
« Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans »
Entretien à l’AFP, 27 août 2026, avant le débat devant le Medef
Durée maximale ramenée de 18 mois à 12 mois pour les moins de 50 ans, contre un seuil d’âge fixé à 55 ans aujourd’hui.
« Ne rien verser sur les deux premiers jours d’un arrêt ponctuel »
Entretien à l’AFP, 27 août 2026 ; le candidat évoque une hausse « de presque 40 % » des arrêts de travail entre 2019 et 2025
Deux jours de carence non indemnisés sur les arrêts courts, sur le modèle espagnol.
« Travailler plus tout en prenant en compte la diversité des carrières »
Site de campagne ; sur France Inter le 28 mai 2026 : « nous allons devoir travailler plus longtemps, oui »
Report de l’âge au-delà des 64 ans issus de la réforme de 2023, sans âge cible publié à ce jour.
« Créer un pilier de capitalisation à 10-15 % des pensions d’ici quinze ans »
Site de campagne
Complément par capitalisation, à horizon quinze ans, donc au-delà du quinquennat évalué ici.
« Dépenser mieux, en misant sur la prévention et les transformations technologiques »
Site de campagne
Stabilisation des dépenses de santé. Aucun montant, aucun instrument, aucun calendrier publiés.
« Faire baisser la dépense sociale en faisant contribuer les retraités »
Comparateur des programmes de la Fondation iFRAP
Contribution accrue des pensions. L’assiette est l’ensemble des retraités, pas une catégorie étroite.
« En sorte qu’on travaille plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l’année et peut-être plus longtemps dans la vie »
Entretien à RTL, 25 juin 2025
Modification de la durée légale du travail, sans retour annoncé aux 39 heures.
« 50 Md€ de baisses d’impôts de production contre 50 Md€ d’aides publiques improductives en moins »
Site de campagne ; présenté en novembre 2025 comme « un deal à 50 milliards d’euros », soit « 250 milliards pour un quinquennat »
Échange à somme nulle par construction : la baisse d’impôt est gagée sur la baisse d’aide. Effet nul sur le déficit.
« Réorganiser massivement l’État en regroupant ou privatisant les agences et opérateurs enchevêtrés »
Site de campagne ; le comparateur iFRAP retient aussi « fusionner 4 agences pour recréer une DATAR 2.0 »
Cible de structure, pas de politique publique. Le rendement dépend de ce qu’on cesse de faire, pas de qui le fait.
Le candidat s’est déclaré le 3 septembre 2024, a lancé sa campagne le 10 mai 2026, réunion d’Horizons à Reims et tenu son premier meeting le 5 juillet 2026, Adidas Arena, Paris. Sa méthode revendiquée tient en une phrase, publiée sur sa page d’accueil : « tout dire avant pour pouvoir tout faire après ».
À huit mois du scrutin, la cible de déficit est publiée, mais aucun chiffrage global du programme ne l’est. Aucune mesure d’économie n’a de rendement annuel annoncé. C’est un fait, pas un procès : nous le constatons de la même manière que nous avons constaté, pour le programme de La France insoumise, que le dernier chiffrage disponible datait de 2022.
La seule question qui vaut est donc celle de la masse. Quel poste de dépense, et de quelle taille, chacune de ces mesures va-t-elle réellement chercher ?
La rubrique « Pour une France plus prospère » du site de campagne (nouvel onglet)
La phrase est courte et elle engage. Traduite en euros, elle donne la taille exacte du problème que le programme doit résoudre. Nous la convertissons au PIB de la dernière année connue, ce qui est la lecture la plus favorable : exprimé en euros de la dernière année du quinquennat, le même ajustement serait plus lourd.
Sur la cible elle-même, le candidat a raison.
La Cour des comptes estime qu’un effort de 0,6 point de PIB par an à partir de 2027 serait nécessaire pour tenir les engagements européens, soit 3,0 points sur cinq exercices. La cible du programme, 3,1 points, est donc à peu près exactement celle de l’institution de contrôle. Elle n’a rien d’excessif ni de fantaisiste.
Il faut ajouter que le diagnostic de départ est solide. Avec 1 714,1 Md€ de dépense publique, soit 57,2 % du PIB, contre 1 561,6 Md€ de recettes, soit 52,1 %, l’écart français ne vient pas d’un défaut de prélèvement. La France prélève déjà davantage que presque tous ses voisins. C’est bien la dépense qui explique le solde, et le dire n’est pas une position idéologique, c’est une identité comptable.
La question posée par cette page n’est donc pas la cible. C’est le chemin.
Le « deal » à 250 Md€ sur un quinquennat est le chiffre le plus répété de la campagne, et le seul qui atteigne les centaines de milliards. Sa structure est publiée sans ambiguïté : 50 Md€ de baisse d’impôts de production contre 50 Md€ d’aides publiques en moins, chaque année. Une baisse de recette gagée sur une baisse de dépense du même montant laisse le solde public strictement inchangé.
Ce n’est pas une critique de la mesure. L’écart d’impôts de production entre la France, 75 Md€, et l’Allemagne, 23 Md€, est réel et documenté, et le corriger peut avoir des effets réels sur la production. C’est simplement constater que cette mesure appartient à un autre débat que celui du redressement des comptes, et qu’elle ne peut donc pas être portée au crédit des 92,6 Md€.
Trois mesures d’économie sont nommées avec assez de précision pour être chiffrées : l’assurance chômage, les agences de l’État et les jours de carence. Aucune n’a de rendement publié par le candidat. Nous en construisons donc un, avec une règle simple : borne haute systématique, et sur deux lignes une hypothèse volontairement irréaliste en faveur du programme.
Les allocations d’assurance chômage représentent 36,9 Md€ en 2025. Nous supposons que ramener la durée maximale de 18 à 12 mois, soit un tiers de moins, réduit d’un tiers la dépense d’allocations. C’est arithmétiquement impossible : cela reviendrait à supposer que tous les allocataires vont aujourd’hui au bout du plafond, ce qui est faux, et à ignorer que la mesure ne vise que les moins de 50 ans. Nous la retenons quand même, pour que la démonstration tienne dans le scénario le plus généreux.
Borne haute de la fourchette de 2 à 3 Md€ avancée devant la commission d’enquête du Sénat par la ministre chargée des comptes publics, sans méthode de calcul publiée. Le rapport sénatorial, lui, chiffre 540 M€ pour une réduction de 20 % du coût des fonctions support des opérateurs, et 10 M€ pour une réduction de 20 % du nombre de commissions consultatives.
Le candidat évalue lui-même le coût des arrêts de travail à environ 17 Md€ par an. Nous retenons 10 % de ce montant, soit une borne très haute : la mesure ne porte que sur les deux premiers jours des arrêts courts, alors que l’essentiel du coût des indemnités journalières vient des arrêts longs, sur lesquels deux jours ne pèsent presque rien.
L’ordre de grandeur.
Même en accordant au programme des rendements qu’il ne revendique pas et qu’aucune évaluation ne soutient, les trois cibles nommées produisent 17 Md€ par an, soit 18,4 % de l’ajustement annoncé. Il reste 75,6 Md€ à trouver ailleurs.
Ce calcul ne dépend d’aucune hypothèse politique. Il dit seulement que l’ajustement ne peut pas venir d’un organigramme, d’un régime d’indemnisation ni de deux jours de carence, parce que ces trois postes ne pèsent pas assez. Ce n’est pas un reproche de sincérité : c’est une question de taille.