Les trois seuls postes du budget assez larges pour porter le solde, ce que la réforme des retraites de 2023 permet de mesurer sur la borne haute atteignable, et l’écart entre une économie annoncée et une économie encaissée.
9 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
La dépense publique n’est pas un continuum de petites lignes. Elle est très concentrée, et cette concentration décide de tout : au-delà de quelques milliards, aucune économie ne peut éviter les retraites, la santé et les rémunérations publiques. Ce constat vaut contre tous les programmes, pas seulement celui-ci.
Sur ce point précis, le programme a raison.
L’écart de dépense entre la France et la moyenne de l’Union est de 8,0 points de PIB. Les retraites et la santé en expliquent à elles seules 4,4 points, soit 55 %. Désigner ces deux postes n’est donc pas un choix idéologique arbitraire : c’est effectivement là que se loge la spécificité française, et refuser d’y toucher revient à refuser l’objectif.
Mais c’est exactement pour cette raison que la conclusion s’impose : ces deux postes ne sont pas des cibles étroites. Ce sont toutes les pensions et tous les soins.
Le pourcentage indiqué est celui que chaque poste devrait absorber s’il portait seul les 75,6 Md€ restants. Ce n’est pas un scénario, c’est une échelle. Et ces trois montants ne doivent jamais être additionnés : les rémunérations des personnels hospitaliers appartiennent à la fois à la masse salariale publique et aux dépenses de santé.
L’ensemble des pensions versées chaque mois, tous régimes confondus. La dépense la plus rigide du budget de la Nation, indexée et juridiquement acquise.
Ce que le programme en dit. « Travailler plus tout en prenant en compte la diversité des carrières » et « faire contribuer les retraités ». Aucun âge cible, aucun montant.
La France y consacre 14,5 points de PIB contre 11,8 en moyenne dans l’Union : c’est le premier poste d’écart, et le candidat a raison de le désigner.
Toute la population, sans exception ni seuil. Soins de ville, hôpital, médicaments, indemnités journalières.
Ce que le programme en dit. « Dépenser mieux, en misant sur la prévention et les transformations technologiques ». Aucun instrument, aucun calendrier.
Deuxième poste d’écart avec l’Union : 11,7 points de PIB contre 10,0. La prévention produit des économies réelles, mais à un horizon supérieur à un quinquennat.
Les agents des trois fonctions publiques, dont les enseignants, les soignants et les forces de sécurité. Cotisations employeur comprises.
Ce que le programme en dit. « Réorganiser massivement l’État ». Aucun objectif d’effectifs ni de point d’indice publié.
Poste transversal : une partie recoupe la santé et l’enseignement. Il ne doit jamais être additionné aux deux précédents.
Une ligne du programme n’est ni une cible étroite ni une masse de dépense : « supprimer les niches fiscales ». Elle est citée sans liste ni montant. Or c’est le seul poste nommé dont l’ordre de grandeur approche l’objectif. Les 465 dépenses fiscales recensées coûtent 88,3 Md€ par an, soit 95,4 % de l’ajustement à produire.
Il faut alors dire ce que cela implique, et le dire de la même façon que nous l’avons dit au programme de La France insoumise, qui aboutit exactement au même gisement : supprimer une niche, c’est augmenter un impôt. Techniquement, aucun taux ne monte. Économiquement, quelqu’un paie davantage, et ce quelqu’un n’est pas majoritairement fortuné : crédit d’impôt emploi à domicile, taux réduits de TVA, abattements sur les pensions et les salaires.
La convergence mérite d’être notée sans ironie. Deux programmes que tout oppose désignent, chacun d’un mot et sans détail, le même gisement de 88,3 Md€. C’est peut-être le signe qu’il est le bon. C’est sûrement le signe qu’il est politiquement coûteux, puisque personne ne veut en faire son affiche.
Les retraites sont le seul poste de la bonne taille, et le programme le désigne explicitement. La question devient donc mesurable : la réforme de 2023, qui a reporté l’âge légal de 62 à 64 ans et provoqué la plus longue crise sociale du quinquennat précédent, produit un rendement connu. Il suffit de le comparer au besoin.
Ce que ce rapport signifie.
En supposant, ce qui est très favorable, que le rendement soit proportionnel au nombre d’années de report, produire les 75,6 Md€ restants par le seul âge légal supposerait un report de l’ordre de 13 années supplémentaires. Le candidat a évoqué, en 2021 puis sans le démentir depuis, un âge de 65, 66 voire 67 ans. Même 67 ans, soit trois ans de plus que le droit actuel, n’en couvre pas le quart.
L’objection n’est donc pas que le report d’âge serait injuste, ce qui est un débat politique légitime et qui ne se tranche pas ici. L’objection est arithmétique : même le levier le plus lourd et le plus conflictuel du système ne suffit pas. Le solde retombe alors sur le niveau des pensions, sur les prélèvements qui pèsent sur elles, ou sur les autres masses.
Et le programme le dit, à sa manière, dans une formule qui mérite d’être lue lentement : « faire baisser la dépense sociale en faisant contribuer les retraités ». Ce n’est plus un report d’âge, c’est un prélèvement sur les pensions. L’assiette n’est pas une catégorie étroite : c’est l’ensemble des retraités.
Le programme prévoit « un pilier de capitalisation à 10-15 % des pensions d’ici quinze ans ». L’horizon annoncé est trois fois celui du mandat. Surtout, un pilier par capitalisation ne réduit pas la dépense de retraite pendant sa montée en charge : les pensions en cours continuent d’être servies par répartition pendant que les nouvelles cotisations sont capitalisées. C’est une transformation du système, éventuellement souhaitable, mais ce n’est pas une économie disponible pour l’effort de 17,9 % calculé plus haut sur ce poste.
« Travailler plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l’année et peut-être plus longtemps dans la vie », tout en écartant un retour aux 39 heures. Allonger la durée du travail élargit l’assiette des cotisations et peut donc améliorer le solde. Mais sans norme chiffrée, sans calendrier et sans instrument juridique publié, il n’existe aucun moyen d’en évaluer le rendement, ni pour le contester, ni pour le créditer.
Tout ce qui précède a été calculé à périmètre et à PIB constants, en supposant que les économies annoncées se réalisent intégralement. C’est une convention favorable au programme. Voici ce qu’elle laisse de côté, y compris quand cela nous dessert.
C’est le deuxième niveau d’Europe. Il ferme, en pratique, l’option d’un redressement par les recettes, et c’est ce qui donne sa force à la position du candidat. Mais il crée aussi une contrainte symétrique : dans un pays qui prélève déjà autant, chaque euro d’économie retiré est un service ou une prestation qui disparaît, pas une marge administrative qui se résorbe.
La lutte contre la fraude ne figure pas dans les mesures publiées par le candidat, mais elle revient dans tous les débats budgétaires comme ressource supposée gratuite. L’exécution réelle vaut d’être rappelée une fois pour toutes.
Environ 66,7 % du montant notifié, soit 5,7 Md€ d’écart entre deux exercices voisins.
Et surtout, ces 11,4 Md€ sont déjà encaissés dans les recettes courantes : ils ne financent rien de nouveau. Seul un supplément de recouvrement serait une recette additionnelle. La Cour des comptes prévient d’ailleurs que les estimations de fraude ne sont pas « une cagnotte dans laquelle les pouvoirs publics pourraient puiser à leur gré ».
Ces effets ne sont jamais déduits de nos totaux. Ils servent uniquement à indiquer dans quel sens ceux-ci sont probablement biaisés. Deux d’entre eux jouent contre notre propre démonstration, et sont conservés pour cette raison.
La commission d’enquête du Sénat sur les agences et opérateurs a regardé ce qui s’était réellement passé lors de la vague précédente de fusions et de suppressions, entre 2015 et 2019. Le résultat tient en une ligne : une baisse des emplois de 0,8 % à périmètre constant. Le rapport intitule d’ailleurs sa section « des gains potentiels mais pas de miracle arithmétique », et conclut que l’enjeu véritable porte sur le périmètre des politiques publiques, pas sur l’organigramme qui les porte.
Nous raisonnons à PIB constant, ce qui est sévère. Dans la réalité, si la dépense progresse moins vite que le PIB nominal, le ratio de déficit baisse sans qu’aucune ligne ne soit coupée en euros. C’est arithmétiquement exact et cela allège l’effort affiché ici. Cela ne change pas l’identité des postes concernés : freiner une dépense de 1 700 Md€ en dessous de l’inflation, ce sont bien les pensions, les salaires publics et les tarifs de santé qui décrochent, puisqu’il n’y a presque rien d’autre dedans.
La Cour des comptes projette une charge d’intérêts supérieure à 100 Md€ à l’horizon 2029. Cette ligne passe avant toute politique publique, ne finance rien, et progresse mécaniquement tant que le déficit reste positif. Elle absorbe une partie de l’ajustement au fur et à mesure qu’il est produit.
Le rapport du Sénat de 2019 sur le prélèvement forfaitaire unique constate que son coût réel a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme. Cet effet est réel, il joue en faveur d’une politique de l’offre, et il est cité ici précisément parce qu’il affaiblit notre propre démonstration. Le même rapport rappelle toutefois qu’une partie de la hausse relève d’un déstockage ponctuel de réserves, non reproductible.