Ce que les économies chiffrées représentent par allocataire indemnisé et par agent public, la carte de la dépense où il faut bien aller les chercher, et ce que donnerait la suppression intégrale de tout ce que le candidat ne préserve pas.
6 min de lecture · sources arrêtées au 28 août 2026
Le programme est explicite, et il faut lui reconnaître cette franchise : il dit vouloir réduire l’aide médicale d’État, la fraude et les doublons. La phrase est vraie, mais elle désigne une population de 466 000 personnes pour 1,4 Md€. Les lignes lourdes du plan, elles, portent sur 2,6 millions d’allocataires indemnisés, 5,8 millions d’agents publics et l’ensemble des assurés du système de retraite.
C’est ce que représentent les 13 Md€ d’économies annoncées sur l’assurance chômage, divisés par les 2 600 000 personnes effectivement indemnisées. L’allocation moyenne étant de 1 048 € net par mois, soit 12 576 € par an, cela équivaut à 39,8 % de l’indemnisation moyenne.
Ce calcul ne préjuge pas des modalités : l’économie peut passer par le montant, par la durée, ou par un durcissement des conditions d’entrée. Il donne l’ordre de grandeur de ce qui doit sortir du régime, rapporté à ceux qui y sont.
Ce chiffre-là n’est pas de nous : c’est l’exemple donné par le candidat lui-même en présentant le compte social unique. Un couple avec deux enfants passerait de 2 375 € à 1 685 € de prestations cumulées par mois, soit une baisse de 29,1 %.
La mesure est assumée et son but est explicite : « élargir l’écart entre les revenus de l’assistance et les revenus du travail ». On peut la trouver juste ou injuste. On ne peut pas la ranger sous le mot « gaspillage ».
La mesure la plus lourde du programme est aussi la moins chiffrée par lui : porter l’âge légal à 65 ans. Les retraites représentent 14,1 % du produit intérieur brut en 2025. C’est le premier poste de dépense du pays, très loin devant tout le reste, et c’est arithmétiquement le seul endroit où un plan de cette taille peut trouver l’essentiel de sa matière.
Le Conseil d’orientation des retraites situe le rendement d’un passage à 65 ans entre 8 et 10 Md€ par an. Nous avons retenu la borne haute. Même ainsi, la mesure couvre moins d’un douzième du plan : il faudrait aller bien plus loin, sur l’indexation des pensions ou sur la durée de cotisation, pour approcher les montants annoncés.
Même logique pour la masse salariale publique : les non-remplacements chiffrés par le candidat représentent 2,0 % des 370 Md€ de rémunérations publiques. Le gisement marginal n’est pas dans les effectifs administratifs : il est dans les prestations, parce que c’est là que se trouve l’argent.
La France a dépensé 1 714 Md€ en 2025, soit 57,3 % du produit intérieur brut. Voici comment cette somme se répartit, dans la dernière ventilation par fonction publiée par l’Insee. Aucune interprétation : c’est une photographie.
Ventilation Insee de l’exercice 2024, dernière publiée, pour un total de 1 672 Md€. La somme des postes ci-dessus vaut 1 671 Md€ : l’écart tient aux arrondis de la publication, et nous calculons sur la somme des postes pour que chaque pourcentage affiché soit reconstituable à la main.
Ce calcul est volontairement favorable au candidat : nous laissons dans la base l’enseignement, la santé et les affaires économiques, alors qu’il ne propose de coupe généralisée sur aucun des trois. Une base plus étroite rendrait l’effort mécaniquement plus lourd.
Ce que la carte impose.
Un plan de 120 Md€ appliqué uniformément demanderait 8,0 % à chaque ligne de la base compressible. Traduit poste par poste, cela ferait 55,4 Md€ sur la protection sociale, 20,9 Md€ sur la santé et 11,9 Md€ sur l’enseignement.
Personne ne propose une coupe uniforme, et ce n’est pas le reproche. Le point est arithmétique : dès lors que la défense et la sécurité sont préservées et que les intérêts se paient, la protection sociale et la santé représentent 57,1 % du reste. Une économie de cette taille y prend l’essentiel de sa matière, quel que soit le vocabulaire employé pour la présenter.
Sortons du raisonnable un instant. Pas une revue de dépenses, pas un rabot : la suppression intégrale. On ferme l’armée, la police, la gendarmerie, la justice, les prisons, l’audiovisuel public, le sport, la politique du logement et toute la dépense environnementale. Du jour au lendemain, sans exception. Aucune politique d’économies ne peut faire mieux, par construction. Voici le résultat.
Premier enseignement : l’ordre de grandeur.
Un plan de 120 Md€ par an ne se compare pas à une ligne budgétaire, il se compare à des fonctions entières de l’État. Il pèse plus de la moitié de tout ce que la France consacre simultanément à sa défense, à sa police, à sa justice, à sa culture, à son logement et à son environnement.
Deuxième enseignement : ce gisement-là est fermé.
Le candidat ne propose de couper ni la défense ni la sécurité, il propose de les renforcer, et c’est cohérent avec l’ensemble de son projet. Les 221 Md€ ci-dessus sont donc une borne théorique, pas une ressource. Ils servent uniquement à mesurer ce que représentent 120 Md€ dans un budget d’État.
Il reste alors la protection sociale, la santé et l’enseignement, c’est-à-dire les retraites, l’hôpital et l’école. Non par idéologie : par soustraction.
Ce que cette expérience prouve, et ce qu’elle ne prouve pas.
Elle ne dit pas qu’il est impossible de réduire la dépense publique. La France dépense plus que tous ses voisins et plusieurs pays comparables ont conduit des consolidations de cette ampleur, sur une décennie et au prix de choix explicites.
Elle établit une seule chose, mais définitivement : un plan de cette taille ne peut pas être financé par les anomalies du budget. Il n’y a pas assez de fraude, pas assez de doublons, pas assez d’agences. Il faudra toucher aux politiques elles-mêmes, et le dire fait partie du contrat démocratique.